La mauvaise blague de Dame Nature

Bonjour les gens !

Aujourd’hui, je voudrai commencer en vous parlant d’un personnage souriant. Fort bien vêtu. Pose pleine d’assurance. Regard fier et masculin. Chapeau de canotier sur la tête. Montre à gousset hérité de l’arrière-grand-père, mort lors de la grande campagne napoléonienne en Russie. Jamais contrariant. Ne disant rien. Ne se plaignant pas. Ne vous laissant jamais de chemises à repasser dans le panier à linge. Ne mangeant pas en 2 heures vos Activia au bifidus actif que vous aviez gardé pour la semaine, en précisant que « c’est dégueulasse ». Ne vous regardant pas de biais parce que vous avez un bouton d’acné sur le menton à cause du stress. Ne vous harcelant pas au téléphone parce que vous avez trois minutes de retard. Ne se trouvant pas trop gros. Ne se promenant pas avec son pot de gel dans la poche arrière du jean. Peut-être, mesdemoiselles, l’homme idéal. A l’ancienne. Un problème néanmoins. Dans la vie, il y a toujours un « mais ». Un « néanmoins ». Un « cependant ». Ou un « Sauf que ». Le monsieur en question étant un idéal à échelle 1/10. Un Ken. Ce qui, certes, est bien pratique à transporter d’un lieu à un autre, à poser sur son épaule façon animal de compagnie ou à ranger dans sa poche mais n’est incontestablement pas suffisant.

La preuve par l’image :

Un petit bonhomme immobile en noir et blanc dans un monde en couleurs. Comme un coquelicot dans un champ de tournesols. Un cygne parmi des pigeons.  Un cadavre de chewing-gum à la fraise au milieu de centaines d’autres à la chlorophylle. Mini-homme de 18 centimètres dans un monde trop grand. Dans un monde à plus d’un mètre 70. Mini-homme entouré de tours marchantes et gesticulantes. De sons trop forts. De coups comme des cataclysmes. Mini-homme portant sans honte, avec fierté même, ses 100 années de retard. Suffisamment lucide pour se trouver un coin de ciel bleu sous le plafond de béton en larmes parisien. Assez précieux pour ne pas toucher le sol lourd de miettes humaines de ses chaussures vernies impeccables. Les mains dans les poches. Cultivant une charmante bonhommie. Attendant qu’on l’aperçoive. Qu’une fille l’aperçoive. Qu’elle le voie. Qu’elle l’admire peut-être. Qu’elle le regarde avec émotion. Et que, dans le meilleur des cas, elle ne l’oublie pas.

… Ou comme d’habitude, je délire. Juste un tag de plus sur les murs encombrés de Paris. Les murs martyrisés de Belleville. Mini-homme est la décalcomanie d’un Malabar géant. Si cela se trouve, il est également tatoué sur l’avant-bras d’un petit garçon aux mains couvertes de mouchetis multicolores de feutres Reynold. Dans l’agenda d’une collégienne. Entre une chanteuse de RN&B au regard suggestif et un rebelle à cheveux sales et guitare sèche. Sur la joue d’une assistante à laquelle une autre collègue a voulu faire une blague à la pause-déjeuner.

… Tout ça pour en venir à mon sujet du jour. Je vais de nouveau tenter d’attraper l’esprit de synthèse. Bien que celui-ci tape des pieds et des mains pour ne pas venir dans mon humble demeure intérieure. Je dirai même qu’il se montre farceur et se cache dans tous mes lieux inaccessibles. Se perche dans les arbres et monte en haut des gratte-ciels. Il sait que j’ai le vertige. Sans aucun doute.

Comme l’indique le titre de mon billet, en ce jour béni (car nous sommes jeudi, et jeudi, c’est jour béni pour tous les Zerbib Sépharades du monde… Ou pas), il va être question de Dame Nature. La fameuse Dame Nature. La même qui détermine la forme de vos courbes imparfaites. Une pilosité anormalement fournie. Des excès de sébum. Un œil droit qui passe souvent dire bonjour à celui de gauche. Des jambes taillées en X. Taillées en W. Ou en Z. Des pieds secs. Une colonne vertébrale invertébrée. Des dents équilibristes et tenant sur un fil. Une peau qui brûle. Une peau qui bronze. Des yeux d’eau claire. Des cils en rideau. Un sang de classe A. B. AB. O. Plus ou moins. Une beauté. Une laideur. Des défauts. Des qualités. Les mutations successives de votre corps. Voilà son boulot à cette charmante dame. Dame Nature. Si je devais lui attribuer un physique, je la mettrais dans la catégorie des bonnes fées de Walt Disney. Une robe orange d’un goût douteux. Un chapeau pointu. Orange aussi. Elle volerait dans les airs. Evidemment. Un visage bien rond. Des chants permanents et assourdissants sortant sans cesse de sa petite bouche aux lèvres charnues et rouge grenade. Cheveux beige. Pas vraiment blanc. Pas vraiment gris. Beige. Victime d’une teinture ratée. Des bras gros comme des mollets de cycliste. Dame Nature, cette salope. Oui je le répète même. Dame Nature, cette salope. Au départ, il s’agissait du titre de mon article. Quand j’ai regardé les statistiques de mon blog et que j’ai pris conscience que les articles les plus lus étaient ceux qui comportaient des allusions grossières ou grivoises, je me suis rétractée. Je ne voulais pas alimenter le vilain vocabulaire de mes peu nombreux certes, mais bienaimés lecteurs. Je suis formidable tout de même.

