Le bi-billet du jou-jour!

Bonjour les gens !

Ça y est. Je viens de me faire une raison. Je suis une vieille. Et on est bien en 2010. Soudaine prise de conscience à cause d’un geste inconsidéré et inhabituel que j’ai fait ce matin. J’ai allumé la radio. Ce qui n’est pas en soi un geste de personne d’âge avancée.

Recréons le contexte. 7h30. Mon Iphone active sa fonction réveil et me hurle « Butterfly » de Jason Mraz au visage. Obligation de me jeter dessus pour le faire taire au plus vite. Toute pleine d’adrénaline et de particules de peur. Peur. Battement du cœur accéléré et réaction chimique : sensation de piqûre sous les bras. Des dizaines d’aiguilles acérées. Agissant de concert. Je me crispe dans une petite grimace d’étirement des zygomatiques. M’enlace de mes propres bras et bondis avec une molle énergie (mais énergie quand même !) de mon lit. Station cuisine. Yeux plissés, j’anticipe le soleil des lampes. Allumage. Toujours une surprise. Toujours plus fort que prévu. Mes yeux noyés de lave. Les yeux collés comme ceux d’un chaton. Petit-déjeuner. Le dos en point d’interrogation. La tête vers le sol. Pas d’énergie pour la maintenir droite. Me dis que c’est sûrement plus prudent de regarder où mes pieds se dirigent. En temps habituel, je reste en quasi-position fœtale le temps que le jour se lève derrière la fenêtre. Une demi-heure à ne penser à rien. Ou au contraire à penser à tout. Généralement au boulot. Aux tâches à réaliser. Aux conflits passés, potentiels, futurs. Parfois espérés. A la route à faire. Au bus qu’on va forcément rater si on n’accélère pas le mouvement. A la fameuse réaction en chaîne. Bus manqué. Marche jusqu’à la gare RER. Train qui te nargue et te passe devant, le nez en l’air. Attente du prochain. Arrivée à Nation. Correspondance. Escalators en panne. Ligne deux bleue. Des petites marches. Un hurlement de métro. Des portes qui claquent des mains en cadence. Des clignotements de loupiotes. Retard après retard. Pour sortir de la spirale, une décision à prendre. Se lever et marcher droit. Le problème est que la motivation ne monte pas très vite lorsqu’il s’agit d’aller travailler. Je suis un gros chat ronchon près de la cheminée. Alors que faire ? Et c’est là que m’est venue une idée bizarre. Me déplacer sans rien cogner. Jusqu’au poste de radio. Oui c’est rétro d’avoir un poste de radio. Mais j’ai des parents qui sont d’anciens jeunes des années 80. Libération des ondes. Tout ça. Je l’allume avec difficulté. Car il est tôt et que je ne sais pas sur quel bouton j’appuie. Le fait même d’appuyer sur des boutons m’agace. Et le tactile ? Et la commande vocale ? Le son éclate d’un coup. Avec brusquerie. De la musique un peu brouillée. Agressive. Grinçante. Déguisée en rock n’ roll énervé. Je reste en stand-by quelques secondes. Comme en l’attente d’une bonne nouvelle. Une voix s’élève. Un homme. Apparemment insomnie. Folie qui le guette. Subit une cacophonie qui lui scie la tête. Voue ses nuits à la sym-symphonie. Et aux requiems. Voilà ce que j’ai entendu à ce moment-là. Ça m’a salement réveillé. Je précise « salement ». Parce que j’étais amorphe et que je suis devenue énervée. Une « sym-symphonie ». Le mec qui a écrit la chanson a du se dire « Tiens ! Il me manque une syllabe… Qu’a cela ne tienne, j’en rajoute une ! »… On n’écoute plus une symphonie mais une sym-symphonie. Normal. D’ailleurs, moi je vais écrire un bibillet sur mon bloblog. Je n’ai absolument rien compris à cette chanson. Je ne suis pas du genre à sur-articuler chaque mot. Je ne suis pas une professeure de diction frustrée d’avoir raté une carrière de comédienne et qui se venge (par conséquent) sur toutes les créatures ayant une bouche et sachant parler un tant soit peu. Mais admettez que ce n’est pas évident de suivre une histoire si on ne comprend pas ce que les personnages racontent. Qui plus est s’ils ont décidé de dédoubler tous les mots. Comme je suis une personne qui laisse sa chance au produit et surtout parce que cette chanson débile a continué à faire des roulades, des poiriers et des petits ponts dans mon cerveau, je me suis jetée, dès mon arrivée au bureau, sur Internet pour avoir plus d’informations.

