Une vie parisienne…

Bonjour les gens,

Comme tous les jours, un peu de difficulté au démarrage. Je suis comme une vieille R5. Je tousse. 3 fois. Une toux bien sèche. Qui râpe la gorge et laisse un terrible goût de métal dans la bouche. Je remets la clé dans le contact. Encore une fois. Je tousse de nouveau. 3 fois. Avec la même énergie. Avec la même douleur qui fait plisser mes yeux ronds et étonnés. Un chat dans la gorge. Un très gros chat. Un lion. Ombrageux. Indomptable. Pas un lion fillette de zoo ou de cirque. Pas le genre de lion qu’on peut peigner comme une poupée Bella. Non. Moi j’ai à faire à un lion de savane. Le genre qui a l’œil brillant de convoitise. Le regard qui t’étudie avec précision.

Sachez donc que c’est ce félin affamé qui garde la clé de la chambre créative de mon cerveau aujourd’hui. Mais ne vous inquiétez pas les gens. Ce n’est pas parce qu’on me bloque une entrée que je m’assoie devant en couinant… A la base, je ne voulais pas mettre le verbe « couiner ». Bien qu’il me fasse sourire. A l’évocation de ce verbe, j’ai tout de suite un bruit qui s’associe. Bruit que très souvent, j’exprime à voix haute. Le verbe que j’avais tapé en premier lieu était « chouiner ». Mais mon Microsoft Word et sa petite barre épileptique m’ont rappelé à l’ordre. « Chouiner » est apparemment un mot qui n’existe pas. De leurs points de vue. Ce qui est une preuve irréfutable qu’ils ne vivent pas avec leur temps. Je rembobine (je sonorise à la bouche) … Ce n’est pas parce que je ne peux pas entrer dans ma zone d’imagination que je vais mettre à couiner et/ou chouiner. Je ne suis pas comme ça. La porte est fermée. D’accord. Pas grave. Je prends ma pelle et je creuse un souterrain. Je fais péter toutes les tuyauteries. Il y a de la flotte partout. Des paillettes d’électricité. Odeur de chaud et de court-circuit. Des bruits de pétards du 14 juillet. La fin justifie les moyens. Ce n’est quand même pas un monstre jaune à voix de baryton et en voie d’extinction qui va m’empêcher d’écrire. Par effraction, défonçant le parquet flottant, je rentre dans ma zone. J’ai reconquis mon territoire. Et je nargue le lion rageur, enfermé dehors.

On peut maintenant passer aux choses sérieuses. Enfin, ça n’est évidemment qu’une façon de parler. Ici, rien n’est vraiment sérieux ou important. Bref. Je reprends mon carnet où les lignes directrices du jour sont notées. Ou plutôt devrais-je dire griffées. Et mises en boule. Illisibles pour d’autres yeux que les miens. Peut-être que les autres myopes taupesques y parviennent. Je ne sais pas. Alors voilà. Hier soir, j’ai rencontré un jeune homme. Alors les greluches, on ne commence pas à s’exciter, on n’est pas dans « Jeune et Jolie »… Pas de cri de pintade ou de rougissement intempestif. Un jeune homme très sympathique. Parisien. Je précise sa provenance car c’est de ça dont il est question aujourd’hui. Et en lui parlant, je me disais que ça devait être vraiment formidable d’être parisien… Oui je peux entretenir une conversation (relativement soutenue) tout en préparant mon article du lendemain. C’est ce qu’on appelle une rentabilisation extrême du temps. Ou le don d’ubiquité. Car j’ai des superpouvoirs. Ce qui sera probablement l’objet de mon article de demain. Ou d’après-demain. Ou de jamais. Parce qu’après tout, les superpouvoirs, c’est comme une passion secrète pour la philatélie ou le point de croix, ça ne se raconte pas à tous les coins de rue. C’est personnel.

