La loi des séries

Bonjour les gens,

Aujourd’hui à 11h48. Un message. Un e-mail. Un courriel. Une personne de mon entourage. Pas vraiment un ami. Pas une simple connaissance. Pas un vu de loin. Une personne à mi-parcours de ces trois états. A la croisée des chemins. Un message long et argumenté. Un message auquel on ne s’attend pas forcément à 11h48. Une critique de ce blog. Oui. Il y a dans mon entourage des gens qui se lèvent de bonne heure pour le lire et en faire le compte-rendu. Peut-être n’ont-ils rien d’autre à faire de plus intéressant. Ou peut-être (et cette solution me semble la plus réaliste) sont-ils tellement agacés par ce qu’ils lisent qu’ils sont obligés de laisser sortir la bête. Car le message en question, le message de 11h48 était une critique plutôt négative. Pour ne pas dire acerbe. Ma première depuis la création accidentelle du 2 décembre 2009. Je vais sûrement l’imprimer et la mettre sous vitre. Pour le souvenir. 19 janvier 2010. Le jour où a été écrit que « mon monde était minuscule ».

Qu’il était incompréhensible d’utiliser autant de points et si peu de virgules dans ses phrases. C’est vrai. Une tendance à écrire comme si j’envoyais des SOS au bout du monde. Pas d’appel au secours pourtant. Juste quelques signes timides de la main pour vous dire bonjour.

Que ma manière de vous signifier votre désirabilité (ou la nécessité de l’entretenir) était mal venue. Qu’on ne savait pas si je me moquais de mes lecteurs ou si je les trouvais vraiment désirables. Rassurez-vous les gens. Je vous trouve extrêmement désirables. Par principe. Un lecteur de ce blog est désirable à partir du moment où il le lit. 3 minutes par jour suffisent.

Qu’il était étrange à 26 ans d’avoir si peu de sujets à traiter. Le cinéma. Les transports en commun. Le milieu de travail et la notion d’open-space. Mimiche. Les vues de ma baie vitrée. Le monde qui grouille derrière les stores récemment posés. C’est vrai. Je reconnais avoir très peu de choses à dire. Je reconnais l’étroitesse de mon espace de vie. De la machinerie de mes habitudes. Ma bouteille d’1,5 litre à boire tous les jours. CTRL-S. CTRL-C. CTRL-V. Envoyer/Recevoir. Carte Orange dans la poche droite. Téléphone dans la poche gauche. Secousse du sac pour repérer le tintement des clés. Perte d’un gant droit tous les dix jours. Nouvel achat. Code de carte bleue. Code PIN. Mots de passe. Verrouillage à tous les étages. Mon monde est un terrier. Un petit trou dans la Terre. Et il me semble que nous soyons une majorité à en être là. A vivre dans une bulle aussi large que l’amplitude de nos deux bras tendus. De nos deux bras en croix. Sauf que j’en ai la pleine conscience. Je sais. Mon but n’est pas de vous dire que j’ai une vie extraordinaire. Mon but n’est pas de faire mon autobiographie et de vous montrer ma grandeur d’âme.

Mon but est de relever des détails. Des morceaux de ce qui est à ma portée tous les jours.

A ma vue de myope forcée par distorsion de verres à être nette.

A ma hauteur variant du mètre 67 au mètre 73 en fonction de ma volonté ou non de claquer du talon.

A mon odorat dont la forte sensibilité me donne la clé d’un monde où rien n’est permanent. Où tout se déplace avec lenteur. Odeur de musc et de rouge à lèvres d’une dame pressée remplacée par celle capiteuse et mêlée de sueur vapeur d’un jeune sportif épuisé. Des tissus qui vous rappellent ce que vous avez mangé la veille. Choc lorsqu’une personne inconnue porte le même parfum qu’un ami cher à votre cœur. Sympathie immédiate pour l’inconnu. Sans le savoir, il fera désormais partie de vous jusqu’à la fin de la journée. Des fragrances qui créent des images dans ma tête.

Et enfin, à mes petites oreilles carrées aux angles droits presque parfaits. Cachées derrière ma jungle de cheveux noirs entortillée en boucles irrégulières, flottant au dessus de ma tête en défiant toutes les lois de la gravité. Oreilles qui attrapent tout ce qu’elles peuvent. Bruits, sons et musiques. Pour créer une mélodie particulière et personnelle. Déformable à l’infini. Pâte à modeler et Lego intouchables.

… En voilà une introduction qu’elle est longue ! Un petit état des lieux probablement nécessaire. Pour moi aussi. Histoire de tenter d’expliquer pourquoi je vous fixe un rendez-vous régulier. Tous les soirs. Comme l’autre abruti qui attend Madeleine avec des lilas et veut manger des frites chez Eugène. Bref.

