Un « accident » verbal sans titre

Hello les gens !

Aujourd’hui, je me présente à vous sans idée.

Absolument aucune. Vide comme un vase sans fleur. Un poisson prêt à passer au four. Un CD vierge. Page blanche dans ma tête.

Hier soir, devant mon carnet noir, j’étais angoissée devant cette absence de tout. Panne. Carnet ouvert impatient. Stylo en suspension à quelques millimètres du papier. Montant et descendant. Sensiblement. Respiration de bête malade. Puis, un point bleu accidenté. Et un autre. Agacée, j’ai remis le couvre-chef sur la tête du stylo effronté. Et l’ai jeté au fond de mon sac. Pause. Soupir découragé. Yeux baladins en goguette dans tous les recoins de ma chambre. Chambre orangée. Chambre d’été. Lustre à motif marocain. Meubles marron foncé. Armoire massive. Grand miroir en face de moi. Je détourne le regard. Regard attiré par la lampe ronde comme une pleine lune du parking de mon immeuble bourgeois. Lune qui s’allume et s’éteint. Qui vit et qui meurt. Qui ressuscite. Lune sur pied. Ressemblant à une sucette Chupa Chups phosphorescente. Bonbon pour enfant qui aurait les yeux plus gros que le ventre. Bonbon pour Gargantua. Bonbon pour le Géant Vert. Sucrerie qui accompagne mes sommeils fragmentaires et agités.

20 minutes se sont échappées. Ont pris la poudre d’escampette. Et toujours rien. Toujours rien à dire de nouveau. Impatience. Agacement. Frustration surtout. Je garde mon carnet en équilibre sur mon genou ovale. Couvert de ratures. De cicatrices. De bleus. Preuves incontestables et renouvelées de mon contact brutal avec le monde matériel et solide. Poteaux. Bureaux. Chaises. Tiroirs. Mur. Crépis. Béton. Fer forgé. Plus forts et durs que moi. N’ayant aucune pitié pour ma chair tendre de fille. Je pose ma main gauche sur le genou martyrisé avec distraction. De ma main droite libre, j’attrape mon livre de chevet du moment. Je précise « du moment ». Car rares sont les livres qui m’accompagnent plus d’une semaine. Plus d’un instant. Je croque les mots. Je dévore les phrases. Je les transforme en images. Je superpose des mondes. Comme les couches d’un énorme sandwich. Zola et Oz. Gary et Süskind. Sweig et Grimm. Perec et Sand. Bradbury et Maupassant. Miller et Miller. Orwell et Flaubert. Et tous les autres. A présent, Tout est illuminé. Roman rempli de larmes et de joie. Sensibilité venant d’un pays où les Juifs ont froid et portent des chapkas. Histoires cachées. Terribles. Révoltantes. Injustes. Racontées avec recul et humour. Je ne l’ai pas encore terminé. Pense vous en parler dans les prochains jours. Première rubrique littéraire. C’est youpi.

Les livres, je les mange. Je les avale. Je les digère. Et je les recrache mal partout où je peux. Passés au filtre insolent de ma conscience et de mon inconscience. Sur ce blog. Sur les murs. Sur les gens. Sur mon carnet noir.

Carnet noir fermé. Au chômage technique pour cause de vide faisant de l’écho. Martelé par mes doigts agités. Hyperactifs. Manquant d’exercices de gamme. Mes doigts cherchent quelque chose à jouer. Trouvé. D’un coup. Un boogie-woogie. Une chanson américaine. C’était le titre d’un morceau que j’ai appris il y a maintenant une quinzaine d’années. Que je pensais avoir oublié… Même pas ! Musique à laquelle je ne songeais plus. Avalée par le trou béant où sont cachées ce que nous apprenons et évacuons aussitôt. Trou noir d’une profondeur abyssale. Dedans, des connaissances malheureuses. Se sentant inutiles. Perdues. Tentant des percées se soldant très souvent par de cuisants échecs. Théorème de Thalès. Conjugaisons latines. Barres asymétriques. Système nerveux de la langoustine. Dérivées. Primitives. Grandes dates de la décolonisation britannique. Noms de tous les états américains. Œuvres de Balzac. Etudes de Béla Bartok. Chanson américaine parmi des milliers d’autres. Tellement classique. Chanson américaine à la Conquête de l’Ouest. Air de saloon. Air de bordel sale du Minnesota au XIXème siècle. Musique américaine frappée sur un clavier noir et blanc désaccordé. Chantant de travers. 90 à la croche. Clé de sol. ¾. Fa dièse.  Chanson américaine qui a réussi son plan d’évasion du trou noir. Chanson américaine qui court dans mes doigts. Un à un. Deux par deux. Accords. Désaccords. Fausses notes toujours aux mêmes endroits. Doigt qui ripe. Rate le fa dièse. Atterrit avec dissonance sur le sol.  Reprise. Erreur de nouveau. Reprise. Reprise jusqu’à ce que l’enchaînement soit parfait. Doigts devenus musclés. Toniques. Forts et fiers. Réussissent à avoir raison de la Chanson américaine.

