Un petit tour au « cinoche »

Hello les gens,

Aujourd’hui, nous allons parler de cinoche. J’aime bien dire « Cinoche » à la place de « cinéma ». En traînant bien sur le « o » évidemment. Un truc de parisien. Un tic de langage attrapé en soirée une coupe de champagne à la main. Or liquide éclatant en feux d’artifice. Le cinoche. En plus, comme je travaille dans le secteur, j’ai tout le loisir de le dire souvent. « Je suis dans le cinoche ». « Je me suis fait un cinoche ce week-end ». « Il n’y a pas grand-chose au cinoche au mois de juillet ». « A long terme, j’aimerais monter ma boîte de production de cinoche ». « Moi je suis plus cinoche américain ». Etcetera. Etcetera. J’imagine que j’ai de la chance. Prononcer avec une telle régularité un mot qui rime avec cloche. Loche. Moche. Anicroche. Poche. Encoche.

Même s’il est aujourd’hui question de spectacle, de show et de cinoche (donc), je n’aborderai pas la prestation du César du Meilleur Espoir Masculin depuis 2007, notre petit président de la République. Tout simplement parce que je ne l’ai pas regardée. Vous pouvez huer la mauvaise citoyenne que je suis. Allez-y. Je vous en prie. Faites-vous plaisir. Le souci est que je me sens lasse devant ce cirque Pinder (ou Gruss, à votre convenance) télévisuel. TF1 bleu-blanc-rouge Marseillaise. Grande table de débat. Intervenants en colère. Chômeurs. Agriculteurs. Etudiants. Professeurs. Professions libérales. Impuissants à trouver la parade devant des chiffres, des millions, des milliards et des pourcentages. Et pour animer pour tout ça, pour rythmer la piste aux étoiles, Monsieur Loyal. Veste uniforme. Cravate fade. Visage habituel. Jean-Pierre Pernault. Le journaliste « Monsieur Tout le Monde ». Le journaliste qu’on n’a pas trop de difficulté à imaginer au réveil. Celui qui connaît mieux que personne où se trouvent les meilleures cultures de mirabelles. Le nom des derniers luthiers artisanaux. La météo des plages. Le chiffre d’affaires de la vente de raquettes de ping-pong dans le bassin d’Arcachon. Le professionnel des informations relevant des petits riens et des pas grand-chose. Directeur du théâtre des non-évènements. Jean-Pierre Pernault. Le visage du quotidien à la française. Suspect d’avoir choisi ce journaliste. Non ? En tout cas, sur le papier. Duel me semblant un peu  inégal. Comme si je faisais un concours de grossièretés avec un enfant de 3 ans. Je ne prendrais pas beaucoup de risques. Il me semble. Bien que les mœurs évoluent assez vite dans les cours d’école. Bref. Ici, il ne sera pas question de ça. Je me dis que d’autres bloggeurs, plus investis, plus engagés feront le boulot mieux que moi. Peut-être me trompe-je.

Revenons à nos animaux bêlants. Cinoche. Errements cinématographiques du week-end. Samedi. Généralement le soir. Dimanche. L’après-midi souvent. Entrée dans une salle au cœur de la Terre alors que le jour joue de la harpe sur un pantone de couleurs. Sortie de nuit. Séances comme des mises en coma volontaires. Coma durant lequel le temps ne s’arrête pas mais court sans moi.  Deux séances. Deux films. Trois réalisateurs. Une légende vivante. Deux frères presque siamois. La classe américaine. Les meilleurs créateurs d’idiots du village. Clint. Ethan et Joel. Eastwood au singulier et en particulier. Coen au pluriel et en famille. Invictus. A Serious Man. Impossibilité de les comparer. Ce serait comme organiser un combat entre un escrimeur et des catcheurs. Pas le même sport. Pas les mêmes règles. Rien à voir.

Commençons dans l’ordre chronologique. A Serious Man. Un Homme Sérieux.

Mon premier film frustration de l’année 2010. Oui déjà. Et nous ne sommes qu’au mois de janvier. En voilà une année qui s’annonce riche en émotions ! Frustration car je pense n’avoir rien entendu à ce film. Ou trop peu de choses. Déjà le prologue. En Europe de l’Est, on parle yiddish dans une maison de bois. Un couple accueille un Dibbouck, l’esprit malin d’un sage récemment décédé. Apparemment, ce n’est pas une bonne nouvelle. La femme le fait fuir en lui plantant un couteau dans le cœur. Ils arrivent à vaincre le mal. Ou pas. Voilà. Et ? Ben je ne sais pas.

