L’Oreille cassée improvise

Yeah les gens !

Encore aujourd’hui, je suis d’humeur chatoyante. Pas spécialement de nouvelles réjouissantes pourtant. Rien de spécial. Enfin si. J’ai réussi à sortir de chez moi et – accrochez vous aux branches les enfants ! – me déplacer jusqu’à un autre lieu. Prouesse incroyable ces derniers temps, pour les banlieusards du 94. C’est fou. Il semblerait que la punition de la maman neige et du papa RATP ait été levée. Je respire l’air de la ville comme si j’avais réussi à m’évader de prison et soudain, Belleville me paraît être le plus beau et le plus vivant quartier de Paris. La personne sinistre qu’il m’arrive d’être, me souffle à l’oreille que cela ne va probablement pas durer. Dans peu de temps, la « beauté » redeviendra « laideur grise » et la « vie », un « vacarme » éternel et infatigable. Néanmoins, je profite de mon répit joyeux pour regarder la vie, la ville et tout le reste, avec des yeux bienveillants. Pas mal l’introduction hein ? Ca annonce la couleur ! Laquelle, je ne sais pas encore tout à fait… Mais ne vous inquiétez pas, ça va venir.

Vous l’aurez compris : aujourd’hui, c’est défi. C’est un article 100% improvisé. Je compte donc sur mes collègues de bureau qui ignorent (presque tout) de mes activités (illicites mais surtout) bloguesques, pour m’inspirer des réflexions profondes et pleines de bon sens. On peut toujours rêver.

J’attends…

Encore un peu.

Evidemment rien ne se passe. Plus personne ne parle. Comme si elles avaient entendu mes pensées et avaient décidé d’un commun accord, de se taire. Elles sont devenues si discrètes qu’elles semblent avoir disparu dans un espace parallèle. Les seules preuves de leur présence sont les volutes de fumée de cigarette blanches, légèrement rosées, très féminines et sophistiquées, de l’une… Et le rythme effrénée du texte tapé au clavier de l’autre. Le grand bureau résonne du contact des touches et des doigts. Syncope. Triolet. Double croches. Accélération. Arrêt. Reprise. Et lorsque mes 3 collègues décident telles les instrumentistes d’un orchestre de bureau de jouer de concert, j’ai l’image d’un régiment de fourmis marchant en rythme. Une petite armée partie à la recherche de nourriture avec une détermination non dissimulée.  Et à cette musique de PME s’ajoute par intermittence le va-et-vient vert fluo de la basse photocopieuse. Arrêt. Relais du téléphone. Une voix de fille qui répond. Une voix de fille qui sourit. Important de sourire au téléphone. Le sourire à défaut de se voir, s’entend paraît-il. Un accent du Sud. Des mots qui bondissent et rebondissent sur les « m » et les « n ». Une chose qu’on qualifierait de « bien » devient « Bieng ». Bieng ! Bieng ! Bieng ! Une voix comme une balle contre un mur. J’ai un terrain de squash en face de moi. L’écho en moins. Puis, un accent d’ailleurs, de plus loin encore. Des expressions françaises réinterprétées et qui deviennent drôles. « Se faire un œuf dur » devient « Durcir des œufs ». « Déshabiller Paul pour habiller Jacques » se transforme en « Enlever les vêtements de Paul pour l’autre »…

… Ah ! Les affaires reprennent. Ma collègue de derrière vient de déclarer avec fierté que nous n’avons aucune facture (je cite) « en souffrance ». Vous qui désormais me connaissez, ne serez pas étonnés d’apprendre que cela m’a fait rire. Créant un regard général d’incompréhension dans la foulée. Je peux vous assurer que 4 paires d’yeux vous fixant d’un air désapprobateur, ça inhibe. Puis, surtout, ça vous oblige à vous expliquer. Pourquoi vous riez. Là, je vous laisse imaginer votre serviteur (pour ceux qui ne comprennent pas, quand je dis « Votre serviteur », je parle de moi… J’explique. Ne sait-on jamais…) expliquant aux dites 4 paires d’yeux que ce qui la fait glousser, c’est d’imaginer une petite facture dans une bannette. Toute seule. Impayée. Prenant la poussière, dans le froid. Avec un mal de ventre insupportable. Se tordant de douleur. Criant à qui veut bien l’entendre qu’elle veut être comme les autres. Honorée. Ne plus être source de honte. Une petite facture « en souffrance ». Je me rends compte en l’écrivant que c’est beaucoup plus drôle quand je le vois dans ma tête. Ou peut-être bien que ça ne l’est pas du tout. Et que j’ai un humour médiocre. Tant pis.

… Voilà. Bon je crois avoir réussi à endormir les 4 ou 5 lecteurs qui ont daigné venir jusque là.

Alors tout le monde se réveille parce que j’ai besoin de vous parler d’un truc. Ça y est, maintenant, je vous dis tout. Même si rien ne prouve que ce que je dis, est vrai. Ou se déroule actuellement. Ou m’est arrivé personnellement. Ah ! Ben ouais ! C’est MOI qui fixe les règles dans cette maison.

