Faire partie des convives

Bonjour les gens !

Jeudi. Jour de la semaine qui ressemble à un prénom de fille. Une fille aux cheveux clairs. Une fille pétillante comme une limonade fraîche. Une fille à bicyclette. Petite sonnette. Bouquet de violettes dans un panier en osier. Une fille qui donne le sentiment d’être en Avril en permanence. Légère comme de la crème chantilly aérée. Jolie Jeudi. Porte la mousseline. Et robe qui tourne. Un peu comme lundi. Qui, quant à elle, se dit libérée. Affranchie. Emmerde tout le monde. Un peu trop peut-être. Sait qu’elle est détestée. Mais se dit que, dans une semaine, c’est toujours mieux de passer la première. Pour être débarrassée. Bref. Tout ça pour dire qu’aujourd’hui, j’ai reçu une surprise. Par la poste. C’est bien la première fois que quelqu’un pourrait dire ça. Recevoir une surprise par la poste. Surprise qui ne serait pas un recommandé incendiaire de votre banque. Ou un avis de passage qui confirme que votre facteur ne prend jamais la peine de sonner chez vous alors que vous y êtes. Non. Rien de tout ça. Une invitation à un mariage. Mariage d’une très bonne amie. Que j’aime plus que certains membres de ma famille. Famille éloignée, je vous rassure. Enfin éloignée… Pas toujours. Je choisis les membres de ma famille proche. Ils doivent être 10. Ou 15. Allez… peut-être 20. C’est très peu. Sachez-le. Je suis d’une lignée qui a plutôt bien proliféré. D’ailleurs, tout le monde connaît un Zerbib Sépharade. Un Stéphane. Une Sylvie. Un ou deux Eric. Au moins 24 Rudy. Des milliers David. Des centaines de Michaël. Et des Raphaël.

Bref. Tout ça pour dire que hormis mes 20 camarades de vie familiale, les autres ont beau avoir le même nom que moi et des traits similaires, ils ne représentent pas grand-chose. Sont juste de la figuration. De l’ordre de l’atmosphérique. Comme des nuages. Des voitures. Des livreurs de Pizza. Des passants éclairs devant ma baie vitrée. L’obligation de correction et de politesse en supplément. J’ai un comportement préprogrammé pour les rencontres impromptues avec ces gens. Sourire. Disponibilité. Du « tout va bien ». Du « tout roule ». Aucun épanchement. Une attitude de vendeuse de téléachat. Ainsi, ils ont un souvenir agréable de moi. Impression fugitive de joie. De découverte d’un membre Zerbib inconnu. Ne durant que le temps d’une soirée. Suffisamment artificielle et superficielle pour qu’ils n’aient aucune envie de me connaître davantage. On peut tout à fait choisir sa famille au même titre que ses amis. Mon point de vue. Qui prouve peut-être effectivement que je suis une véritable déjection humaine. Peu importe. Quelques personnes parviennent à me supporter et cela m’est bien suffisant.

Revenons à ma carte surprise. Une enveloppe beige. Qui brille. Comme couverte de paillettes scintillantes. De milliers d’étoiles pulvérisées. Un timbre cœur rose et rouge. Amour passion. Amour tendresse. Côté pile et côté face, des mots en or liquide. Des lettres tracées avec application. Probablement avec la langue tirée sur le côté. Le poignet douloureux à force d’effort. A force d’appui sur la plume. Des lettres nostalgiques de maîtresse d’école. Des lettres de manuscrit moyenâgeux. Relevant presque de l’enluminure. Je déshabille l’invitation. Lui retire son manteau de lumière. Carton dépliant. Comme une pochette de soirée. Simple. Sobre. Efficace. Lettres classiques. Violon sur le toit. J’aime. Je valide ce carton. Dont je ne mettrais pas de photographie. Car en tant que Zerbib Sépharade de base, je protège mon amie du mauvais œil. Ce salopard. Le mauvais œil suintant d’envie et de convoitise. Bavant. Pernicieux. Portant la poisse à qui le regarde en face. Même si je n’y crois pas. Au mauvais œil. Je m’assois dessus. Mais pas de photographie quand même. Je l’aurais peut-être mise si je l’avais trouvé moche. Donc drôle. Ce qui aurait probablement entraîné une annulation de mon invitation suivie de près par une lettre (ou un mail, restons moderne) d’insulte. Pour cependant agrémenter cet article de quelques images, j’ai donc fait une petite recherche sur Internet pour trouver les cartons les plus laids. La palme à Sandra et Martin auxquels on souhaite beaucoup de bonheur. On prie néanmoins très fort pour qu’ils ne soient jamais en charge de la décoration d’un appartement. Carte qui fait tellement mal aux yeux qu’elle provoque des conjonctivites.

