J’ai une chanson dans la tête…

Hello les gens !

Début d’article écrit en direct de ma résidence secondaire. Preuve par l’image :

Place de la Nation. Avant aujourd’hui, je pensais que la place de la Nation était l’ancienne Place de Grève. La Place de Grève était l’endroit où justice était faite dans l’ancien temps. Un larcin. Un vol. Un meurtre. Un conflit d’intérêt. Un « Casse-toi pauvre con » à la mauvaise personne. Et direct, la place de Grève. Une bonne occasion de lancer sérieusement un « Qu’on lui coupe la tête ! » ou un « Tu seras pendu manant ! ». La foule de pécores aux dents sales vociférant. Les gardes raides comme la justice en action et inflexible. Les condamnés couverts de tomates pourries et de feuilles de salade molles et décolorées. En haillons. Attendant la fin du supplice avec impatience… Sauf qu’avec mon I phone, j’ai découvert que cette fameuse et bruyante place de Grève ne se trouvait pas à Nation mais à l’Hôtel de Ville. Ce qui flingue littéralement toute mon introduction. Voilà un article qui commence en fanfare du 14 juillet n’est il point ? Surtout que je ne peux pas encore vous parler de ma résidence secondaire dont j’ai fait l’apologie maintes et maintes fois. Parler encore des clochards familiers. Des distributeurs Selecta Rouge et aux tatouages indélébiles. Des chewing-gums aplatis en ronds irréguliers et par milliers sur le sol anthracite. Un quai amolli par les couches indélogeables et superposées. Un quai rebondissant. Un quai trampoline. Pas envie de m’étendre sur ce sujet aujourd’hui.

Pourquoi ? Parce que je suis perturbée par un garçon assis en face de moi. Encore une fois, pas de cris de poulettes de batterie s’il vous plaît. Tentez autant que possible de garder vos dignités respectives, mesdemoiselles. Le garçon est relativement ordinaire. Grand. Brun. Avec des lunettes. Des cheveux un peu ondulés. Méditerranéen. Caban noir. Echarpe noire. Jean. Gants en laine. Noirs aussi. Sac en bandoulière. Le genre de type qui existe en millions d’exemplaires. Sur une règle mesurant la beauté physique, il se serait vraiment à équidistance (ça, c’est un mot que j’utilise tous les 32 mars donc profitez-en, c’est Noël avant ou après l’heure !) entre le joli et le sans-intérêt. J’imagine que ses amis le définissent comme une personne « pleine de charme ». Il paraît que c’est mieux d’avoir du charme que d’être beau. Parce que cela dure plus longtemps. D’avoir du charme. La beauté relèverait de la fleur qui se flétrit et du chocolat qui se périme. Alors que le charme serait un peu comme une paire de Converse. Traversant les époques. Cool à souhait. Tendance même complètement explosée.  Moi je n’y crois pas trop. A la suprématie du charme. Finalement, charme et beauté renvoient à la notion commune de subjectivité. Et pour citer un chouette adage (je répète dans ma tête « chouettadage ! Chouettetadage !! »), « on ne discute pas les goûts et les couleurs ». Enfin si, on peut. Si on n’a rien d’autre à faire de plus intéressant. Si on a une machine de linge blanc à étendre mais qu’on n’a pas envie de s’y coller. Si on a cours de natation synchronisée et qu’on prévoit le vent glacée risquant de durcir sa chevelure humide en sortant de la piscine. Bref. Ce n’était pas le sujet.

Le jeune homme s’est installé en face de moi. J’avais mon carnet à élastique dans ma main gauche, ma plume acérée dans ma main droite. Je grattais le papier jaune de mes pensées ineptes du jour. Quelques mots sur un phénomène commun mais qui peut devenir épuisant pour vous. Et votre entourage. La chanson dans la tête. Trois ou quatre mots. En boucle. Des heures. Des jours. Des nuits. Des semaines. En boucle. En ronron. Un air très court. Pas d’avant. Pas d’après. Juste les trois ou quatre mots. Accompagnés de trois ou quatre notes. Pour les faire sortir de votre tête, vous les chantez. Vous écoutez Françoise Dolto. Vous faites sortir les mots pour vous purger des maux. En vain. Mots incrustés dans votre crâne comme les poux dans la chevelure d’un enfant de 6 ans. Comme le morceau de carotte râpée dans l’appareil dentaire d’un préadolescent complexé. Comme la feuille de papier toilette sur le talon aiguille d’une jolie fille. Vous chantez encore et toujours. Vous empoisonnez la vie de tout ceux qui vous environnent à moins de 100 mètres. Et généralement, vous les contaminez. Ils finissent par chanter les 3 ou 4 mots avec vous. Une chanson dans votre tête qui devient une chanson dans leurs têtes. Puis de nouveau dans la vôtre. Et encore dans les leurs. Partie de ping-pong interminable. Une joute verbale de quelques siècles. Pendant des mois, une de mes collègues et moi chantions de concert :

« You don’t have to be rich to be my girl / You don’t have to be mououle (anglais bellevillois quand tu nous tiens !) to roule my world et don’t particular time (si si je vous jure, c’est bien le texte de Prince!)extra time… Digiling diligiling ! (son de la guitare électrique fait à la bouche) Kiss ! »

Pour nous en détacher, nous avons tout essayé. Tout. La chanter. Comme dit précédemment, ce n’était pas follement efficace. Nous avons écouté la vraie version. Avec les vraies paroles. Plusieurs fois. Non plus. Envie de la chanter comme ça. You don’t have to be mououle to roule my world. Pour aucune raison particulière. Ce qui est d’ailleurs intéressant dans ce phénomène, c’est que vous attrapez une chanson comme vous attrapez un rhume. Vous ne la choisissez pas. C’est elle qui vous sélectionne. Elle vous pointe du doigt et vous rentre dedans par les narines. Ou par les oreilles. Oui par les oreilles, c’est plus logique.

