Un portrait familial

Bonjour les gens…

Pour commencer le dernier billet de la semaine, je vous propose de jeter un œil à deux photographies prises sous le manteau lors de ma séance hebdomadaire chez la petite kinésithérapeute blonde aux cheveux gras. Quand je dis « sous le manteau », il s’agit évidemment d’une expression car, comme chacun sait, il n’est vraiment pas aisé de viser, de cadrer et de réussir à capturer une image en posant un manteau dessus. D’autant que mon manteau est épais et noir. Opaque. Caban. Qui me donne des allures d’adulte déguisée en petite fille modèle. Doublure chatoyante comme la cape de Zorro. Bref. Des photographies de ce qui se trouvaient dans ma cellule de rétention. Prises avec mon Iphone. Bien que Barney soit présent. L’idée étant d’être la plus discrète possible. Je n’aurais probablement pas assumé l’objectif de paparazzi si elle était entrée par surprise… « Mais que faites vous ? »… « Euh rien »… Tout ça avec un appareil photo gros comme un bébé prématuré de 6 mois dans les mains.

Les voici :

Un mur couvert d’une clôture de jardin en fer rouillé. Rouille odorante. Rouille qui sent un émiettement orange et marron. Rouille comme du sang dans la gorge après un effort insupportable. Et sur cette clôture, des crochets. Courbés. Pointus et menaçants. Empalés dessus des instruments de torture. Des poids. Des chaussures orthopédiques des années 40. Des ceintures de contention. Tout ce beau monde pendant inerte comme des victimes d’un tueur en série. Trop de références cinématographiques dans ma tête. Des films d’un goût douteux. Sales. Entachés de sang séché. D’instruments de cuisine ou de jardinage, utilisés dans le seul but de frapper, de briser, de dépecer, d’arracher et de désosser. Des meurtres injustifiés et injustifiables. Des hurlements de douleur et de terreur au fond des caves. Des tentatives de fuites malheureuses. Des objectifs toujours atteints par l’homme masqué. La mort elle-même n’ayant aucune prise sur lui. Trois balles dans le cœur, la gorge tranchée et 16 coups de couteau dans l’estomac : le type reste debout. Increvable. Comme dans Highlander, la seule échappatoire semble être une décapitation en règle. Ou pas. Dans ces films, personne ne pense à vérifier que le tueur mort est véritablement passé de « l’autre côté de la barrière ». C’est d’ailleurs bizarre que les victimes ne se disent pas que le méchant ait été mis hors service un peu trop vite. Le méchant ne meurt jamais du premier coup. Jamais. Les victimes le laissent étendu sur le sol. Mais il est fort à parier que quelques secondes plus tard, non seulement il n’y sera plus mais en plus il profitera d’une minute de relâche pour sortir dans un hurlement sourd de sa cachette. Vendredi 13. Machette. Souviens-toi l’été dernier. Crochet. Massacre à la tronçonneuse. Machine à moteur. Machine à vapeur. Machine à laver. Machine à tuer.

… Voilà ce qui a traversé mon esprit comme un éclair un paratonnerre quand ma petite kinésithérapeute blonde a fermé la porte derrière moi. Peut-être parce que j’ai eu peur qu’elle me demande de faire des efforts physiques. Alors que moi j’étais venue pour une bonne sieste. Et une rave-party électrique dans ma cheville droite. Présente pour m’allonger sur une table en mousse bleue.

Au départ, je voulais vous parler d’autre chose. Et comme d’habitude, je m’embarrasse d’une introduction surdéveloppée. Presque plus longue que le développement du sujet. Pour me débarrasser du superflu, de ce trop permanent, je devrais fermer mes yeux et mes oreilles. Ainsi, je ne verrais pas les couleurs peintes avec fureur sur les murs décrépis de ma « joly » rue…

Et fermer les vannes de mes narines palpitantes toujours à l’affut. Et ne pas sentir en passant devant l’école primaire qu’il y a eu des frites à la cantine. Des frites jaunes comme la ligne de carrelage se trouvant sur la façade du bâtiment. Ecole couverte de dalles de salle de bain blanches et jaunes. Salle de bain d’une autre époque. Epoque où probablement il n’y avait pas de douche mais des baignoires. Peu utilisées. Au profit d’un objet au nom drôle. En tout cas qui me fait rire. Un bidet. Objet physiquement à mi-chemin entre le WC et le lavabo. Permettant de se laver les fesses comme un cowboy ferait du rodéo. Un bidet. Presque un nom de famille. Je ne serai pas étonnée de voir ce nom sur une boîte aux lettres. « Bonjour, je suis bien chez M. et Mme Bidet ? »… Toujours pas le sujet du jour.

D’ailleurs le voilà. Tout de go. D’un seul tenant : ma sœur Pauline. Je l’ai évoquée à plusieurs reprises sur ce blog mais selon cette demoiselle, « cela ne serait pas suffisant ». Pas plus tard qu’hier soir, elle m’a annoncé d’un ton très (trop) solennel qu’elle ne me lisait pas car je ne parlais pas assez d’elle. Que j’avais fait un article sur Mimiche mais pas sur elle. Elle avec qui je partage la chambrée, la salle de bain et les toilettes. Ce qu’elle oublie évidemment d’ajouter c’est qu’elle partage également tout ce qui est à moi. Car tout ce qui est à moi est « tout le temps vachement bien ». Classique. Evidemment. J’entends déjà ma sœur lire cet article et me lâcher un gros « Je t’emmerde ». Elle « m’emmerde » assez souvent Pauline. Peut-être parce que j’adore la pourrir du matin au soir et hiver comme été. Sport national. Lui dire des méchancetés. Des vannes horribles. Des moqueries. Des imitations. Et quelques mesquineries de temps en temps. Les jours d’ennui. Il paraît que c’est normal. Ma victime numéro un. La petite sœur. Le petit souci que j’ai pour faire cet article c’est qu’elle m’a pris de court. Je n’aurai jamais imaginé qu’elle veuille que je parle d’elle ici. Alors je n’ai pas pu constituer de dossier. Un dossier à anecdotes. Un dossier à preuves. Un dossier à charges et à décharges. Gonflé comme Elvis Presley en fin de carrière.