Les plus ringards. Reprenant en images le thème de l’engagement. Alliances en or jaune. Lettrage en or jaune. Probablement dents du fond en or jaune. Visibles uniquement lorsqu’il y a bonne rigolade. Faute de goût épouvantable.

Les « on veut faire original mais on ne devrait pas ». Ils ne savent pas que le magazine et l’émission référence seront tombés dans les profonds limbes de l’oubli dans à peine 10 ans. Peut-être moins. D’ailleurs, qui se souvient de Fan 2 ? Qui peut me dire qui est Séverine Ferrer ?

Les « provocateurs ». Les lubriques. Ceux qui font passer un message biblique. Le mariage, oui c’est l’amour. C’est l’union de deux êtres qui s’aiment de tout leur cœur et autour desquels des petits anges chantent des cantiques célébrant la beauté du monde. Mais c’est aussi l’union de l’homme et de la femme. Le péché originel. Le péché original. La pomme. Le serpent. Le sexe. Le cul. La baise. La tentation à laquelle on cède sans discernement.

Les « romantiques des années 80 ». Les fans de Barbelivien. Ceux pour qui l’amour rime avec soleil et sable. C’est l’amour à la plage. Aouh tchatchatcha. Invitation ne pouvant être envoyée que par un Pierre-Marc. Un Marc-Paul. Ou un Paul-Loup.

Les qui insèrent un CD avec « leurs » chansons. La première bataille de polochon. Le premier slow. Le premier bisou mouillé. La première fois. La première dispute. La première réconciliation. Le premier emménagement. La première barre Kit Kat. Le premier réfrigérateur américain qui fait des glaçons. La première promenade chez IKEA. La première poignée de crayons volés chez IKEA. Le premier sandwich bio au saumon naturel suédois d’IKEA. Le premier (et dernier… Du moins, on l’espère) mariage.

… Et je ne vous dis pas tout. L’outil Internet étant ce qu’il est. Un véritable nid à informations et à énormes conneries.

Revenons à la jolie carte de mon amie.

Comme d’habitude, je me rue sur l’information qui me fait rire. Les prénoms des parents. Priant pour qu’ils soient à l’ancienne. Désuets. Maryse et Maurice. Juliette et René. Haïm et Esther. Odette et Yvon. Serge et Clémentine. Ginette et Gérard. Roger et Sylvaine. Josiane et Alphonse. Un peu déçue. Prénoms normaux. Pas moyen de se moquer un peu. De téléphoner aux copains. T’as vu le nom de sa mère ? De son grand-père ? Pouffement étouffé dans le combiné. Honte après coup. On ne choisit ni son prénom ni son époque. Même s’il est fort à parier que des prénoms comme Francis, Gaston ou Monique n’aient jamais été à la mode.

C’est ma première carte d’invitation à un mariage… En fait non, elle ne l’est pas. J’ai déjà été invitée à des mariages. Mais avec mes parents. J’y étais généralement traînée. Je montrais mon mécontentement de manière éhontée et en ne faisant aucun effort vestimentaire. Rien que pour morfondre Mimiche et mon père diabétique. Il faut bien que jeunesse se passe. Ainsi qu’un certain attrait pour la bêtise crasse. Mais c’est un autre sujet.

Première invitation pour moi toute seule. Timbrée. Se confondant dans la masse de factures. Invitation incitant à la réponse. Intégration d’un mini-carton pré-rempli. Mademoiselle point de suspension. Deux cases à cocher. Au choix. Assistera. N’assistera pas. Viendra seule. Viendra accompagnée. Si je voulais, j’aurais même le droit d’incruster quelqu’un. Le mariage étant une affaire sérieuse, je m’abstiens. Je suis en joie. Je tourne la carte dans tous les sens. Je reprends l’enveloppe dans mes mains. Et là le choc. La carte n’est pas pour moi. Elle est destinée à une fille habitant chez moi. Dans mon appartement bourgeois. Dans ma ville. S’appelant Zerbib aussi. Je ne comprends pas. Je connais les organisateurs. Je connais les mariés. Ils invitent une Céline. Une Céline. Mademoiselle Céline Zerbib. Première carte pour moi toute seule avec une faute dans mon prénom. Je suis Cécile Zerbib. Céline est la vieille fille d’Hugues Auffray. Celle qui ne doit pas pleurer. Celle qui a toujours de beaux yeux malgré les ans. Celle qui aurait pu rendre un homme heureux… mais en fait non. Céline ! Je souris devant l’erreur. Céline. Cécile. Erreur du quotidien. Erreur française. Erreur commune. Même moi, je ne me souviens pas toujours très bien de mon prénom. En fin de journée. En fin de soirée. Au Starbucks. La chaîne de cafés où les serveurs vous demandent votre prénom pour les noter avec des fautes sur des gobelets. Au Starbucks, j’aime varier. Un jour je suis Cécile. Puis Céline. Fleur. Maéva. Marie. Léa. Valéria. Juste pour rire. Parfois des prénoms compliqués. Scandinaves. Russes. Orientaux. Encore plus amusant et provoquant un embarras mal dissimulé. Je suis une tortionnaire de serveurs.

