Jack Johnson le sonneur de Shofar des vacances à la mer…

Bonjour les gens…

… Avant de commencer l’article du jour, petite aparté. Faisons un flash back. J’appuie sur le gros bouton rouge de la porte de secours de la vie. Bam ! Nous tombons dans une faille spatio-temporelle en forme de spirale psychédélique qui fait mal aux yeux. A la tête. Et au cœur. Tenez bon, nous arrivons. Un trou noir sans fond. Juste de l’air. Et vos hurlements épouvantés. Ou vos rires hystériques. Question de sensibilité. D’attrait pour les émotions fortes. Chute libre. Cinq secondes comme un siècle. 5… 4… 3… 2… 1… Sursaut. Contraction musculaire brutale. La même secousse que celle qui vous remue lorsque vous vous réveillez d’un rêve où vous avez raté une marche. Lumière. Le vrai monde. Quelques semaines en arrière. Deuxième jour de la semaine du 12 janvier 2010. Mardi. Moi toujours derrière ma baie vitrée au visage ruisselant et gouttant. Pluie et arrosage régulier de géraniums à l’étage. Une fourmilière de pigeons se disputant un bout de lard jauni par le gras. Jouant de leurs ailes déplumées et poussiéreuses. Attaquant le bec pointu en avant. Petit opinel haineux. Moignons de pattes pilonnant le sol. Séquence bellevilloise absurde. Une fois n’est pas coutume, preuve par l’image :

Grand froid. Neige si ma mémoire ne me trahit pas. 12 janvier 2010. Point de départ du premier concours de ce blog. Le Grand Concours de la perturbation de trafic RATP. RER A. Mon train couchette préféré. Parce qu’on y passe tant de temps qu’on peut y dormir. Y rêver parfois. Y déjeuner. Y entamer une partie de poker. Y écrire un blog. Y finir un livre qui jette sur votre regard un rideau de larmes.

Bref. Comme nous arrivons en fin de mois, je me disais que c’était le meilleur moment pour vous donner le palmarès. Qu’on se le dise, je pense que nous tenons les trois semaines les plus vérolées de l’histoire du trafic de cette ligne.

Médaille d’or

Semaine du 11 au 15 janvier avec 4 jours de perturbation sur 5 jours travaillés


Médaille d’argent

Ex aequo : les semaines du 18 au 22 et du 25 au 29 janvier avec 3 jours de perturbation sur 5 jours travaillés


Donc pas de médaille de bronze. Pas de médaille en chocolat. Néanmoins, cela me donne envie de créer une nouvelle catégorie à ce concours. Relevant plus de la mention que de la catégorie. Concernant l’annonce du retard. Les causes. Les améliorations. La voix du conducteur. Et à cet endroit, le grand vainqueur serait la semaine du 25 au 29 janvier. Contexte. 9h28. Arrêt brutal « en gare de Joinville le Pont ». Je mets des guillemets car « en gare de Joinville le Pont » est une expression de la ligne A. Une personne francophone normale dirait que nous avons fait un arrêt brutal « à la gare de Joinville le Pont ». Je pense que les conducteurs de trains sur cette ligne ont des origines belges ou québécoises. Ou les deux. Ce qui donne l’occasion d’entendre des tournures de phrases plutôt étranges mais donnant suffisamment de joie de vivre pour nous faire patienter. Au bout de 8 minutes d’attente et une volonté farouche de ne pas raconter la réalité des faits (probablement le conducteur du train précédent endormi sur ses manettes deux stations plus loin), une voix de bonhomme. Oui de bonhomme. Un mec avec des bras bien pleins. Un tatouage de femme à gros seins sur le biceps gauche. Ou d’une ancre de marin sur l’avant-bras droit. Peut-être les deux. Une voix fatiguée par la millionième cigarette de la matinée. Embarrassée. Non habituée à s’adresser aux foules. Des « euh ». Des « mais ». Des « alors ». Et des « bon ». A foison. Comme s’il en pleuvait. De l’autre côté, le voyageur esseulé. Défait. Prévenant le monde entier de son retard. Espérant des informations précises. En attente. La voix.

« Euh bonjour, nous sommes coincés en gare de Joinville le Pont… Alors… Bon… Merci de votre patience… Nous allons repartir… (bruit d’une radio)… Euh… Bon… Alors… Nous allons repartir (encore un bruit de radio suivi d’un silence pesant de quelques secondes)… dans un certain temps »

J’aime beaucoup l’idée d’appeler mes collègues. De leur dire que je vais avoir du retard. Beaucoup de retard. Car je suis coincée en gare. Et répondre à la question « Tu penses arriver dans combien de temps ? On t’attend pour débuter la réunion là ! » par ces 4 mots : « dans un certain temps ». Très Jean Rochefort comme formule, je trouve. Très flegmatique. Très anglais. Très gabardine et écharpe Burberry.

