Des pique-niques et des cours de langues…

Bonjour les gens,

Je suis à sec aujourd’hui. Plus une goutte d’inspiration pour introduire le sujet du jour. Je regarde dans la bouteille qui me sert de cerveau. Par le goulot. En fermant un œil. Comme si je regardais dans une longue vue.

Rien. Comme je vous le disais. A part le monde tout distordu, tout de travers, tout gonflé, inhabituel se trouvant au fond de la bouteille. Comment vous décrire cette bouteille ? Matière : verre. Bouchon : plastique avec un rond en caoutchouc, le tout articulé par des petits bras en fer. La preuve par l’image prévalant sur tout (de mon point de vue), voici un exemple :

Vous savez, ce sont ces bouteilles de limonade dont vos parents se servaient pour faire des pique-niques quand vous étiez petits. Je suis sûre que je réveille chez certains des souvenirs couleur sépia… Le panier, la nappe blanche à carreaux rouges moche qui ne pouvait être sortie qu’à cette occasion, le poulet froid dans le Tupperware acheté à « prix d’ami » lors d’une réunion post-sortie du bureau, les pommes, les cerises, les bananes. Le Coca pour les enfants, le vin rouge pour les parents. Les verres en plastique dont on casse les bords. Qu’on déchire en petites bandelettes. Les assiettes en carton qui plient. Les serviettes en papier blanc finissant en boule et jaunissantes. Des éclats de rire assis dans l’herbe. Des roulades et des poiriers. Pour couronner le tout : le soleil explosant. C’est ce qui donne la couleur sépia. Logique.

… Sauf que chez les Zerbib, ça ne se passait pas comme ça. Jamais. Probablement parce que nous n’avions pas la culture du pique-nique. Car il existe une culture du pique-nique. Aimer manger par terre. Potentiellement c’est déjà un problème. Comment s’asseoir à même le sol en étant à l’aise ? Franchement ? On plie les jambes, on les étend, on les croise, on les décroise, on les plie et on les déplie. On souffre, on a mal. Pour agrémenter la douleur de votre postérieur, rajouter un peu de vert et de marron. Car que serait un pique-nique sans sit-in dans la sauvage végétation ? Et là, c’est un nouvel embarras… Un pique-nique, c’est manger sur le sol végétal certes. Mais c’est surtout ne pas être dérangé par le fait qu’à part vous, il y a d’autres êtres qui ont faim et ont des vues sur votre déjeuner. En l’occurrence toutes les bestioles se trouvant à moins de 100 mètres à la ronde. Les aoutas qui se déplacent sur votre ventre, votre aisselle droite, sous le genou gauche. L’abeille qui se pose sur votre morceau d’ananas. Celui que vous étiez à 3 centimètres de porter à votre bouche. Duel des regards. Qui lâchera le morceau le premier ? A cette bataille, c’est souvent le persiflant animal qui gagne. Personnellement, j’ai un peu de mal à digérer de perdre contre un être qui est aussi lourd que l’ongle de mon auriculaire droit. Je n’aime pas les pique-niques. Mes parents n’avaient ni panier ni nappe. Ils avaient une glacière. Bleue. Personne ne voulait la porter. Tout le monde en avait honte. Attention : ce n’était pas par snobisme. Chacun était conscient de l’intérêt pratique de l’instrument. Seulement… disons que ça ressemblait beaucoup au contenant transportant les organes. Qu’on se le dise, et toujours pour paraphraser un des mes amis, « ça casse le kiff ».

Aussi, et c’est sûrement une particularité Zerbib, on n’avait pas le temps de faire un pique-nique. Je m’explique. Lorsque vous écoutez les gens parler de leur pique-nique, vous comprenez qu’ils ont passé la journée entière à l’ombre d’un saule pleureur à admirer la campagne luxuriante en buvant du Chardonnay. Bon. Pour commencer, mes parents, comme les enfants, boivent du Coca. Pas de vin. Moins glamour certes… mais c’est comme ça. Il y a également une culture du vin, je présume. Ensuite, et c’est là que le Zerbib se démarque, cela ne lui prend pas une journée entière de manger du poulet rôti et des chips. En 30 minutes, c’est chose faite. 20 minutes lorsque la route a été longue et que les appétits ont eu le temps de s’aiguiser. Et après, que doit-on faire ? Faire des jeux ?… Ah pas possible, nous avons tout oublié à la maison… Discuter ?… Nous n’arrêtons jamais de parler chez les Zerbib. C’est un puits sans fond de mots, de paroles et de phrases. Parfois fondateurs de nos futurs. Souvent complètement inutiles, bruyants et conflictuels. Presque toujours drôles avec le recul. Pour synthétiser mon histoire, je dirai que chez les Zerbaillons, pas besoin d’un pique-nique pour penser en groupe.

… Dès que je suis en manque d’idées, je me rends compte qu’il suffit que je parle de ma famille… Et miracle de Noël ou de Hanouka ou des deux en même temps ! Je trouve le début du fil de ma pensée. Continuons donc à tirer sur ce fil pour en venir au sujet du jour. Vous allez voir, cela n’a aucun rapport. Comme il est tard et que je suis feignante, je ne ferai aucune transition. Si vous voulez un peu de douceur pour faire passer la pilule, écoutez de la musique douce. Pour les plus résistants, mettez un album de Norah Jones. Généralement, elle calme les nerfs. Peut-être plus qu’il ne faudrait.