Ensuite, Etats-Unis. Les années 60. Un professeur de mathématiques attend sa titularisation et la Bar Mitsva de son fils plus occupé à écouter sa radio et à fumer du shit qu’à suivre les cours de Torah. Le professeur à chemise à carreaux (celui que vous voyez sur l’affiche ci-dessus. C’est toi le ci-dessus !) se fait larguer par sa femme et est obligé de vivre avec son frère sociopathe dans un motel sordide de la région. Pour tenter d’arranger sa situation bien mal en point, il fait les bureaux de rabbins comme un gentil poivrot ferait la tournée des bars. Des questions pour retrouver une vie normale. La vie de tout le monde. Mais un rabbin ne donne pas de réponses. Il raconte des anecdotes dont on ne sait que penser. Et vous envoie vers de nouvelles interrogations. Ce qui peut être marrant si vous allez bien. Mais agacer relativement si vous êtes aux abois. J’ai apprécié la séquence du premier rabbin qui parlait de changement de point de vue. Pour retrouver son chemin, il faut regarder différemment. Ce qui m’a fait rire c’est que les deux hommes se trouvent dans un tout petit bureau et que le rabbin n’a rien d’autre à montrer de « merveilleux » au héros qu’un parking de zone industrielle. La démonstration tombant complètement à plat. Néanmoins, elle prend tout son sens lors de la séquence du réglage de l’antenne de télévision. Le professeur doit monter sur le toit pour accomplir la tâche. De là-haut, il a une vue imprenable sur le jardin clôturé de sa voisine, très « femme libérée » bronzant nue. Avant cela, il ne savait probablement pas qui était sa voisine et le fait qu’elle avait des mœurs plus légères que les siennes. Il est fasciné car le point du vue du toit lui propose de l’inédit. C’est intéressant.

Autre point intrigant. Le parallèle entre le professeur et son fils. Le film commence avec eux deux. Le professeur passant des examens médicaux dont on aura les résultats en fin de film (tin tin !). Le fils qui écoute une chanson mythique « Somebody to love » en cours d’Hébreu et finit par se faire confisquer son poste dans lequel était rangé l’argent qu’il devait à son revendeur de marijuana. Les deux personnages masculins passent très peu de temps ensemble mais leurs lignes de destin sont assez proches. Parallèles. Chacun tentant de rester à flot autant que faire se peut. Le père vivote dans son motel miteux en stand-by (attente des résultats médicaux, du divorce et de sa titularisation définitive). Le fils prépare sa Bar-Mitsva en espérant récupérer son poste pour payer sa dette. Que des objectifs à atteindre. Et des aléas à supporter. Seuls. A côté d’eux, leurs voisins. Un père et son fils. En permanence ensemble. Jouant au baseball. Revenant couverts de sang de la chasse avec un cerf sur le toit de la voiture. Le vrai modèle de la famille américaine. Ou le père apprend à son fils à devenir un homme à l’ancienne. Un homme qui ramène la pitance à domicile. D’ailleurs, dans cette famille, on ne voit pas de femmes. On ne voit pas de mère. Comme si elle était consignée à la maison. Ces deux notions de la famille me sont bien apparues mais d’une certaine manière, je n’ai pas compris pourquoi elles étaient là. D’autres séquences plutôt amusantes dispersées ici et là. Un peu partout. Un élève coréen pas très doué qui fait croire à son professeur qu’il n’a pas tenté d’acheter une bonne note en lui remettant une enveloppe bourrée de billets. Qu’il nie après coup lui avoir donné. La Bar-Mitsva du fils qui relève du miracle de Noël (je ne vous raconte pas !! Ah ah !). Des personnages drôles. Comme celui de l’amant de sa femme, ancien ami de la famille. Se comportant avec le cocu comme un père de famille affable et plein de compassion. Apparaissant tel un dibbouck dans la vie du professeur. Agissant comme une bonne ou une mauvaise conscience ? A vous de voir. Un film plein de bons éléments. Mais dont je n’ai ni saisi la construction ni attrapé le sens. Est-il question de chance ? De choix ? De  fatalité ? Du mal qui est partout et nous frappe sans qu’il y ait de raison rationnelle ? De notre impuissance ? De point de vue ? Ou de tout ça en même temps ?