Comment vous parler de Pauline ?

Vaste programme. Grand comme l’Amérique. Ou tout petit programme. Une mappemonde porte-clés. Je ne sais pas. Thème aussi proche qu’insaisissable. Comme de l’eau qui file entre mes doigts. La seule chose que je peux vous dire avec certitude, c’est que je ne connais pas la vie sans elle. J’ai toujours été « Cécile et Pauline ». Elle est « Pauline et Cécile ». Jumelles pondues en décalé. Jumelles qui ne se ressemblaient pas vraiment. Jumelles qui ont fini par le devenir à force d’habitude, de disputes et de bagarres. De morsures à la cuisse. De cheveux tirés et crêpés. Un menton ouvert sur le bord d’un plongeoir de piscine municipale. Un bras cassé suite à une chute d’un lit superposé. Des bêtises dangereuses ou juste bêtes. Des ateliers peinture salissants. Des tablettes Milka partagées. Des imitations de Steven Tyler. Des fabrications de parachute. Des leçons de piano et des quatre mains de Prokofiev. Des grimaces dans les miroirs des ascenseurs. Des mots prononcés en cadence. Des phrases commencées par l’une. Terminées par l’autre. Rires presque symétriques. Cécile et Pauline. Pauline et Cécile. Pendant des années, aussi indissociables que Ben et Jerry. Simon et Garfunkel. Stone et Charden. Jonathan et Jennifer. Et je vous en passe. Puis quelques années après. Toujours proches. Un peu moins. De manière plus adulte. Moins possessive et jalouse. Moins féline défendant son territoire avec férocité. Pauline et Cécile. Cécile et Pauline. Obligées de vivre dans le monde. Au milieu du monde. Avec le monde. Des chemins parallèles et séparés. Mais jamais éloignés. Deux chemins, et entre les deux, des herbes évanescentes. A travers lesquelles des signes de mains et des sourires échangés. Pauline. Cécile. Deux personnes.

J’ai beaucoup d’admiration pour Pauline. Pour plusieurs raisons. Des milliers de raisons. Cependant, si je devais vous en donner une (si je m’étale, elle va faire la prétentieuse et mettre le lien de cet article sur son CV), voici ce que je dirai. Ma sœur est capable de vous parler d’un ouvrage avec intelligence et acuité. Sans l’avoir lu. Oui. Enfin non. Ce n’est pas ça. Elle sait de quoi parle un livre en étudiant uniquement le sommaire. Comme si je pouvais faire une analyse filmique en ayant lu la jaquette d’un DVD. Comme si vous pouviez jouer de la guitare après avoir regardé une vidéo de Georges Brassens sur YouTube. C’est surnaturel. Ma sœur a écrit un mémoire de recherche sans avoir lu un seul livre en entier. Une bibliographie remplie de livres frustrés. J’imagine la conversation de toutes ces lignes de mensonges éhontés.

Référence n°1 : « Elle t’a lu ? »

Référence n°2 : « Même pas ouvert… Et toi ? »

Référence n°1 : « Ben comme les 5 derrière moi… Sommaire, introduction et conclusion… »

Référence n°2 : « Ouais ça fait mal »

Référence n°3 : « Moi elle n’a pas lu la conclusion… Par contre 2 parties sur 5 ! »

Référence n°1 et n°2 (se moquant de n°3) : « A qui tu veux faire croire ça ? Sérieux ? Aucun étudiant ne t’a lu. Aucun. Tout le monde te déteste… »

Référence n°3 (les larmes aux yeux) : « C’est dégueulasse… Vous êtes dégueulasses ! J’ai eu un prix ! »

Référence n°4 : « Moi aussi j’ai eu un prix mais elle m’a lu en entier parce-qu… »

Références n°1, 2 et 3 : « Oh ta gueule ! »

… Ou quelque chose comme ça. La réussite de ce mémoire relève du hold-up parfait. Sans arme. Sans haine. Sans violence. Juste des livres lus entre les lignes. Plus qu’entre les lignes. Entre les pages. Entre la couverture et la quatrième. Des livres scannés par un cerveau Pentium 85. Ma sœur est un robot. Toujours sûre d’échouer. A deux doigts de préparer sa valise pour aider les pays en voie de développement et oublier ses rêves de réussite. Superbe Pauline qui passe son temps à nous étonner par sa maniabilité. Passée par tous les domaines d’enseignements. Archéologie. Histoire. Communication. Ecole d’ingénieur. Ces derniers temps, nous craignions qu’elle tente la fac de médecine ou une école d’ébénisterie.

Elle a des superpouvoirs. A mon avis. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas. Moi j’en ai un. Alors… Pourquoi pas ?

Je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui. Même si Pauline mériterait probablement un livre entier. Un livre à sommaire détaillé. A dense introduction et vibrante conclusion.

Je vous souhaite un week-end délicieux comme un bonbon Kréma. Désirable comme une publicité Aubade.

A bientôt les gens,

C.P.A.

Une Réponse to “Un portrait familial”

  1. Pauline est aussi la seule ArcheoWebMasterOlogue, capable de mettre a un jour les bugs ou de ruiner les sites en une fraction de seconde; comme elle passe de la mélancolie a la joie.
    Et le comptable de mon ancienne boite s’appelle M.Bidet

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