La vie en 16/9ème

Bonjour les gens,

Aujourd’hui, je n’ai pas du tout envie d’écrire. Mais alors pas du tout. Parce que j’ai raté ma séance de kinésithérapie. Parce que je n’ai pas eu mon coup de jus de début de semaine. Pas eu le temps. Trop occupée à me faire remonter les bretelles. A me faire tancer vertement. A me faire tirer les oreilles. A me faire appeler Arthur (oui c’est une expression qui existe… En tout cas dans le Wiktionnaire). A me faire brasser le Canayen (Garou et Céline Dion, sortez tout de suite de ma tête !!!). Plus prosaïquement, à me faire engueuler. Bref. Je ne suis pas là pour vous faire part de ma vie réelle. Qui est fort peu intéressante.

Pas envie d’écrire aussi parce que je n’ai toujours pas récupéré mes lunettes. Et que je ressemble à (feu) Super Nanny. Au petit vieux carré de « Là-haut ». A Laurence Boccolini. A Laurent Ruquier. Ou comme je l’écrivais hier, à Clark Kent. Pas à Superman. A Clark Kent. Le journaliste foireux qui couvre les olympiades des écoles communales, les fêtes de la bière blonde et la rubrique nécrologique. Couard. Sans intérêt. Réservé. Suiveur. Cherchant à se fondre dans la foule. Qui porte un pull sans manche à motif jacquard avec une chemise amidonnée à col dur. La raie sur le côté. Le tube de Pento dans la poche. L’after-shave senteur menthol. Le sourire blanc comme une feuille de ramette de papier A4 Clairefontaine. La brosse à dents dans l’attaché-case. Clark Kent.

Pas envie. Pas envie. Pas envie. Le problème est que je vous ai donné de mauvaises habitudes. Je suis obligée moralement de faire un article par jour. De pondre un œuf. Poc. Poc est le bruit d’un œuf qui tombe dans la paille. Très mal imité certes. Mais admettez qu’il est difficile de faire un bruitage à la bouche par écrit. Sur clavier. Ou même avec un stylo à la main. Enfin ce n’est pas le sujet. Car même si je n’écrirais pas grand-chose aujourd’hui, il y a tout de même une ligne directrice.

La vie en 16/9ème. La grande vie. La vie en grand. La vie en large. La vie en gros. Je vais vous parler de vues du week-end. Que du grand. Du large. Du gros. Et du monumental. Pour commencer, nous allons deviser cinéma. Enfin. Plus particulièrement d’un film. Et après je vous montrerai des images d’une exposition à la Nef du Grand Palais. Monumenta 2010. Christian Boltanski. Personnes. Oui, il y a des jours où je me déguise en personne cultivée. Qui lit des livres. Le dernier Goncourt. Le Renaudot. Le Fémina. Le Nobel. Va au théâtre. Rond Point. Champs Elysées. Edouard VII. Athénée. Odéon. Colline. Et peut parler en société d’« expôôôôsitions ex-cep-tion-nellllllles »…