Résultat. Je me suis sentie comme si je sortais, moi aussi, de chez le Rabbin. Pleine d’énigmes en tête et pas une réponse. Des anecdotes de dents de « goy » marqués de lettres hébraïques. De mystères supplémentaires. Deux points d’interrogation dans les pupilles. Un haussement d’épaules. Et un froncement de sourcils. Le même que je fais lorsque quelque chose me turlupine. A part cela, un joli travail de direction de la photographie. Une image très 60’s. Des acteurs vraiment bien choisis et parfaitement adapté à ce monde. On sent que Woody Allen n’est pas très loin. Mais pas tout à côté non plus. Un Woody Allen qui à défaut de taper dans le Prozac et le Lexomil, aurait préféré la Coke et l’ecstasy. Je dois probablement préféré le Prozac.

Suivant. Invictus de Monsieur Clint. Affiche, s’il vous plaît !

Que dire sur ce film… Bien. Très bien. Efficace. Bien carré. D’aucuns diront même « comme du papier à musique ». Un très beau poème de William Ernest Henley. Régulièrement cité. « I am the master of my fate… I am the captain of my soul »…De très belles séquences de rugby. Chocs des corps. Craquements des vêtements. Plaquages. Mêlées. Sang. Boue. Défaites. Victoires. Violence conventionnelle. Des gentlemen faisant un sport de hooligans. Tout ça, j’aime bien.

Je ne dirai rien sur la véracité historique des faits, n’étant ni une spécialiste de l’Afrique du Sud ni de Nelson Mandela ni des notions de colonisation et de décolonisation. Pour mieux appréhender ce film, je dois donc le regarder comme une fiction. Et là, tout de suite, j’ai un problème qui se pose. Une exposition trop courte. Mandela sort de prison, se présente aux élections et gagne en moins de deux minutes. Les doutes sur ses capacités à gouverner, les peurs des Afrikaners sont effleurés (la plupart du temps dans les dialogues) mais ne constituent pas les points forts de l’histoire. Et c’est pourtant de ça, entre autres, dont il est question il me semble. Les Blancs perdent la main sur le pouvoir. Ils ont peur d’être mis à la porte. D’ailleurs on voit cela dans la séquence où Mandela prend possession de ses bureaux. Les fonctionnaires font leurs cartons, prêts à être licenciés du jour au lendemain. Ce n’est pas parce que Mandela les rassure lors d’un discours que toute la population d’Afrique du Sud est apaisée…

Clint Eastwood a fait la part belle à la notion d’unité. Dans le film, Mandela mise sur le rugby pour souder son pays. Se base sur les valeurs positives d’un sport colonial. Le but politique étant de garder l’attention et la confiance des blancs et de faire grandir le peuple noir par le pardon. C’est joli. C’est très chrétien quoi. Bel enfant, tends donc l’autre joue. Pourquoi pas après tout. La personnalité de Mandela aurait gagné à être épaissie dans son rapport aux autres personnages. En l’occurrence à celui de François, le capitaine de l’équipe de rugby. Car le rapport Mandela/François n’évolue pas. Dès le départ, François ne semble pas craindre les changements que Mandela veut apporter au pays. Il est facile à convaincre. D’une certaine manière, un François plus inquiet de son avenir, moins sûr des capacités de son président et ne lui accordant (du moins au départ) que très peu de confiance, aurait permis plus d’intensité dramatique. Un Mandela confronté à un Afrikaner hostile dont il dépendrait pour créer l’unité, l’aurait mis en doute. Sur sa volonté d’aller vers un changement humaniste et non agressif. Sur sa ligne de conduite personnel. Sur son pardon. Aussi, la séquence où François visite la geôle de Mandela et prend conscience qu’il a à peine la place d’y étendre ses bras (ça aussi, j’ai apprécié !), aurait été plus révélatrice. François aurait été d’autant plus admiratif du courage du chef d’état. D’autant plus fier de défendre ses couleurs par le sport. Je me dis que ces remarques ne sont peut-être valables que si on considère le film comme une simple fiction où les personnages n’auraient pas été tous réels. En disant cela, je pense à l’admirable « Dernier Roi d’Ecosse » où nous avions à faire au face à face entre Amin Dada et un jeune médecin européen imaginaire. Mais ce n’est pas le cas ici. Donc…

Quoiqu’il en soit, l’émotion est là. Et la victoire des Verts et Or (couleurs de l’équipe de rugby d’Afrique du Sud) est bien la victoire de tous. Les Blancs comme les Noirs. Pari gagné.

Voilà. Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Car il est tard. Que j’ai été maintenue en détention dans le bureau de mon patron pendant des heures. Je vais prendre la température de la liberté retrouvée.

A bientôt mes lecteurs si désirables,

Bien cordialement les gens,

C.P.A.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :