Mademoiselle Connasse

Bonjour les gens…

Je suis encore contrariée par mon article d’hier. A la relecture je ne dirai pas qu’il était mauvais. Non. Pas plus que de coutume. Plutôt d’une terrible médiocrité. Je n’ai pas réussi à parler comme je l’aurais voulu de deux films de mon enfance. Que j’aime énormément. Comme des personnes. Comme des gens de ma famille qui viendraient manger le dimanche midi. Resteraient jusqu’à 16 heures. Heure du café et des petits gâteaux Delacre. La boîte en fer verte que je voulais toujours garder pour y mettre mes « trucs ». Mes jouets accidentés. Mes papiers froissés. Mes cailloux extraordinaires. Mes fleurs séchées. Mes poupées Barbie martyrisées. Les mains plates à force d’être mâchouillées. Les pieds désossés pour la même raison. Les cheveux crépus et dépeignés. Perdant leur blondeur naturelle. Tendant vers le blanc. Résultat d’une tentative de shampoing-brushing désastreuse. Boîte en fer verte résonnant comme une cymbale. Lorsqu’elle tombait dans la poubelle. Je n’y ai jamais rangé mes « trucs »…

Tout ça pour dire que je me sens très frustrée. Enfin,  rassurez-vous, je ne tenterai pas un nouvel essai aujourd’hui. Et puis la rubrique Cinéma Tchitchaa, c’est une fois par semaine. Ne pas abuser des « bof » choses. Je ne vais pas vous donner un plat de purée Mousseline avec des saucisses Knacki tous les midis. Déjà parce que cela serait très mauvais pour votre taux de cholestérol. Mais aussi – et tout simplement – parce que et en dépit du fait que cela vous inspire une grande bouffée de nostalgie, le plat « Purée/Saucisse » est un des pires concepts culinaires du XXème siècle. Un plat qui ne nécessite pas l’utilisation obligatoire du couteau. Un plat qu’on pourrait manger à la petite cuillère (car c’est mou une saucisse). D’accord. J’entends déjà la clameur des trentenaires attardés qui dorment sous leur couette Dragon Ball vintage et se déguisent en Casimir pour tromper l’ennui : « Oui mais tu pouvais faire un cratère dans la purée et mettre le jus de la viande dedans pour faire un volcan ». Le seul mot par lequel j’ai envie de vous répondre est le suivant : acné. Ce genre de plat est responsable de cette irrémédiable et interminable plaie. Rajoute une pellicule de gras sur votre peau d’ores et déjà huileuse. Comme tartinée de beurre fondu. Des plaques tectoniques rouges et gonflées. Surplombés de neiges éternelles. Bien éternelles et surtout bien décidées à s’incruster quelques temps.  Pas toujours au même endroit. D’où le choix du terme « plaque tectonique » que certains n’ont pas du entendre depuis leurs cours de SVT de 4ème. Enfin pour ceux qui écoutaient le cours et le comprenaient…

Belle introduction bien dense. Pleine de mots. De références de l’ancien temps. De l’autre siècle. Sans saut de ligne. Pour faire mal aux yeux. Pas très sympathique cette Cécile, n’est-ce pas ? Un peu connasse. D’ailleurs, allons-y, disons les choses : Cécile est une connasse. Mademoiselle Connasse. Révérence. Rond de jambe. Grâce. Et roulez jeunesse.

Alors je vous rassure tout de suite les gens. Je ne suis pas dans une phase d’autodestruction. Je ne cherche pas à m’auto-insulter. Je reprends des termes de l’ « homme de la rue ». Je le cite.

Je vous explique. Cela fait quelques mois… quelques années en fait, que régulièrement, des gens m’insultent dans la rue. Généralement des hommes. Parfois (mais c’est tout de même plus rare) des femmes. Ils ont l’air, qui plus est, d’avoir pris le parti de m’attribuer la même appellation. Ce n’est pas une surprise puisque c’est le titre de l’article du jour. Connasse. Historiquement, la nomination a été effective à partir de novembre ou décembre 1998. J’avais alors 15 ans et venait de rentrer au lycée. Petit lycée bourgeois de Seine et Marne. Comme quoi, j’ai toujours eu un attrait certain pour cette classe sociale… Bref. J’étais seule sur le quai du RER. Toujours la ligne A. Assise sur un siège blanc. Le deuxième de la rangée de six. Car je m’assois toujours là. Superstitieuse à mort.  En face de moi, l’autre quai. L’autre sens. Une femme d’une quarantaine d’années assise. Le deuxième siège de la rangée aussi. Echange rapide de regards. Une seconde. Peut-être deux. A peine vue, déjà oubliée. J’étais partie dans les méandres de mon esprit torturé par l’apprentissage permanent. Soudain un cri. Je sors de ma torpeur. La femme debout. Un doigt tendu vers moi. Hurlements à mon endroit. Rauques. Aboiements de chienne abandonnée sur l’autoroute. Connasse. T’as bien une gueule de connasse. Je regarde derrière moi. Personne. C’est bien moi qui ait l’air d’une connasse. Depuis ce jour, je me promène en portant un badge nominatif. Ils ont peut-être raison après tout. Je ne sais pas. Pourtant, je ne fixe pas particulièrement les gens. Je ne les évite pas. Je ne souris pas au tout venant. Je ne mets pas un masque mortuaire passé la porte de mon appartement de bourgeoise. Je ne m’habille pas en mini-jupe collant résille. Je ne porte pas une burka. Trop chère la burka. 750€ d’amende en cas d’arrestation dans la rue. Au-dessus de mes moyens. Je laisse de temps en temps ma place à une personne âgée dans les transports. Il m’arrive aussi de faire semblant de dormir pour éviter de le faire. Je donne parfois quelques pièces aux SDF. Il m’arrive aussi de faire semblant de dormir pour éviter de le faire. Je suis normale. Je suis comme tout le monde. La moyenne. Basique. Je n’ai aucune raison particulière d’attirer l’attention. Mais alors pourquoi ? Comment détermine-t-on une connasse ? Qu’est ce qu’une connasse ? Commençons par là. Vous savez maintenant comment je procède. Nous allons faire un petit tour dans un dictionnaire. Un « grand Robert ». Un « petit Larousse ». Un « moyen autre chose ». Evidemment, pas un concentré de savoirs dans cette société bellevilloise où je travaille. Obligée de me radiner sur Google. Je reviens dans 5 minutes. En m’attendant, faîtes une blague à la personne à côté de vous. Une blague de connasse.