Bien. Cinéma Tchitcha d’abord. Oui c’est comme ça. Un petit film israélien du dimanche. Vu à l’UGC Ciné Cité des Halles à 18h50. En salle 9. Billet acheté à 18h31. Et 41 secondes. Ce qui veut dire qu’à peu de choses près, j’aurais pu dire que mon billet avait été récupéré à 18h32. J’aurais préféré. Car j’aime les comptes ronds. Peut-être qu’il serait plus pertinent que je donne le titre. Sumo. Oui c’est le titre. L’histoire. Un groupe d’obèses israéliens décide de créer un club de sumotoris plutôt que de poursuivre leur adhésion au club de régime de la ville. Jolie idée. Pleine de cœur. Traitée de manière plutôt légère. Les gros en question sont traités comme des anormaux par leurs congénères. Par le patron du héros qui est consigné à la cuisine car il n’est pas « présentable » et que « des gens s’en plaignent ». Par la femme du club de régime qui passe son temps à les insulter. A ne pas les traiter comme des êtres humains mais comme des cas. Pour elle, il n’est jamais question de maigrir pour avoir une meilleure santé. Le problème relève de l’image. Du regard des autres. De la réputation de son club sensé aider les personnes les plus inaptes à perdre du poids. Les désespérés. Les gros ne sont pas des victimes du sort mais des condamnés. Obligés de rêver à l’image de la jeune fille athlétique représentée en 4 par 3 sur la façade du club de régime. Les gros doivent vouloir lui ressembler. Sans quoi ils sont des ratés. Des suicidaires. Film très touchant dans la mesure où en tant que personne « normale », on comprend la difficulté des physiques « imposants », des sumos de la vie. A trouver leurs places dans un monde trop étroit. Les chaises. Les balcons (séquence terrible d’humour noir). Les voitures. Tout est trop petit et se brise à leurs contacts. Et un jour, un miracle. Le héros, embauché dans un restaurant japonais, découvre l’art du Sumo. Seule discipline où le fait d’être gros est un atout. Un avantage. Une obligation. Discipline où être gros doit rimer avec être fort. Avoir le respect de l’autre. C’est malheureusement l’aspect le moins bien traité du film. Les réalisateurs n’ont pas réussi (et n’ont peut-être pas eu envie d’ailleurs !) à intégrer de manière précises les valeurs du sumo. Seule la notion de respectabilité du gros est présente. Le reste est évacué. Un peu dommage. Ensuite, il est appréciable de voir l’impact du sport sur la vie de chacun. Acceptation de son identité, de son homosexualité, de ses torts dans sa vie de couple. Envie d’aller vers les autres. Envie d’aimer. Projet de construction. Les gros dépassent leurs physiques. Finissent par s’apprécier. Par voir un futur. Par sortir d’une sclérose imposée par le reste du monde. Dans ce film, il y a un vrai esthétisme autour des corps. De la graisse. Des bourrelets. En mouvement. En lutte. Les gros deviennent des athlètes. Au fur et à mesure des entraînements, on voit des corps qui se découvrent. Se dénudent. Apogée lorsque le groupe de sumos apprentis accepte de marcher dans la ville en tenue traditionnelle. Un joli et touchant film du dimanche. Ajoutez à cela un thème musical efficace. Le tout répond tout à fait aux critères des films « JOIE DE VIVRE » que j’apprécie particulièrement en cette morte saison.

2ème œuvre en 16/9ème. Large. Monumentale. Là-dessus, je ne vais pas faire de commentaires. Juste vous donner de quoi vous mettre l’eau à la bouche. Ou pas du tout. Si cela se trouve, je vais totalement vous dégoutter. Tant pis. Prenons le risque. Ici, pas de joie de vivre. Représentation de la mort. Pas une mort individuelle. Une mort de masse. De groupe. Et l’impression vertigineuse qu’elle est sans fond. La grandeur du lieu d’exposition qu’est la Nef du Grand Palais participe de ce sentiment. Personnellement, la vue de cette pile de vêtements permanemment alimentée et des carrés où du linge est aplatie sur le sol m’a fait froid dans le dos. Evidemment, j’ai pensé aux images de la Shoah, des camps, des piles de valises, de lunettes, de cheveux et de dents en or. Un regard vers Haïti aussi. Et les lieux et les peuples sur lesquels le sort s’acharne. Voilà. C’est tout ce que j’aurai à en dire. Je ne suis pas vraiment experte en histoire de l’art. Contemporain qui plus est. Je ne suis pas spécialiste en grand-chose de toute façon. J’ai la culture générale. Très générale. Culture paysagère. Ni très nature morte. Ni très portrait. Ni très scène de vie. Si j’étais une œuvre d’art, je serais Impression Soleil Levant. Je n’assisterais probablement pas aux Noces de Cana. Ne me battrais pas aux côtés de la Liberté. Ne guiderait pas le peuple. Ne materais pas Suzanne sortant de son bain, bien qu’elle soit super bonasse. Bref. Voilà ce que mes yeux et Barney ont vu :

… Et ça sera tout pour aujourd’hui. Je vous souhaite une bien chouette soirée. Et même si vous êtes en 16/9ème, vous me paraissez très désirables.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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