… Tout ça pour dire quoi finalement ? Je ne sais plus. Obligée de remonter au début de mon texte. Lecture en diagonale. Diagonale à droite. Diagonale à gauche. Droite. Gauche. Tout droit. Passe. Petit pont. Tir. Tête. But. Spectateurs en furie. Foule en délire. Drapeaux. Cornes de brume. Joueurs courant le maillot sur le visage. Balle au centre. Remise au point. Pourquoi cette interminable introduction alors ? Parce que je suis fatiguée. Comme tout le monde. Besoin de lumière. Autre que celles des trains, des lampes à néons du bureau, des lampadaires chevrotant de Saint-Maur. Envie de lumière qui fasse plisser les yeux. Qui taille des rides sur le visage. D’eau qui ne tomberait pas du ciel mais dodelinant de la tête et se vautrant sur des cailloux atomisés. De porter des vêtements d’été. En matières légères. Pliant sous le vent chaud. Suivant le mouvement. Des couleurs de soleil. Jaune. Bleu. Rouge. Orange. Rose. S’envelopper de blanc. Ressusciter sa peau malade. La mettre au chaud. La peindre d’un marron de plus en plus foncée. Poncer les erreurs. Devenir plus beau. Marcher vite mais sans empressement. Manger 18 fruits par jour sans se poser la question. Dormir sans raison. Voir des rêves. Des photographies. Des images. En vrai. L’Alhambra. Le Mur couvert de baisers. Les Mosquées. Les Temples. Les Cathédrales. Les déserts de sable. Les déserts de pierres. Du silence et des mirages. Partir en vacances. Tout simplement. Pour cela, il va falloir attendre un peu. Au moins 6 mois. Des centaines de jours. Des millions de minutes. Des milliards de secondes. Quelques unes viennent de s’égrainer. Quelques unes de moins. Soupir. J’essaie de faire partir ma lassitude chronique du jour. En crachant de l’air. Rien n’y fait. Même ma baie vitrée n’attire plus mon regard. Elle me rend encore plus mélancolique. Vision d’une poupée en short rose fushia perdue sur le trottoir d’en face. Affalée. Faisant (plutôt bien) la morte. Serrant les dents sous les coups de pieds des jeunes énervés du quartier. Poupée passée à tabac sous mes yeux indifférents.

Musique peut-être. Iphone dégainé.

Je fais défiler les titres de chansons. D’albums. Les noms d’artistes. Et là, joie. Oui joie. Jack Johnson. Je ne sais pas si vous le connaissez. Coolitude absolue. Hawaïen. Surfeur. Presque un pléonasme. Ben Harper des îles. Une musique qui me fait prendre l’avion. Une voix à peine fêlée. Douce brise. Agréable aux oreilles. Ecouter sa musique est une expérience similaire à se coucher dans un champ de coton. A s’enrouler dans un drap en soie. Vision immédiate de vagues. Envie de monter sur une planche. Sur un jet-ski. Dans une barque. D’utiliser pour la première fois les muscles de mes grands bras tous maigres et de ramer de toutes mes forces. Loin dans l’horizon. De regarder les lucioles à la surface de l’eau. De tenter de les accueillir au creux de ma main. De toujours les laisser s’échapper. De poser un chapeau de paille sur mes yeux. Moi à qui les chapeaux font un genre lamentable. Désolant. Morfondant. De me laisser bercer par l’onde comme un bébé par sa mère. De tomber sous le charme de mon propre bien-être. Jack Johnson. Guitare sèche. Instrument qui m’inspire directement un feu sur une plage. Les pieds nus dans le sable fin comme des grains de couscous tamisés à l’extrême. Odeur de sel. Senteurs iodées. Des copines. Des copains. Assis en rond. Les unes contre les autres. Les uns sur les autres. Et chantant en chœur. Hugues Auffray des îles alors ? Je ne sais pas trop. J’ai toujours un peu de mal à définir les styles musicaux des artistes. Ce n’est pas mon métier. Je n’en vois pas spécialement l’intérêt qui plus est. J’aime bien Jack Johnson. Je trouve que c’est une donnée suffisante.

Mon Iphone a convoqué la plage à Belleville. Jack Johnson est le sonneur de Shofar des vacances à la mer. Les pigeons mangeurs de bacon sont devenus des mouettes. Des pélicans. Des perroquets. Piquant du ciel pour kidnapper des petits poissons muticolores. Gone be the birds when they don’t want to sing, gone people… Saules pleureurs tourmentés transformés en palmiers écartant leurs bras vers le ciel clément. Passages incessants des voitures devenus inspiration et expiration des vagues infatigables. Je suis en vacances gratuites. A 35 minutes de mon appartement de petite-bourgeoise. A quelques secondes à pieds de la réalité. L’album de Jack se termine. Belle. Je ne comprends pas… français… Mais non ! Ne pars pas !! Je sais parler français moi !! Fini.

Avant d’ouvrir de nouveau mes yeux sur la réalité et de découvrir que le hurlement du paquebot au loin est en fait le passage des éboueurs verts, je vous quitte. Vous souhaite un excellent week-end. Détendez-vous. Cela donne le teint frais. Et par la même, rend désirable.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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