… Et j’ai fini par m’endormir. Réveil. Préparation. Départ enturbanné dans une écharpe étouffante. Destination gare RER. A pied. Besoin d’air frais pour penser. Pour trouver le sujet du jour. Je scrute tout. Rien ne m’échappe. Rien ne m’inspire. Rien ne me surprend. Ni ne me provoque. Je passe. Je passe devant. Une cabine téléphonique. L’avenue du Cirque. Immédiatement, une fanfare dans ma tête. Des funambules. Des dresseurs de lions Métro Goldwyn Meyer blonds. Avec des dents de lait. Et des brushings. Qui ne font peur à personne. Des trapézistes comme des crayons pastel. Des chevaux. Des chameaux. Des taureaux. Et des clowns. Peur des clowns. Obscénité de ces épaisses lèvres rouges. De ces yeux cernés de noir. De ces peaux outrancièrement blanches. Agression visuelle. Humour lamentable. Concentration de mauvais goût. Expression d’une lointaine époque dans laquelle je n’aurais probablement pas aimé vivre. Bref. Après l’avenue du Cirque. Une autre rue. Plusieurs autres rues. La gare. Le quai. Le train. Le chemin. Ligne deux. Ligne bleue. Couronnes. Odeur de bananes. Puis de morues séchées. C’est jour de marché. Porte en verre. Je retrouve ma baie vitrée. Et toujours rien. Aucune idée.

Des heures qui passent. Interminables. Désolantes. Me dis que l’appétit vient en mangeant. Mes collègues sentant l’ombre de la mélancolie s’arrêter sur mon visage, veulent que je les accompagne au restaurant. Au Makfull. Haut-lieu du couscous moulu sous le poids de l’effort conjugué des mains de Monsieur et Madame Hasnaoui. Nous nous installons en bonne place. Au fond. A droite. Contre le radiateur brûlant. Moi qui réclame la banquette. Mes collègues habituées à mes caprices, y cèdent. Carte des menus. Couscous. Makful. Chorba. Brochettes. Je boude un peu. En gonflant mes joues. Et en retenant l’air dedans. Tête de nounours inquiet. Fait sourire mes collègues qui ont également l’habitude de mes facéties, grimaces et autres blagues incessantes. Vide jusqu’au bout des ongles, je ne sais pas quoi choisir. Je préfère écouter mes amies de baie vitrée. La première : couscous aux légumes. La seconde : couscous à l’agneau. Je n’aime pas le couscous. Je n’aime pas la chorba. Je n’aime pas le makfull. Je n’aime pas la bouffe orientale. Ce qui, selon moi, confirme que je suis une ashkénaze perdue dans un corps de Zerbib sépharade. Choix cornélien. Je finis par choisir… une omelette avec des frites. Dans un restaurant de couscous. C’est comme manger une sole meunière dans un restaurant japonais. Ou un bagel dans un restaurant indien. Aucun sens. Comme cette journée. Voilà.

… Et comme si ce n’était pas suffisant, sur les tables du dit restaurant, je prends conscience qu’il y a des bougeoirs. Affreux. Honte littérale à la notion de décoration d’intérieur.


Terrible hein ? Bougeoirs en peau de léopard. Sans bougie dedans. Ce qui est normal. Puisqu’il s’agit d’un lieu qui n’est ouvert que le midi. Pourquoi acheter des bougeoirs alors ? Pourquoi ? Rien n’a de sens. Et rien ne va. Tout est chaos. A côté. Tous les idéaux. Les maux… Ah !!! Mylène Farmer vient de s’asseoir dans la zone musicale de mon cerveau. Mais qu’est ce que c’est que cette journée infernale ?

Peut-être que je devrais m’arrêter là pour abréger vos souffrances. Oui. Je vais faire ça. Et ça ira mieux lundi. Promis. J’espère. Je parlerai de cinéma, de littérature et de mes superpouvoirs. Ou pas.

Vous souhaite une excellente soirée et un bon week-end. Et apprenez que ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’on n’est pas désirable. Rien à voir.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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