Bref. Pourquoi parler de cette bonne dame ? Parce qu’il y a une semaine, j’ai fait une rencontre dans les transports en commun. Une fille. Contexte. Foule rangée en quinconce dans un wagon. Compacte. Comme un paquet de pop-corn microondé. Des dizaines de mains sur une barre de striptease. Barre chaude et humide. Mains plus ou moins propres. J’essaie de ne pas penser aux petits tics sales de chacun. Car chacun a son tic de saleté. Même les gens propres. Ceux qui sucent leurs pouces. Ceux qui se rongent les ongles. Ceux qui se grattent à travers ou dans le pantalon. Ceux qui s’essuient le nez. Ceux qui se frottent les yeux remplis de conjonctivites. Je ferme les yeux et pense à une prairie. A une rivière. A une onde claire. Pas facile lorsqu’un jeune vieux beau de 40 ans vient vous souffler son haleine avinée dans le cou. Pour résumer et pour faire une rime : dans le métro, ça sent le chaud. Dans cette foule de sardines sans tête ni nageoires, votre serviteur. Et quelques mètres plus loin, une fille. Une fille ni blonde ni brune. Pile entre les deux. Une couleur sans détermination connue. Marron. Des marrons multiples. Peau pâle. Des joues, un front et un cou rouges de feu. Des yeux comme deux petits trous encerclés au milieu de son visage. D’une taille raisonnable. Le genre de fille qu’on oublie de regarder non pas parce qu’elle serait laide mais parce qu’on ne saurait pas vraiment quoi en penser. Une fille qui ne fait pas non plus grand-chose pour attirer l’attention. Pas vraiment grosse. Mais peu tonique. Une sans sport depuis la fin du lycée et des cours d’athlétisme. Elle se tient mal. Embarrassée par son corps. Cette fille était à deux mètres de moi. Elle me fixait d’un œil surpris. Interrogatif. Curieux. Mal à l’aise, je restais consciencieusement bien droite dans mes bottes hors de prix. Le petit manège a duré ainsi quelques minutes. Puis j’en ai eu assez de me faire malmener par cette petite personne. Je lui ai donc planté mon regard franchement noir dans le sien. Un sourire de sa part. Un rapprochement. Une question. « Cécile ? »… Et là, je parie que vous avez deviné. Parce que ce genre de situation arrive à tous ceux qui décident de voyager en groupe. La fille était une ancienne « camarade » d’école. Je ne vous dirai pas à quel niveau de mon cursus. Histoire de brouiller les pistes. De bouffer les miettes du Petit Poucet. Pour faire simple, je vais l’appeler Jessica. Ou Sabrina. Non. Emilie. Non. Je cherche dans ma tête un prénom auquel je ne peux pas étiqueter de visage… Trouvé ! Odélia. Voilà. Odélia. Donc cette fille, Odélia, était la star de l’école. La petite blondinette à couettes. Qui ne se dépeignait jamais. Qui avait toujours le vêtement tendance. Qui était forte en gymnastique. Qui n’avait pas à avoir honte de se mettre en justaucorps. Qui faisait le grand écart américain. Et facial. Avait un ruban qu’elle faisait tournoyer autour de sa tête. Des grands yeux enjôleurs. La dentition parfaite et ne nécessitant aucunement un rattrapage par barbelés. Une courbe de croissance parfaite. Pile dans la moyenne pour le poids. Dans les hauteurs pour la taille. Une horde de garçons déchaînées et rampant à ses pieds. Le genre de petites dont les parents pensent qu’elles seront de très belles femmes. Incontestablement, dans ce cas précis, ils ont eu la vue basse. Ou pire, Dame Nature s’est vengée. Vengée de toutes les moqueries et les vexations qu’elle a pu jeter aux visages des plus laides, des plus grosses, des plus maigres, des plus boutonneuses et des plus timides. Et je ne vais pas vous mentir. J’ai été très méchante. J’ai été ravie de ce nouvel ordre des choses. Un terrible « Oh mon Dieu, Dame Nature ne l’a pas raté… Elle a morflé la Mini-Miss » traversant mon sale esprit revanchard. La grosse joufflue à épaisses lunettes versus Poupée Bella. Cécile modèle standard versus Odélia modèle standard. J’avais juste pris un peu d’avance.

Je ne pense pas sortir de l’ordinaire. Je parie que beaucoup d’anciens moches auraient eu la même réaction que moi. J’en suis sûre. Pas plus tard qu’hier, une amie m’a raconté qu’elle avait rencontré son ex petit ami dans la rue. Un bellâtre briseur de cœur. Un indécis. Un qui a trop le choix. Entre mon amie. Sophie. Valérie. Sandra. Et la joie du célibat. La fête avec les copains. L’accès à des filles Kleenex. Mon amie ne cachait pas son enthousiasme. Pas de l’avoir vu. Non. Jamais de la vie. Elle était contente de l’avoir croisé parce qu’il se dégarnissait. Presque chauve. Un œuf. Parce qu’il avait grossi. Ventru. Presque enceint. Parce qu’il avait l’air mal soigné. Presque clochard. Parce qu’il sortait du Franprix avec des frites surgelées dans un sac cassé. Pas un légume. Parce qu’il était célibataire. Et pas elle. Elle était exaltée par la revanche de Dame Nature qui avait fait d’un magnifique jeune homme aux cheveux soyeux et au corps de marbre, un presque Monsieur Patate.

Alors quelle morale à tirer de cette histoire ? Une chose il semblerait : craindre le châtiment de la Dame Nature Orange, cette salope. Alors, les parents, on se mobilise : on menace ses filles chipies et ses fils désinvoltes.

Je crois que je vais m’arrêter ici pour aujourd’hui. Vous souhaite une charmante  soirée. Et ne vous inquiétez pas, que la Dame Nature vous attaque ou pas, pour moi, vous resterez toujours extrêmement désirables.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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