C’est toi le billet du jour!

Bonjour les gens!

J’ai remarqué que j’avais une maladie. Mentale. Un dysfonctionnement de mon système réflexif et langagier. Quand je vous annoncerai le nom de ce mal, vous noterez néanmoins que je ne suis pas seule. Non. La maladie dont je vais vous parler aujourd’hui est une épidémie. A la mode. Comme le Choléra au Moyen-âge. Ou la Peste Noire. La gastroentérite du mois d’octobre au mois de mars. L’herpès de la période estivale. Les verrues plantaires dans les piscines municipales.  L’acné dans les cours de collège (et de lycée pour les moins chanceux). La Grippe A H1N1 dans la tête de Roselyne Bachelot. Des milliers voire des millions de contaminés. Et chaque jour, de nouvelles victimes viennent grossir les rangs. Je vous rassure tout de suite. Personne n’en meurt. Enfin… personne n’en est encore mort. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Et place l’infection en question dans la catégorie des épidémies cools et sympas. Ce qui n’étaient le cas ni du Choléra, ni de la peste noire, ni de la gastroentérite. Entendons nous bien.

Une des particularités amusantes de cette verrue plantaire mentale est la volonté du contaminé de la transmettre à ses interlocuteurs. Bizarre. Surtout que, contrairement à une patate chaude, à un ballon de basket ou à un cadeau de Noël déplaisant, la contamination d’un autre sujet ne permet pas le rétablissement du premier. Le contaminé ne cherche d’ailleurs pas à guérir. Il s’enhardit et devient de plus en plus actif dans la prolifération. Prolifération exponentielle grâce à l’utilisation accrue des moyens de télécommunication modernes. Téléphone fixe. Mobile. Internet. Et sur Internet, des dizaines de possibilités : chats, réseaux sociaux, sites et blogs. Impossible d’y échapper lorsqu’on se trouve dans la tranche des 16-40 ans. Si cela se trouve, vous, les gens en train de me lire, en êtes sans le savoir. Ou allez l’être après être passé ici. Vous êtes foutus.

Si je devais tenter de reconstituer l’historique de ma contamination, je dirais que cela a commencé comme dans un film de zombies de George A. Romero. De Dario Argento. Ou de Sam Raimi. Ou d’un autre. Pour ceux qui ne connaissent pas, je vais vous faire un petit croquis. Pour résumer. Dans un film de zombies, les personnages principaux (généralement un couple) vivent dans une ville normale. Ils ont des voisins de palier normaux, sympathiques mais un peu beaufs dont ils se moquent à peine la porte de leur appartement close. Tout se passe bien. Il fait soleil. La période des T-shirt et des shorts en jean arrivant en courant. C’est une précision qui vaut la peine d’être notée car elle explique pourquoi l’héroïne survivante passera son temps à fuir en débardeur sale. Même dans la rue. Même par temps de pluie. Bref. Tout va bien jusqu’au jour où une personne de la ville montre des symptômes étranges et part tenter de se faire soigner à l’hôpital. Evidemment en moins de temps qu’il m’a fallu pour cacher ce texte à mon patron passant derrière mon bureau, la personne a refilé la chtouille à tout l’hôpital. Hôpital rempli d’employés. Employés remplis de familles. Familles ayant d’autres lieux de travail. Familles allant à l’école. Vous avez compris. En 3 jours, il n’y a plus une personne saine. Sauf les deux héros qui font leur lune de miel à domicile. La faute à un conseiller Société Générale un peu zélé leur ayant refusé un crédit à la consommation destiné à payer un voyage de 3 semaines aux Seychelles. Résultat : ils vont bien mais sont attaqués par tout le monde. Même les gosses sont prêts à leur becter les mollets. Assignés à résidence par la force des choses. Et au final, obligés de se rendre. Au final, contaminés. Comme tout le monde.