Heure de la repentance. J’ai sous-estimé le parolier. Il ne s’agit pas d’une « sym-symphonie » mais d’une « assasymphonie ». Ce qui n’est pas la même chose. Ben non. Mais alors qu’est ce que c’est une « Assasymphonie » ? Je rassure les fous de Google et du Petit Robert. Ce mot n’existe pas. C’est l’accouplement, lors d’un soir de cuite, d’un Assassin et d’une Symphonie. D’accord. Quel rapport ? Tel Albert Londres ou le bon vieil Emile à la Belle Epoque, je me lance dans des recherches poussées. Blogs de fans. Forums de discussion. Dans lesquels des gens font des explications de texte façon commentaire composé. Ou dissertation. Sur le thème de la chanson. Sur ce que ressent Salieri. Des désaccords. Des interprétations contrastées. Mais allez faire vos devoirs, bande de petits Jean-Foutres ! Vous n’avez pas les « Fleurs du Mal » à lire ? D’analyse du « Bateau Ivre » à rédiger ? Comme tout le monde !!… Sites officiels. Pas officiels. Et en fait, si je devais résumer, « Mozart Opéra Rock » dont est tirée « L’Assasymphonie », c’est « Amadeus » à la française. Avec des hurleurs. Ou des chanteurs. Tout dépend de votre sensibilité auditive. Ensuite, je ne critique pas le spectacle que je n’ai pas vu. Mais cette chanson rend fou. Salieri qui chiale misère parce que Mozart est tellement bon qu’il rend son art minable. Le rend médiocre et vide de sens. Tristement réaliste. Pauvre vieux. Cela dit, le texte est tellement alambiqué. Prétentieux. Cherchant l’effet de style en permanence. Et se moquant bien qu’on perde la compréhension. Je n’aime pas ne pas saisir quelque chose. C’est insupportable. C’est aussi utile et agréable qu’écouter un marteau piqueur. Et puis si vous voulez voir une relation Mozart/Salieri au sommet, il faut regarder « Amadeus » de Milos Forman. Le grand Milos. Le génie contre le commun des mortels. Salieri n’est pas le méchant d’une histoire. Il est nous. Les moyens, les médiocres et les passe-partout. Il s’est fait souffler sa place de favori par un jeune imbécile sans cervelle qui sécrétait de l’or et des diamants sans même vraiment se rendre compte de la dimension de son talent. Je pense faire un article sur le sujet. Je ne rajouterai pas de « Ou pas » comme d’habitude car j’ai envie de le faire. Et de vous donner le goût de le voir. En attendant, il y a « L’Assasymphonie ». Un chanteur à cheveux engraissés par le gel. Se tenant comme un adolescent torturé qui pique une crise parce que ses parents ne veulent pas lui payer de scooter, sur scène (car j’ai même été sur YouTube pour le voir).

Ne croyez pas que je m’acharne contre cette comédie musicale-ci. J’en ai autant au service de dizaines d’autres. Un exemple. « Les Dix Commandements ». Gros carton. Incroyable. D’autant plus quand on lit les paroles des chansons. Probablement écrites un jour d’ennui. Le même type de jour qui a permis la création d’une Assasymphonie. On se demande néanmoins pourquoi l’Assassin n’a pas fait son boulot. Cela aurait peut-être évité « La peine maximum ». Oui c’est bien le nom de la chanson. Comme j’aime illustrer, voici un extrait. Je re-contextualise. Josué est tailleur de pierres, hébreu et évidemment, esclave. Ce qui ne lui créé pas vraiment de la joie de vivre. Mais réussit à le faire chanter. Que c’est sa peine maximum. D’être un Homme. Pas claire cette affaire. Je cite :

Mais pourquoi se mettre à genoux

Pour qui vouloir vivre debout

Puisque l’amour

Est inaccessible, un jour

Et le rêve trop lourd

Pour être libre un jour

Que Dieu me pardonne

Si de n’être qu’un homme

C’est ma peine maximum.


… J’admets qu’il ne soit pas évident d’écrire des paroles. Ce qui serait plutôt bien, ça serait d’éviter les fautes de syntaxe. Non ? « Pour qui vouloir vivre debout » ? Ce n’est même pas de l’argot. Mon cousin de 3 ans n’a jamais de phrases pareilles. Et n’en fera jamais (j’ose espérer). Et puis j’aime le passage sans aucun complexe de l’idée d’être libre à l’amour inaccessible (un jour). De quoi parle-t-on ? Pourquoi nous faire ça ?

… Je n’allumerai plus jamais ma radio avec légèreté. C’est fini. Pas envie de me faire apprendre du vocabulaire inventé par des gens qui ne savent même pas gérer celui qui existe dans le puits sans fond de la langue française. Oui je boude. Je fabrique du boudin. Traditionnel. A l’ancienne.

Je m’en vais. Enfin je reviens demain. Pas d’inquiétude. Pas de cris de joie non plus.

Je vous salue bien bas. Et vous souhaite de pouvoir rester désirables en dépit du froid et des nez coulants.

Bien cordialement les gens !

C.P.A.

3 Réponses to “Le bi-billet du jou-jour!”

  1. Bon ben moi j’aime bien l’Assasymphonie… Ca m’évoque d’autres choses en l’écoutant… mais bon, c’est surement parce que chuis un prof de maths !
    Bisous.

    • Qu est ce que tu veux que je te dise Alphonse? Personne n est parfait!
      Mais la… Prof de maths… Assassymphonie… C est l’escalade!!😉
      Des bises mon chaton!
      C. P. A.

  2. C’est fou g pense a toi Rudy avec cette chanson et j’attendais déjà ta réaction…

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