Elle se faufile dans les conduits. Se roule dans le cérumen, cette grande dégoutante. Joue du tam-tam sur votre tympan trop sensible et émotif. Fabrique un fer à cheval avec l’enclume et le marteau. Et se trouve un bon fauteuil dans le cortex auditif. Attend. Un sourire aux lèvres. Parce qu’elle sait que vous ne l’aimez pas. Parfois même que vous la détestez. J’ai eu des envies de suicide à cause d’elle. Boom Boom Pow ! Boom Boom Pow ! Des onomatopées sautant à pieds joints sur toutes les réflexions qui passaient par là. Boom Boom Pow ! Des mots sans sens se cachant et sortant en hurlant pour faire peur aux plus savants. Boom Boom Pow ! Des sons de fête inopportuns et débarquant complètement saouls à toutes heures du jour et de la nuit. Et parfois, la chanson est vicieuse. Elle sait qu’elle va vous embarrasser. « Tatoue-Moi » de l’Opéra Rock qui galope sur votre langue n’importe où et n’importe quand. Rouge aux joues. Front humide et portant la gouttelette. « La Mauvaise réputation » ou « L’Eau à la bouche ». C’est certes de bien meilleure qualité que « Tatoue-moi » mais il est difficile d’en évacuer le sens profond. Se faire surprendre en train de demander à un ami invisible et ne comprenant que le langage chanté que vous le vouliez confiant et le sentez captif, que le vouliez docile et le sentez craintif. Se faire surprendre en train de le supplier de ne pas être farouche quand vous avez l’eau à la bouche. Par votre patron. Plus vieux que vous. Un peu libidineux. Qui vous a embauché à 59% pour votre physique. Difficile. Vous éviterez son regard dans les couloirs pendant quelques semaines.

J’ai une chanson dans la tête. Si une personne vous dit cette phrase d’un air détaché, ne demandez ni laquelle ni pourquoi. Fuyez. Laissez vos affaires. Abandonnez tout et courez. Il en va de votre santé mentale.

… Et j’ai donc perdu mon histoire de jeune homme. Et j’ai déjà beaucoup écrit aujourd’hui. Je finis ? Je finis vite ? Je prends mon temps ? Je ne sais pas quoi faire ? Il faut que quelqu’un m’aide !! Je n’ai qu’une seule vie. Trouver le remède. Je n’ai qu’une seule vie. Chaque jour cette pensée m’obsède. Je n’ai qu’une seule, qu’une seule vie. Peut-être que je termine. Mimiche dit toujours de finaliser chaque action commencée. C’est probablement plein de sagesse. Je me dis que, pour une fois, je devrais :

1/ Ecouter la voix de la raison

2/ Ecouter Mimiche à qui je fais beaucoup de contrariétés. Uniquement pour lui donner matière à se plaindre de moi auprès de qui voudra bien l’écouter.

Revenons sur notre jeune homme. Pourquoi a-t-il attiré mon attention et m’a empêché d’écrire ? Parce qu’à peine posé devant moi, il a ouvert son sac. Il a fouillé dedans de manière brusque et désordonnée. Il a sorti toute sa vie. Son livre. Son portefeuille. Son bonnet plié. Son portable. Et « ah ! » (c’est le son qui est sorti de sa bouche) son carnet. Noir. A élastique. Pages faussement jaunies. Le même que moi. Son stylo. Une plume aiguisée. Comme moi. Il s’est plié comme un hérisson sur la défensive. En boule. Ecriture agressive. Gravant dans le papier épais. Comme moi. Arrêts comme des respirations courtes mais salutaires. Soulèvements de la tête réguliers. Les yeux clos. Il fouillait dans sa tête comme il venait de le faire dans son sac. Il remet ses cheveux en place. Tente de les fixer tous ensemble à la même place. Mais ils retombent avec lenteur et lourdeur. Se replie en une boule. Lève sa tête et sourit. Hoche la tête. A trouvé une bonne idée. Drôle peut-être. Juste, sans doute. Je suis perturbée par ce garçon. Je me sens dépossédée de mon monde. Il fait ce que je fais tous les jours. De la même manière. Avec les mêmes gestes. Sentiment de frustration. Confusion. Peur d’une imitation moqueuse. Je jette un œil faussement désintéressé sur son carnet. Ecriture pointue et en biseau. Il ne fait pas semblant. Je reste troublée. Un garçon qui me ressemble écrit des choses. Je me dis qu’il existe peut-être un « Alexandre par accident », un « Hervé par accident » ou un « David par accident » quelque part. Un garçon et une fille fabriqués en millions d’exemplaires. Avec mon carnet dans les mains, le même carnet, je le regardais sans qu’il me voie. Avec mon petit carnet, j’avais l’air d’un con ma mère. Avec mon petit carnet, j’avais l’air d’un con.

… Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Excellente soirée. Je vous souhaite de rencontrer plein de gens désirables. Même s’il se peut qu’ils soient eux aussi produits en série…

A bientôt les gens,

C.P.A.

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