Contexte réel : un matin, je demande à ma sœur où se trouve mon sac violet. Elle ne sait pas. Je m’énerve un peu comme il est conventionnel de le faire lorsqu’on est la plus âgée d’une paire de sœurs et que l’autre a une tendance à vouloir emprunter tout ce qui vous appartient. Mine désappointée. Voix montant dans des graves impressionnants. Dans des notes mineures. La petite ne pipe mot. La peur et la honte la submergeant. Ou pas. J’insiste et souhaite ardemment récupérer un contenant pour me déplacer avec des affaires. Elle me tend un horrible sac en plastique rose en riant de toutes ses dents pleines de calcium. Hilarité mitraillette provoquant des impacts de balles symétriques sur les coins de sa bouche. Fossettes parfaites. Des petits trous de poinçonneur. Hilarité appuyant sur le point final de son menton. J’accompagne ses sons de gorge sursautant et suffoquant d’un pâle sourire pressé. Je veux un sac. Là. Tout de suite. Maintenant. Ce à quoi elle me répond : « C’est toi le maintenant ». Et une nouvelle salve sur son visage. Je suis restée interdite. Ronde. Rouge. Avec une barre horizontale blanche au milieu. Façon panneau de signalisation. Pas compris du tout où était la plaisanterie et à quel moment j’étais sensée rire. Au bout de quelques jours, je me rends compte que ses amis répondent à ses messages par des « C’est toi le 16h30 », des « C’est toi la ramette » ou des « C’est toi le processus ». Le monde étant ridiculement petit, en quelques semaines, des amis d’université, des connaissances de travail, des membres de ma famille au premier et second degré, s’entichent (que j’aime ce mot !! Enticher !! Il me donne envie de faire des quiches ou d’entreprendre des travaux dans ma salle de bains. Plus précisément de poser des joints dans le bac de douche) du « C’est toi ». Je suis seule dans mon appartement encerclé de « C’est toi le zombie ». Dans mon débardeur sale. Tentant de résister à l’appel collectif. C’est toi le collectif. C’est toi l’appel. Rires en groupe. C’est toi le groupe. Boules Quies vertes dans les oreilles. Je ne veux pas en permanence désigner l’autre en guise de réponse. C’est toi la guise. C’est toi la réponse. Si on me demande, sur mon lieu de labeur, où en est le montage du projet sur l’Inde, je dois répondre qu’on est dans les temps. Même si ce n’est pas le cas. Mais jamais, au grand jamais, c’est toi le projet. Ou c’est toi le montage. Pourtant dans ma gorge l’automatisme reste coincé. Prêt à jaillir comme l’eau de la bistouquette du Mackenpisse.

Plus facile que de répondre oui, que de répondre non, que de répondre « je ne sais pas ». Parade idéale pour cacher son ignorance ou sa lâcheté occasionnelle derrière le masque bien plus charmant de l’humour. Difficile de refuser cette riposte ultime. Le genre de phrase qui clôt le débat avant qu’il ait commencé. Imaginez votre réunion d’évaluation avec votre patron en fin d’année. Vous faites le bilan. Les points positifs nombreux mais synthétisés. Les points négatifs présents certes mais développés avec un souci pervers du détail. Puis la douloureuse. La question financière. Le problème monétaire. La bourse de piécettes en or. Quatre petites syllabes si terrifiantes à prononcer : augmentation. Nerf de la guerre pour la survie dans le monde moderne. Augmentation. Tout le monde en veut une. Pour le principe. Pour pouvoir s’en vanter auprès des copains. Pour montrer la force de son pouvoir de persuasion à qui en douterait. Sauf que… Sauf que votre patron est comme vous. Il est exposé. Aux UV. Aux UVA. A la pollution. A la hausse du prix des matières premières. Au réchauffement climatique. A l’outil Internet. Aux gens qui se contaminent. Au monde entier. Un accident est vite arrivé. Un manque d’argument. Un stress même léger. Et sans avoir le temps de le retenir, il déclame comme un acteur de mauvais théâtre de boulevard un « C’est toi l’augmentation ». Terrible. Honteux. Imposant quelques secondes de silence laborieux. Situation réaliste quand on voit le développement du phénomène.

Longtemps, j’ai voulu rester saine. J’ai voulu ne pas rejeter la faute sur toi. Toi qui serais le magazine. Toi qui serais le pot à crayons. Toi qui serais l’orifice. Toi qui serais le ouais. Toi qui serais le Nigéria. Toi qui serais la guerre civile. Toi qui serais le rien. Toi qui serais le 8 février. Toi qui serais le moi. Toi qui serais le suspect. Toi qui serais la pochette jaune. Puis un jour, j’ai implosée. Comme un poussin dans une usine de fabrication de nuggets. Ben oui. On fabrique les schnitzels du MacDonald’s avec des poussins entiers. Des poussins qui implosent. On leur fourre une pipette dans le bec. Premièrement pour les faire taire. Parce que ça peut vous tuer un système nerveux une cagette de 300 poussins effrayés. Et deuxièmement pour souffler dedans. On souffle dans la pipette. Encore. Encore. Encore. La boule de poils jaunes s’arrondit doucement. Comme un ballon de baudruche. Puis encore un peu. Une boule bien dure. Une boule de billard. Le dernier souffle. L’enfant poulet pète de l’intérieur dans un son de craquement de tissu. Mort. Mou. Tout est pâté de foie à l’intérieur du cadavre. Ne reste plus qu’à l’ouvrir. A vider le tout. De le rouler dans la chapelure. De le badigeonner d’œuf, histoire de rester en famille. Et vlan dans l’huile. Résultat : une boîte de nuggets.

Enfin ce n’est pas le sujet. Rembobinage. Un jour, les nerfs qui lâchent. La fatigue qui prend le dessus sur le stress et le contrôle de soi. Week-end. Dimanche. Cinéma. Pop-corn salé pour moi toute seule. Bandes annonces. Publicité. Spectateurs qui s’installent en discutant. Spectateurs qui demandent si une rangée de 20 personnes peut se décaler. Spectateurs pensant probablement que leurs parents étaient vitriers et décident de rester debout devant vous. Tiens… Parler de vitre me fait penser à une aventure très récente. J’ai passé un entretien d’embauche. Entretien voulant faire peur avec trois messieurs face à moi et m’interrogeant de concert en se coupant la parole. Bataille de coqs hors de propos. Chacun montrant à l’autre sa capacité à impressionner l’étrangère de passage. Bref. Entretien. Questions sur ce que je fais. Sur ce que je suis. Sur d’où je viens. Sur où je vais. Classique. Et intervention du plus discret des petits coqs. Un coquelet. Me demande une blague. Comme ça. Une blague. La première qui me passe par la tête. Après quelques secondes de réflexion et une hésitation (blague de prostituée ? Devinette puérile ? Blague de prostituée ???), j’opte pour la devinette. Probablement une erreur. Je me lance.

Qu’est ce qui est transparent et traverse les champs ?… Un troupeau de vitre…


Même en l’écrivant, je me sens confuse. Je l’ai conclu d’un « ouais ». Un « ouais » fatal. Fatal car je n’ai pas été retenue. Incompatibilité humoristique. J’aurais du choisir une blague de putes.

Revenons à nos moutons. Rembobinage. A la longue, je vais assassiner mon magnétoscope intellectuel. Cinéma. Dimanche. Spectateurs sans gêne et mal élevés. Bandes annonces. Noir dans la salle. UGC. Important de préciser la marque de cinéma. Vous allez voir pourquoi. Publicités encore. Des glaces. Des baskets. Des parfums. Bandes annonces de nouveau. Parmi elles, la star. Celle annoncée par le label UGC.

Voix de femme savoureuse : « Ce film a reçu le label des spectateurs UGC » et moi qui lui répond sans y penser, comme si c’était logique « Mais c’est toi le spectateur UGC !! »

Rire collectif. Blague qui fait l’unanimité. Ma main bloquant ma bouche coupable. Je suis malade. C’est toi la malade. Depuis, je n’arrive plus à m’arrêter. Automatique. Poupée qui parle. Je ne cherche pas à guérir. Je me dis qu’une autre maladie viendra vite la remplacer. Une nouvelle à la mode. Peut-être la grippe A en vrai… J’imagine qu’il faut savoir vivre avec le mal de son époque.

En tout cas, je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui. Car c’est toi l’aujourd’hui. Car c’est toi les gens. Car c’est toi qui es désirable. Excellente soirée. C’est toi…

A bientôt les gens !

C.P.A.

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