Avant 11h48. Métro ligne 2. Ligne bleue. Nation. Porte Dauphine. Je ne sais pas pourquoi l’évocation de Porte Dauphine me donne le sentiment qu’on va changer de département et qu’on va voir la mer. Pas la Mer Méditerranée évidemment. Une mer bien froide. Très nordique. Dont l’eau est habitée de petits poignards affutés se jetant comme des affamés sur la moindre chair en immersion. Un soleil blanc enrobé dans une écharpe neigeuse. Un sable dur d’humidité. Restons raisonnable. Le voyage est bien plus court. Nécessité de coiffer la Couronnes.

Dans le train, des gens. Des caddies partout. Jour de marché. Etales surchargées de Ménilmontant à Belleville. Effluves mélangées de choux fleurs, de tomates, de pommes et de poisson cru. D’une seconde à l’autre, on passe de la douceur à l’aigreur. Dominante citron. Dominante haricot vert. Dominante épices marocaines. Dominantes qui sont comme des pics au milieu d’un paysage de montagne. Tous ces parfums soufflés par l’haleine chaude des grilles de métro.

Dans le train, deux filles inquiètes qui parlent d’une amie absente. Les sourcils en oblique. Les mines creuses. Les yeux humides. Rassurées tout de même que le cancer se soit résorbé. Convalescence. Supposent que la disparue de la liste des gens en bonne santé est retournée chez sa mère. Là où elle serait le mieux pour se reposer. Critiquent son fiancé qui la trompe avec une autre. Une qui n’a pas de maladie. Une jolie en plus. Une qu’elles n’aiment pas trop. Une des pipelettes demande à l’autre des nouvelles de la sœur de la fille qu’elles n’aiment pas. Elle va se marier. Apparemment, il était temps. Plus que temps même. Elles rient en admirant la patience du prétendant. Prétendant pourtant superbe ayant toutes les femmes à ses pieds. Mais s’acharnant comme un imbécile. Pipelette numéro deux remarque que « ce n’est pas à elle que ça arriverait ! ». Gloussement de volatile. Pipelette numéro un a un nouveau potin. Sloane n’est plus avec Lexie. Lexie qui couche avec Karev. Karev le fiancé de la malade. Une certaine Izzie. Izzie qui a des visions de son ex-fiancé mort d’une crise cardiaque. Des dépressions à la pelle. Des disputes de groupe. Des divisions. Des divorces. Dans ma tête bien lente encore ensommeillée, je me dis que ce groupe d’amis est un beau bordel turc. Avec coussin en velours bordeaux. Sofa à capitons. Tissus bigarrés et danseuses du ventre.

Et d’un coup le choc. Arrêt à la station Avron. Avron qui ne m’inspire pas spécialement la mer. Plutôt un gros Rocher de la marque Suchard. Avec des éclats identiques de noisettes. Posées à distance égale les uns des autres. Passons. Le choc. Je comprends que l’inquiétude et la sollicitude des deux passagères s’adressent à des gens qui n’existent pas. En tout cas, pas dans la vie réelle. Attention et diligence pour des personnages plats. Coincés de l’autre côté de l’écran. Dans le livre d’anatomie de Meredith Grey. Normalement, ces « gens » sont nos serviteurs. Ils souffrent, rient, se font du mal, se battent et trouvent le bonheur pour notre satisfaction immédiate. Catharsis à fond les ballons. Je n’imaginais pas que des spectateurs les comprennent et les plaignent avec une telle ardeur. Avec une telle prise de parti. Izzie est une femme bien. Elle ne mérite pas que Karev la fasse souffrir. Paraît-il. Mais Izzie, Lexie, Karev, Sloane et toutes les autres marionnettes à prénoms de clébards ne ressentent rien enfin ! Ils sont en carton ! Et imaginons qu’ils soient réels. Admettons. Ils se foutraient totalement de nos vies. Les nôtres de vies. Ils sont chirurgiens. Ils baisent à tout va. Avec le tout venant. Méprisent le patient qui ne sait pas mettre sa douleur sur une échelle graduée de 1 à 10.  Vivent dans leur monde d’excellence à base de perfusion et de massage cardiaque. Oubliant que les corps qu’ils trifouillent sans vergogne sont encore vivants. Les personnages de Grey’s Anatomy sont des connards. Et des connasses. Qui n’existent pas. Et d’une certaine manière, c’est tant mieux.

… Voilà. Rien à ajouter. Je vais partir pour revenir en bien meilleure forme demain. Demain, je vais vous parler de mon superpouvoir. Ou après-demain. Oh ! Je ne sais pas !!

Bonne nuit les gens. Oui bonne nuit. Il fait nuit et moi quand il fait noir, je m’ensommeille et m’endors. Voilà. Bonne nuit. Et rappelez vous bien que la nuit est réparatrice et rend désirable.

A bientôt !

C.P.A.

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