Revenons à nos Parisiens. Eux n’ont pas de superpouvoirs (certes) mais ont des aptitudes particulières quand même. Tu leur dis un nom de rue, ils savent où elle se trouve (sans GPS). Tu leur demandes le meilleur restaurant de leurs arrondissements, ils peuvent en citer une dizaine en précisant les fourchettes de prix. Tu les appelles à l’autre bout de Paris, ils savent se déplacer à vélo sans avoir peur et surtout (c’est le plus important) sans mourir. Les parisiens natifs sont fondus dans leur ville comme des pièces dans un puzzle. Ceux qui comme moi habitent la région environnante se plaignent du stress, du bruit et de la pollution. Et se demandent comment les parisiens tiennent le coup. Ce n’est pas un bon questionnement. C’est comme si vous estimiez bizarre le fait que les Indiens mangent du Curry. Le Curry pour les Indiens c’est aussi culturel que le stress, le bruit et la pollution pour les Parisiens. C’est constitutif de leurs organismes. Ils ne s’en rendent même pas compte. D’ailleurs, mettez des Parisiens en banlieue. Ils ne tiennent pas 15 jours. Du silence. Juste des piaillements de jolis moineaux. Parce qu’en banlieue (chic et bourgeoise, s’entend), les oiseaux sont propres. La patte nette. Faisant probablement leurs besoins dans des toilettes que la commune ventripotente  de subventions inutilisées, a installées à leur attention. Pas un pigeon. La pigeonnerie est un phénomène typiquement parisien. Ce qui est très amusant par ailleurs, c’est que les pigeons semblent habiter les arrondissements où ils zonent. Un pigeon de Belleville n’a pas le standing d’un pigeon du Luxembourg ou de Villiers. Le premier : la plume grise et déchirée, la patte souillée, atrophiée et amputée. Façon Guerre de Corée. Le second : généralement de couleur claire, gras comme un perdreau et la patte presque équipée de coussinets. Si le pigeon bellevillois est assez mal élevé (il se pose presque sur votre tête, fait ses besoins sur le pare-brise de votre voiture fraîchement nettoyée et se bat avec 32 de ses condisciples pour récupérer les cadavres de betteraves du marché bihebdomadaire), le pigeon des beaux arrondissements se pose avec délicatesse sur des statues aux pauses inspirées, ne mangent pas (ou en famille dans des lieux appropriés) et, s’il avait des bras (ce qui serait assez terrifiant), il les proposeraient aux petites mamies voulant traverser la rue.

Je ne sais pas bien quoi penser de cela. Juste une observation. Une vue de mon esprit bizarre (mais pas dangereux. Ce qui est une bonne nouvelleJ). Et le stress. Un Parisien ne peut pas vivre sans. Parce que déjà il l’occupe énormément. Sans stress, il gagne 2 heures de rien par jour. Sauf que… le Rien perturbe beaucoup. Que faire à la place de stresser ? On cherche, on réfléchit, on se creuse la tête, on sort se promener, on revient. Toujours sans idée. Et résultat : on stresse. C’est un cercle vicieux. Ou vertueux. Allez savoir. Pour finir, la pollution. Comme pour les 2 autres aspects du milieu naturel du Parisien, il y est habitué. Son corps est fait pour la supporter. Moitié Homme. Moitié Robot. Je vous laisse terminer les paroles de ce générique de série. Sous-culture télévisuelle quand tu nous tiens.

Alors attention les gens, ceci n’est pas un article refoulant le Parisien. Parce que, pour votre information, à long terme, je prétends à ce mode de vie dévrillant totalement le système nerveux et/ou digestif. Paris. C’est un endroit où les gens vivent plus en plein air que nous. Quand je dis « nous », je veux dire les banlieusards. Le Parisien prend le bus. Aime le Vélib’. Le banlieusard a une « Carte Orange » de couleur bleue et violette. Anomalie nominative, n’est ce pas ? Ou peut-être une figure de style RATPiste. Plagiant sans honte Paul Eluard qui disait que « La Terre est bleue comme une orange »…

Le banlieusard passe 3 à 4 heures de sa vie sous terre. Comme mort vivant. Un vers de terre. Une taupe. Pendant des années, j’ai pris les transports en commun sans connaître Paris. Pour moi, cette ville, j’en avais la pleine possession lorsque je tenais un plan de métro dans la main. D’un lieu à un autre lieu. Sans réellement faire le chemin. Sans voir la route. Quand on y pense, c’est triste. C’est comme si on vous donnait les réponses à toutes vos questions sans que vous ayez eu à réfléchir. Juste des solutions. Aucun effort pour les obtenir. Pas de cheminement intellectuel et du coup, aucun émerveillement. Aucun intérêt. Boire sans soif. Manger sans faim.

Paris. Pour vraiment aimer cette ville, il faut s’y perdre et y avoir peur. Peur de ne jamais retrouver la route du chez soi. Et une fois de retour, se souvenir à quel point c’était merveilleux. Incroyable. Comme un rêve. Se satisfaire du fait qu’il faille y retourner le lendemain et s’y égarer de nouveau. Trouver des rues dont on ignorait l’existence. Un cerisier japonais dans un jardin face à un couvent. Un pont rempli de musiciens bohèmes. Des livres dans des grands coffres sur les bords de Seine. Des châteaux monumentaux saluant le soleil avec arrogance. Des jardins envahis d’étudiants en grappes. Des petits cinémas qui passent des films inconnus. Et des anges en or qui piquent le ciel de leur index.

… Alors que j’écris cet article, je me rends compte que je n’ai pas parlé de tout. Tant pis. Encore une fois, je me suis perdue dans Paris. Rien qu’en en parlant. J’imagine que c’est parce que je commence à me l’approprier vraiment. Je sens du stress monter en moi. Je crache un air impur. Une fumée. Je mets des coups de pieds dans les pigeons orgueilleux. Possible que je mute tout doucement en Parisienne.

Il est temps pour moi de vous laisser retourner dans vos vies. De banlieue. Ou Parisiennes. Dans tous les cas, continuez à être désirables. Ou à faire des efforts pour le devenir.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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