… Faisons vite avant que je me lance sur une diatribe anti-Norah. Nous verrons cela demain. Ou après. Ou jamais d’ailleurs. Car je pense que si ma sœur (celle qui est géniale mais bizarre) l’apprenait, elle tenterait de mettre le feu à mes cheveux pendant mon sommeil. Oui. Donc. Le sujet du jour. Les cours de langues. Ou plutôt la nécessité d’être bilingue, trilingue, quadrilingue et plus si affinités, dans notre joli monde. Comme beaucoup de gens, je me « débrouille » en anglais. Je communique. Je parle énormément avec les mains. Cette langue m’oblige par la force à laisser ressortir de manière irrationnelle et donc incontrôlée mon côté pied-noir. On ne peut pas échapper à ses origines. Elles vous rattrapent toujours lorsque vous utilisez la langue anglaise. Personnellement, je ne suis pas gênée par mes origines mais j’imagine quelle traîtresse elle doit être pour celui qui veut se faire passer pour un « Jean-Baptiste », un « Hervé » ou un « Benoît » aux yeux des autres. Réussir à faire illusion pendant des années avec son français parfait. Sans faute de syntaxe. Puis un « Whât ârre you loukine fore ? » qui jette une suspicion.

Bref. Il y a quelques jours, en plus de régulièrement travailler mon anglais pied-noir pour le rendre plus « occidental », j’ai décidé de plancher de nouveau sur l’espagnol. Une langue magnifique qui donne envie de danser la rumba avec Antonio Banderas. Ou de manger des tortillas à deux heures du matin en écoutant du Juanes. Je retire pour Juanes.

Comme je souhaite me remettre à niveau avant de prendre des cours avec des vrais gens de la vie (les gens qui ont des pellicules et une mauvaise haleine à cause du Bo bun dévoré entre 13h05 et 13h26), j’ai acheté un livre magique. Très connu. Vous connaissez forcément. La méthode Assimil. Vous répétez des phrases de situations de la vie quotidienne en espagnol. En imitant l’accent du CD. J’aime bien imiter toutes les voix. Pour rire. Toute seule évidemment.

En ce qui me concerne je ne lis pas ce livre dans un lieu de passage. Parce que c’est difficile de ne pas être ridicule lorsqu’on dit à haute voix que « c’est super d’aller au théâtre avec Pedro et Chiquita ». Je me demande pourquoi les auteurs d’Assimil se sentent obligés d’appeler les personnages avec des noms aussi drôles. Caricaturaux. Presque trop espagnols. J’imagine qu’il y a d’autres noms que Pedro, Chiquita, Mercedes et Pablo en Espagne, non ? Imaginez Assimil Français : « Yvonne et René à la plage. Rejoignons-les ! » ou « Armand et Pierre-Marie organisent une orgie. Veux-tu m’accompagner ? »

… Mais surtout, et je crois que c’est cela qui me rend complètement hystérique, c’est l’effort des auteurs quant à l’intégration d’un humour « local ». Je ne peux pas croire qu’il s’agit d’un humour espagnol. Je ne veux pas croire qu’il s’agit d’humour… tout court. C’est de la tentative de blagounette corporate Assimil. Dans ma tête, les créateurs des leçons se réunissent dans des bureaux à moquette bleue et écrivent des blagues à Toto en gloussant en silence, les épaules secoués par des petits spasmes. Les situations des leçons Assimil se terminent toujours par une « chute ». C’est d’ailleurs bizarre que personne n’ait pensé à intégrer un son de cymbale à la fin de chaque leçon pour nous aider à rire un peu avec eux. Allez, ne soyons pas trop présomptueux : sourire (un peu).

Comme je suis d’humeur partageuse aujourd’hui, je vais conclure avec un petit texte illustrant les propos situés ci-dessus. J’adore les expressions françaises indiquant des emplacements dans un texte : ci-dessus, ci-dessous, ci-après, ci-joint, ci-possible, ci-ment… Ok j’arrête. J’ai peur d’être repéré par les casteurs d’Assimil. Evidemment, je traduis le texte en français. Vive Jacques Toubon.

Chez le docteur

1/ J’ai mal partout.

2/ Je crois que c’est très grave.

3/ Dites moi ce qui vous arrive.

4/ Quand je me touche la tête, j’ai mal.

5/ D’autres douleurs ?

6/ Si j’appuie un peu sur mon cœur, ça me fait très très mal.

7/ Curieux.

8/ Quand je me touche le ventre, j’ai mal.

9/ Que c’est étrange !

10/ Je me touche la jambe et j’ai mal aussi.

11/ Je vais vous examiner.

12/ Respirez profondément… Très bien… Tournez-vous…

13/ Madame ! Vous n’avez rien nulle part !

14/ Vous avez seulement la main cassée !

… Aucun commentaire à faire. Je vous laisse là-dessus. Ça laisse pensif, n’est ce pas ?

A bientôt les gens,

Restez désirables en toutes circonstances.

C.P.A.

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