Me revoilà. Décidemment, quelle belle langue nous avons ! Alors ! Connasse ! Plusieurs définitions. Numéro 1 : Dérive de con avec le suffixe péjoratif –asse. Le con étant… le sexe de madame. Eh oui ! Certains (les mêmes qui ignoraient ce qu’était une plaque tectonique), tombent probablement des nues.  Je continue. Une connasse serait une « prostituée inexpérimentée ou de bas étage ». Je veux bien. Prostituée sans expérience professionnelle. CV plutôt vide. Aucune envie de faire un stage. Je reste comme ça. Je suis bien une connasse d’après la définition numéro 1.

Suivante.

Définition numéro 2 : « Femme manquant d’intelligence. Sotte »… Bien. Je ne vois pas comment des passants qui me verraient 5 secondes – dans le meilleur des cas – pourraient savoir ça. Impossible. A moins qu’ils me regardent avec attention lorsque je parle à mes écouteurs emmêlés comme des nouilles chinoises pour qu’ils se dénouent plus vite. A moins qu’ils m’aient entendu m’excuser auprès d’une pile de journaux que j’avais bousculé par inadvertance. A moins qu’ils aient vu mon regard hilare devant la vitrine d’un encadreur. C’est un métier qui, encore une fois, pour une raison relativement floue me fait sourire. Je trouve plutôt amusant de penser que le métier d’une personne consisterait à faire des cadres autour de photographies d’autres gens. Encadrer des têtes. Des paysages. Des sentiments. Des souvenirs. Le monde. Encadrer le monde. Le monde entier. Dans des morceaux de bois. Dans des tiges de toutes les couleurs. De toutes les matières. Encadreur est un métier de délimitation. Ou du moins de tentative. Tenter de limiter le monde dans des cadres en bois me paraît un métier aussi fou que celui de lutter contre des moulins à vent. Et cela me fait sourire. Devant tout le monde. Un sourire peut-être un peu bête. Me donnant l’air sot. Comme chacun sait, avoir l’air sot dans notre société revient à être sot. A manquer d’intelligence. Même quelques secondes. D’après cette définition, il peut également m’arriver d’être une connasse.

Et le meilleur pour la fin.

Définition numéro 3 : « Femme méprisable ». Pas évident. Petit sifflement. Moue et haussement des sourcils. Laissez-moi y réfléchir. Je ne peux pas ne pas trouver. Sinon mon article est flingué. Je me creuse la tête. Au sens propre comme au figuré. Je plante mes ongles couleur nature dans mon crâne et je cherche ce qui pourrait faire de moi une « femme méprisable ». Toujours rien. 10 bonnes minutes viennent de passer. Je jette un œil à la définition de « méprisable ». Je ne sais pas ce qui ferait de moi une personne indigne d’estime, d’égards et d’attention. Je pianote une réminiscence de vieux morceaux de piano que je jouais quand je n’étais encore estampillée « connasse ». Une séquence de valse sous la pluie qui encombre ma pensée et ma réflexion. Le rire appuyé d’un jeune de passage devant ma baie vitrée. Ma lampe dont l’ampoule vit ses dernières heures chevrotantes. Et moi qui rêve devant mon ordinateur. Je regarde mes collègues laborieux. Au téléphone. Les yeux fatigués. Essayant de faire pour le mieux. De négocier. De calmer les peurs. De charmer. Au travail. Au charbon. Sans interruption. Sans pause. J’ai de l’admiration pour leur abnégation. Parce que je ne crois pas être comme eux. Je travaille bien entendu. Je fais tout ce que j’ai à faire et ne ménage pas ma peine. Mais dès que j’ai 3 secondes, je veux venir me balader avec vous. Dans un bois de Vincennes imaginaire. Près des étangs et des barques. L’été. Mes collègues, je les abandonne régulièrement dans l’hiver bien réel et saisissant. Egoïste que je suis. Et je les oublie quelques temps. Ce qui peut faire de moi une connasse au sens de la 3ème définition.

… Je crois que tout est dit. Je suis une connasse. Comme tout le monde. Comme vous mes 7 lecteurs qui n’êtes pas assez pour faire un match de football et trop pour faire une partie de tennis. Ouais. Enfin du moment qu’on parvient à rester désirables… tout va bien.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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