En attendant le RER…

Bonjour les gens,

« Alors de quoi on va bien pouvoir parler aujourd’hui ? », dit-je en feuilletant mon petit carnet de brouillon… Je vous laisse imaginer le bruit du feuillettement. Histoire de vous faire patienter un peu. Pour vous aider à recréer ça dans votre tête, je vous recommanderai de fermer les yeux. De respirer profondément. De vous détendre. Pas trop, restez assis. Gardez votre dignité tout de même. On ne s’étale pas. Il ne faut pas que vos collègues remarquent quoi que ce soit. Prenez un air contrit. L’air de celui qui a reçu un mail déroutant. Prenez votre combiné. Toujours avec la même expression sur le visage. Faites semblant de composer un numéro. Et faites celui qui attend. Ça y est, vous venez de vous créer un espace de liberté tout neuf. Personne ne va venir vous embêter normalement. Vous allez pouvoir imaginer le bruit de mon carnet. Ou ce que vous voulez. Si vous avez besoin de rêvasser un peu, ne vous gênez pas pour moi. On peut se retrouver un paragraphe plus bas. A tout à l’heure !

… Pour ceux qui veulent jouer avec moi, laissez-moi vous décrire l’objet : c’est un petit carnet noir, couverture en cuir avec un petit élastique qui fait un gros « claaap » bien gras quand je veux l’ouvrir. Les pages sont légèrement jaunes. Faussement datées d’une autre époque. D’une époque où les gens qui écrivaient savaient le faire correctement. En utilisant tout plein de vocabulaire dont on use tellement plus désormais qu’il a fini par mourir et disparaître. Elles (les pages) sont épaisses et rainurées comme l’écorce d’un arbre encore bébé. Quand on les tourne, c’est un petit roucoulement sourd. J’aime bien. Donc je les tourne une à une pour entendre ça de nouveau. Et…

… c’est tout. Les rêvasseurs peuvent revenir parmi nous.  Ça y est, j’ai trouvé le texte que j’ai commencé hier en patientant sur mon quai de la ligne A. Car à force d’y attendre, je me suis appropriée ce quai. C’est mon quai. C’est ma résidence secondaire. Je ne peux pas vous dire combien de temps, je l’ai arpenté. Ni combien de trains me sont passés devant à la dernière seconde. Ou que j’ai attrapé à la dernière seconde. Ou tout ceux que j’ai loupé alors que j’étais bien à l’heure mais trop occupée à finir le dernier chapitre de mon bouquin. Je ne préfère pas commencer à faire le décompte. Parce que :

1/ Il va falloir que j’établisse des moyennes, que je fasse des statistiques par rapport aux jours travaillés, à la durée moyenne passée dans les transports en commun, aux jours de grèves, aux jours des suicidaires en rafales, etc. Et moi les maths, ce n’est pas que je n’y comprends rien : c’est que ça m’ennuie énormément. Et on n’est pas là pour ça…

2/ Je ne suis pas le genre de personne qui a peur de se confronter au temps qui passe. Temps qui passe, considéré souvent comme perdu. On ne perd jamais de temps. Il me semble. Car déjà, le temps n’appartient à personne. Et quelque part, c’est tant mieux. Bon, là je me sens partir dans un débat de philo de comptoir relativement cul-cul. Vous savez ce genre de conversation de fin de soirée super déprimante et très « adolescente en rébellion qui pense en savoir beaucoup sur la souffrance » sur la question de savoir si (attention les yeux) « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »… Oui vous voyez tout à fait de quoi je veux parler. C’est l’angoisse de dire des trucs comme ça hein ? Surtout que c’est faux. Ce qui ne nous tue pas, ne nous rend pas plus fort. On peut être blessé, tout brisé, pas mort certes… mais pas plus fort du tout. Enfin j’en sais rien… Je m’en fous un peu je crois.

… J’en étais où ?

Oui. Alors : la RATP. Les quais. La résidence secondaire, etc. Tout ça c’était pour en venir à une campagne faite par la RATP dans les RER. Ce sont des petits panneaux, généralement situés à l’endroit où on aimerait trouver à la place un plan de tout le réseau de transport (mais non !). Dessus, des messages pour inciter le voyageur aux us et coutumes un peu détendue sur la question de la propreté, à se perfectionner en la matière. Ou en tout cas à faire des efforts. Moi je dis pourquoi pas. C’est toujours agréable de voyager dans un train propre… Ce à quoi je dis NON (devrais-je dire : ce à quoi je HUUUURLE NON !!!!), c’est la formulation du message. Rebondissant comme un jouet déglingué sur la vague du slam et autres formes de « poésie urbaine », les RATPmen ont décidé de faire du vers pour raisonner le manant dégoûtant.

Votre serviteur dans un souci d’étayer ses dires et d’illustrer ses propos, a même recopié ces textes qui (Dieu merci) ne feront pas passer leurs auteurs à la postérité… A moins, que demain, il y ait la fin du monde, que tout pète, explose, brûle, etc. et que tout ce qui reste de la création littéraire humaine soit les poèmes RATPistes. Et que les extraterrestres débarquent pour voir ce qu’il s’est passé… J’arrête sinon je vais faire une crise de spasmo’. Sans autre commentaire, voici deux poèmes tout à fait… tout à fait.