Ah ah ah ! Digression te revoilà ! Retour sur la carte. J’attrape le carton réponse. Je viendrai seule. Je précise que Céline étant en déplacement à l’étranger pour raison professionnelle, je la remplacerai. J’espère qu’ils ne s’en offusqueront pas. De voir débarquer une Cécile à la place d’une Céline. Pour les amadouer, je leur fais des vœux. Je leur envoie des bisous, des câlins, des fraises Tagada, des Mazal Tov en majuscules et des tapes de cowboy dans le dos. Comme il se doit. Et hop à la Poste. Cling dans la boîte en fer jaune. Aussitôt envoyée, aussitôt oubliée. Pas le mariage. La carte d’invitation. Jusqu’au moment où Mimiche est intervenue. Avec une question troublante. Elle voulait savoir si j’avais appelé mon amie pour la féliciter. Chez les Zerbib Sépharades de la génération précédente (les sans mail, les sans portable, les sans slim et les sans compote de pomme en tube), la réception d’une carte de mariage ou autres célébrations heureuses devait forcément s’accompagner d’un appel téléphonique. Long de préférence. Où toute la famille était passée en revue. Les nouveaux nés. Les nouveaux morts. Appel devant également confirmer la venue (ou non) du convié. Ce qui annihile complètement l’intérêt du coupon réponse. 20 carnets de timbres dépensés en pure perte. Action téléphonique qui me semble assez passéiste. Personnellement. Mais Mimiche fait partie de ces gens pour lesquels certaines traditions embarrassantes (Je n’aime pas le téléphone ! Je n’aime pas le téléphone !) doivent persister dans le temps. Reconstitution de conversation.

Mimiche : Tu as appelé ton amie pour la féliciter ?

Moi (détachée, très flegmatique, très classe) : Mais c’est déjà fait depuis longtemps…

Mimiche : Oui mais tu l’as félicitée pour la carte ?

Moi (un peu ébranlée) : Euh… Pour quoi faire ? Ce n’est pas elle qui l’a dessinée… Elle a pris un graphiste pour ça…

Mimiche (insistante… Mimiche quoi !) : Normalement, quand tu reçois une carte, tu dois appeler la personne et la féliciter.

Moi : Mais pour quoi ?

Mimiche : Pour la carte, pour le mariage, pour tout. Tu dois lui dire que tu as aimé sa belle carte. Tu as aimé sa carte n’est ce pas ?

Moi (Mais comment arrive-t-elle à me stresser autant sur un sujet aussi anodin !! Bordel !!) : Euh ben oui.

Mimiche : Pourquoi tu ne l’appelles pas alors ?

Moi : Je lui dis que j’aime sa carte ?

Mimiche : Dis ce que tu veux ! Intéresse-toi un peu aux gens quand même !


S’ensuit une petite engueulade sur mon inaptitude à me montrer un tant soit peu sociable et sympathique. Incapable de suivre des conventions de base. Mon attitude révoltée. Mon problème avec l’autorité de manière générale. Avec mes anciens profs. Avec mes patrons. Avec mes parents. Avec tout le monde. Aucun rapport avec le sujet de base. N’importe quoi. Vous avez compris, je me suis fait démonter la tête… Elle a sûrement raison. D’ailleurs, je n’ai toujours pas appelé mon amie pour lui dire que j’aimais sa carte. Mais j’en fais un article sur mon blog. Ce n’est pas mal non plus. Non ? C’est sûrement maladroit. Un peu de travers. Mais c’est la seule façon que j’ai trouvé pour communiquer normalement avec les gens. Félicitations mes amis. Mazal Tov. Soulèvement sur la chaise. Brisement de verre. Et pour les mariés, chantons tous Mazal Tov. Hava Naguila Hava Naguila Hava. La ronde du muguet. Dans un sens. Dans l’autre. Robe de soirée. Robe de bal. Robe de mariée. Musique. De la pièce montée. De la nougatine. Des petits bonhommes en plastique. Moins beaux que les vrais.

… C’est bon Mimiche ? Il est bien mon article ? Ca compte comme un appel ?

En attendant sa réponse, mes amis les gens, je vais vous laisser vaquer à vos désirables occupations. Vous souhaite une charmante soirée entourée de vos amis, vos amours, vos amants.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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