« Et si vous n’êtes pas contents, vous quittez le nid et prenez votre indépendance !… Et fermez la porte en sortant, on ne chauffe pas la rue ! … Vous oubliez la lumière !!… C’est « qui-qui » la paie la lumière ? Hein ? C’est qui ? »

… Mille excuses. Ces mots ne viennent pas de mon moi intrinsèque. C’est une retranscription (assez fidèle) d’une scène de vie bellevilloise. Deux petits vieux qui se vouvoient. Une bonne femme qui porte le slip et pense que c’est une bonne raison pour éructer sur son mari en pleine rue. Mari qui, soit dit en passant, n’est pas en reste puisqu’il conclut ce soliloque « maternaliste » par un fier et tonnant « Mais tu vas jamais apprendre à fermer ta gueule Véronique ! ».

… Oui. Alors. Enfin. En fait. Vous avez du remarquer mes terribles tiques de langage. « Alors ». « Enfin ». « En fait ». « Oui ». Et si vous m’entendiez dans la réalité, vous pourriez rajouter « Putain »… « Mais arrête »…  « Ah non ». Je dis beaucoup « non » dans la vraie vie. C’est un vrai plaisir. Un sport. Je ne le fais que pour obtenir un regard de désappointement et de déception. Juste pour ça. Je ne suis pas méchante, rassurez-vous. J’aime jouer.

Reprenons. Je souhaitais vous parler d’un point qui me taraude. Du fait d’être une « oreille » dans la vie des autres. J’en suis une. Etre une oreille, c’est un statut qui fait de vous une personne formidable. Une personne à laquelle on fait confiance. Et à qui on a bizarrement envie de confier toutes ses joies et ses peines (de cœur). Surtout ses peines d’ailleurs. Toujours de cœur.

Je sais que je ne suis pas la seule à avoir ce statut et il est fort à parier que certains de vous l’avez également. Quand vous allez bien, cela n’a pas grande importance. Mais quand vous avez vos propres soucis, cela commence à devenir… disons… pesant.

Mais qui sont ces inopportuns envahissants ? Généralement vos proches. Eh oui. Vous les aimez beaucoup. Beaucoup moins lorsqu’ils se mettent à avoir « des sentiments ». Des sentiments flous qu’ils se plaisent à (ne pas) définir comme « embrouillés », « tourmentés », etc. Ils cherchent à avoir des points de vue « objectifs » (c’est possible ?) sur la « situation », persuadés que leur histoire est particulière, exceptionnelle et intéressante. Ils la clament, la chantent, la célèbrent auprès de qui veut bien les écouter au-delà de 30 secondes sans perdre connaissance d’ennui. La seule alternative (ou devrais je dire « échappatoire ») c’est de répondre à LA question. Car il n’y a pas 40 questions… « Qu’est ce que tu ferais à ma plaaaaaace ? » (Oui généralement, l’ami traîne un peu sur le « a » de « place »… Je ne me l’explique pas… Peut-être une façon de retenir encore une seconde ou deux l’attention)

… C’est là qu’il y a piège. Par expérience, en vérité je vous le dis, cette phrase est un immense traquenard. Car en réalité, on s’en contrefout de ce que vous feriez à la place de l’autre. Qui plus est, il en a bien une petite idée. Ici, ce qu’on attend de la « bonne oreille » c’est qu’elle prenne son carnet de note et synthétise tout ce qui a été déblatéré depuis huit heures. Elle veut entendre le son de sa propre décision face à l’évènement.

Longtemps, je me suis demandée pourquoi ça m’était tombé dessus. Au bout de quelques temps – et c’est récent – j’ai compris. En réalité, c’est très simple. Je me fous des histoires de cœur des gens. Je pense que cela se voit. Ça n’arrive pas à me mobiliser plus que ça. Ça m’est tellement indifférent que je n’arrive même pas à réellement prendre parti. Je laisse l’autre parler en écoutant d’un côté, et en rêvassant ou pensant à ce que je vais écrire le soir en rentrant chez moi ou à ce que je vais me faire à manger, de l’autre.  L’autre est content de ne pas être interrompu mais surtout – et c’est là qu’est le secret – d’être en face de quelqu’un qui ne s’intéresse pas suffisamment à ses histoires pour les répéter.

… Moralité. Si vous souhaitez devenir une oreille bouchée, mettez des boules Quiès et ouvrez la bouche plus souvent.

Je vous promets, demain, je prépare mon article. L’improvisation ne me réussit pas.

A bientôt les gens,

Restez désirables. C’est quand même Noël Blanc.

C.P.A.

3 Réponses to “L’Oreille cassée improvise”

  1. Et sinon, je vais faire durcir des oeufs. ça te tente?

    non?

    un peu de gingembre alors?

    toujours pas ?

    du chocolat au piment? allezzzzzzzzzzzzzzzzzzz c’est noël merde !

    bon, j’ai fait chou blanc, mais heureusement, vous n’avez aucune facture en souffrance !

    mouhahahha quelle barre. parfois, quelques très infimes secondes je regrette d’être partie et de ne plus être tête d’ordi (et vice et versaaaaaaaaaaaaaaaa)

    bonne fête ma bobosse !

  2. Merci poulette et bonnes fêtes à toi aussi!!🙂
    … Et vive les scenarions de Panama! Et les maiiiiiiils! Tu voooooâââââ!!!

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