Mal de mer souterrain

Le va et vient de la canette de bière (ça commence bien),

Négligemment laissée sous un strapontin (tin-tin !!),

Donne aux voyageurs le mal de mer,

C’est pas banal en souterrain ! (ce qui n’est pas banal surtout c’est un « c’est pas banal » dans un poème mon pote…)

Pour ne plus avoir mal au cœur,

Jetez la à la poubelle, ce sera le bonheur ! (Oh oh oh oh ! Plus fort ! Oh oh oh oh ! Tous avec moi ! Oh oh oh oh ! Si j’avais un marteau !…)

Et mon préféré :

Amour Fou

Les chewing-gums sont de grands romantiques,

Ces cœurs d’artichaud s’attachent très vite.

Mais les pauvres, rarement aimés en retour,

Cherchent désespérément le grand amour,

Alors que la promesse d’un amour fusionnel

Est là dans tous les couloirs :

C’est la poubelle !

… Ouais. Et si on essayait de faire un commentaire de texte ? … Vers libres, vous noterez. Le nombre de pieds étant complètement anarchiques d’un vers à l’autre. Aussi, l’utilisation de la personnalisation de type « prosopopée » dans le deuxième texte est assez exemplaire. Elle permet à l’auteur de sous-entendre que le chewing-gum usé est une entité qui pense et qui souffre car il ne peut pas utiliser ses caractéristiques intrinsèques (coller) pour aimer. C’est un « personnage » victime de son contexte de vie. Dans le premier texte, l’objet est considéré comme tel. Il est passif. Il est balloté par le mouvement du train. Il n’a pas le mal de mer. Mais le provoque. Ce qui le rend actif d’une certaine manière.

Alors que penser de cela ? Qu’a voulu nous dire l’auteur ? Quels éléments nous donnent ces textes sur la vie au 21ème siècle ?

… Si les extraterrestres ne retrouvent que ça de la création humaine après la fin du monde, ils vont se faire chier les petits E.T. pour faire leurs commentaires composés. Ça ne va pas être la rigolade le BAC Français.

Et imaginez qu’en plus de ça, il n’y ait plus de films, plus de vidéos de nous les humains… Pire que ça, imaginez que la seule vidéo restante de notre humanité soit celle réalisée par les jeunes de l’UMP (allez, c’est l’heure de la blague à Nico : http://www.youtube.com/watch?v=BB4-sVaGcpE ). Les extraterrestres auraient échappé à l’humanité mais pas à Christine Lagarde en train de se dandiner sur du Luc Plamondon. Ils constateraient que grâce à cette chanson les aveugles humains pouvaient conduire des voitures sans provoquer d’accident de la route. Ils se demanderaient d’ailleurs pourquoi ce lipdub n’était pas utilisé lors du Téléthon (car le Téléthon serait un truc dont les extraterrestres auraient retrouvé des traces). C’est vrai pourquoi pas après tout ? On regrouperait tous les gens à différents degrés de handicap et on leur mettrait du Plamondon à fond les ballons. Et là le miracle de Noël : tout le monde recouvrerait la vue, l’ouïe, la parole, la motricité… Aucun sens pratique ces humains finalement. En plus ils n’écoutaient pas les jeunes. Ces jeunes si plein d’entrain qui font de la politique youtubesque pour « ne pas se prendre au sérieux ». Ce flot humain mené par ce fou chantant de Benjamin Lancar.

Benjamin Lancar deviendrait un mythe. Ce serait le créateur de la seule vidéo qui resterait de l’humanité, vous vous imaginez ? Non… Vous n’avez pas envie d’imaginer ça. Comme je vous comprends les amis. Comme je vous comprends… Si vous l’aviez vu, ce pauvre garçon, sur BFM TV hier soir, vous auriez été… inquiets. Comme je le suis à présent. Je suis inquiète pour l’avenir (politique) de notre pays. Et pourtant je ne suis pas une personne ultra-politisée. Mais là, franchement. Non mais franchement ! Le mec est un gros cerveau ! HEC ! SciencesPo ! Et il réalise ce machin… A la limite qu’il le réalise ok. Pourquoi pas. Disons que le mec est jeune et qu’il a fait une monumentale faute de goût… Qui n’en fait jamais ? Ce que je trouve détestable c’est qu’il est content de ce qu’il a fait. Qu’il le revendique comme un acte de foi. Car « ça parle de mobilisation de la jeunesse, d’intégration du handicap, de mouvement, de changer les choses BLA-BLA-BLA-POUET-POUET !! ». A qui veut-il faire croire que ce clip n’a pas été fait par mépris pur et simple ? Ce clip c’est un regard méprisant sur la jeunesse d’en haut sur celle (qu’elle juge) d’en bas. Cette dernière « traîne » sur Facebook. Echange des vidéos sur YouTube. « Kiffe » les Flashmobs, les stopmotions, les lipdubs. Vont voir des Opéras Rocks médiocres. Font la queue 8 jours pour aller voir Twillight ou acheter un Harry Potter. Chantent du High School Musical. Ne s’intéressent pas à la politique. N’y connaissent rien. Donc il faut leur parler avec leur langage de débile. Enfin c’est comme ça que je comprends le message du petit Monsieur Lancar (si vous voulez voir sa tête : http://www.benjamin-lancar.fr/)…

C’est pour cela que je suis inquiète.

Désolée les amis de finir sur une note aussi peu réjouissante. En même temps, j’ai jamais dit qu’on ne ferait que de se fendre la pêche… Ne vous inquiétez pas, demain, je vais vous raconter mon rêve d’hier soir. Je pense que ça va vous plaire. Ou pas.

Au revoir les gens ! Joyeux Hanoucca à tout le monde (même les pas Juifs… parce que ça ne mange pas de pain) !

Et c’est pas parce que c’est le week end qu’il ne faut pas rester désirable.

A bientôt.

C.P.A.

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