Préparer un solde de tout compte

Bonjour les gens,

Lundi. 14h05. Commencer l’article du jour. Trouver la motivation. Fouiller en soi pour trouver une introduction acceptable. Sommeil stagnant devant mes yeux comme des nuages débordant d’une colère orageuse. Se concentrer pour taper les mots justes. Efficaces. Attractifs. Publicitaires. Générer de l’envie. De la curiosité. Faire grossir le rang de ma presque trentaine de lecteurs quotidiens. Tout faire pour que la trentaine en question ne se détourne pas de moi. Ne se lasse pas. Ou ne trouve pas mieux ailleurs. Pour éviter ça, je vais vous vendre du rêve. De l’inédit. De l’extraordinaire. Carrément. Une photographie. Attrapée par l’ami Barney. Le bien-nommé. Le camarade de route. Celui qui m’accompagne sur le chemin de la vie. Qui risque la sienne en sortant le bout de son nez à Belleville. Où certains badauds le reluquent avec une convoitise mal dissimulée. Photographie attrapée comme une mère attraperait son bébé de 6 mois prêt à dévaler un escalier en pierres. Urgence. Précipitation. Volonté de sauver un instant. De le rendre permanent. Photographie comme une preuve. Preuve que Paris, en plus d’être l’une des plus fantastiques villes du monde, est magique. C’est un lieu où des choses impossibles se produisent. Paris, c’est la ville où les lions pleurent la gueule ouverte sur des places. Où Jeanne d’Arc brûlée a été couverte d’or. Où une échelle de 300 mètres de haut s’impose comme un monument historique. Où les musées d’art contemporain se disent que les canalisations sont mieux dehors que dedans. Où la nature se transforme…

Oui, c’est une ville où les chênes amputés savent s’adapter. Les parisiens ne veulent plus de nous et de notre imposante stature ? Qu’il en soit ainsi. Nous deviendrons des sapins. Des thuyas. Et dans quelques mois, ces imbéciles seront ravis de nous habiller de lumière. De guirlandes à grumeaux. De boules à neige incrustée. Et puis qui sait… En 2011, ils seront lassés de voir l’hiver. Et nous amputerons de nouveau. Nous aurons encore la possibilité de changer. De devenir des palmiers. Des hêtres. Des pommiers. Des cerisiers japonais. A Paris, même les arbres ont la possibilité de se reconvertir. Rien n’est définitif. Paris, c’est également une capitale de discussions. Aux terrasses des cafés. Devant les stations de métro. Sur les pistes de vélib’. Dans les bus. Dans les épiceries. Dans les bureaux de poste. Sur les murs. Les affiches discutent. Sont commentées. Par les tagueurs. Par les marcheurs. Par les siffleurs. Mais aussi par les enseignes des magasins environnants. Preuve par l’image :

… Kevin Costner à la Cigale, c’est bien. C’est écrit. Comme je suis bête et que je consomme tout ce qui est « bien », j’ai évidemment été m’acheter une place. Je pourrais ainsi vous dire si j’aime Kevin Costner autrement qu’habiller en indien, en garde du corps, en flic combattant la pègre ou en vieux cowboy en transhumance. Je me demande s’il portera des santiags. Avec une roulette en fer à l’arrière. Ou une cravate motif fer à cheval. Je me dis que pour le style, il faudrait qu’il crache un peu sur le côté en allumant une cigarette roulée. Que la production du spectacle prévoie un seau à cet effet. Ne sait-on jamais. Un peu comme la production du spectacle de Garou. Je ne peux pas imaginer que ce chanteur n’ait pas un seau de glaires en coulisses. Et évidemment un stagiaire payé plus que la moyenne (45% du SMIC… Byzance !!) pour tenir le seau à bonne hauteur. Le stagiaire devrait donc faire plus d’1m75 sans quoi, il ne tiendrait pas au-delà d’une dizaine de minutes. Les concerts de Garou pouvant durer jusqu’à 8 heures. Ou bien est-ce l’ennui qui fait paraître le temps si long. D-ieu seul le sait. Et Garou.

Bref. Tout ça pour dire que j’espère ne pas trop vous ennuyer. Et que vous ne souhaitez pas me quitter pour un autre blogueur. Un blogueur qui saurait dessiner ses idées. Un blogueur qui parlerait de cinéma avec classe et élégance. Un blogueur qui considèrerait qu’un article ne doit pas dépasser 5000 signes. Un blogueur qui aurait des spécialités qui vous toucherait. Et que moi, je n’aurais pas. Je ne voudrais pas que vous me demandiez un solde de tout compte.

Solde de tout compte. Expression familière pour ceux qui, comme moi, sont de valeureux combattants de la jungle professionnelle. Expression qui peut faire peur. Car qui dit solde de tout compte, dit « au revoir Madame » (ou Monsieur). Le solde de tout compte est… Attention, je vais citer de la source professionnelle. On ne rigole pas avec les droits du travailleur sur ce blog. C’est la lutte finale. Groupons-nous et demain, l’Internationale sera le genre humain… Hum. Pardon. Je m’égare. Reprenons. Le solde de tout compte fait l’inventaire des sommes versées au salarié lors de la rupture du contrat de travail. Les jours travaillés. Les jours de vacances générés et non pris. Le tout pouvant représenter une somme coquette pour le salarié sur le départ. Pour votre patron, qui, généralement, espère ne plus jamais vous revoir, c’est la grosse addition. C’est la note de fin de repas. Une de ces factures qu’il ne va pas, pour une fois, faire passer en note de frais.

Pourquoi je vous parle de cela ?… Peut-être tout simplement, parce qu’il s’agit du sujet du jour. Le solde de tout compte. Mais pas dans le monde de l’entreprise. Le solde de tout compte dans la vie.

En fait, ce matin, quand je me suis réveillée, j’ai rangé mon sac à main et suis retombée sur la carte de mariage de mon amie. Carte qui me met dans la joie et la félicité car je me dis que cela sera une bonne occasion de faire la ronde. Chose qui ne m’arrive pas tous les matins en prenant le petit-déjeuner. J’avais donc le sourire aux lèvres jusqu’à ce qu’un souvenir remonte à la surface comme le gaz d’une bouteille de Sprite secouée.

Un flash-back s’impose. Quelques mois en arrière. Fin du mois d’octobre 2009. A cette époque, j’avais un ami que j’appréciais énormément. Un ami relativement sinistre. Qui voyait les gens de son entourage comme une bande de connards finis. D’imbéciles. De mal élevés. De « sans principe ». De peigne-culs. Parfois même de « foutus ». Un garçon assez dur. Très exigeant. Surtout envers les autres. Et balayant insuffisamment devant sa porte. Vous aurez compris que cet ami sinistre ne fait plus partie de mon sérail amical. Inutile de tenter une recherche. Il n’existe plus. Et ne lit certainement pas mon blog. J’imagine, si j’ai bon souvenir de son mode de fonctionnement, qu’il penserait qu’il s’agit d’une perte de temps et d’énergie considérable. Peut-être, là-dessus, n’aurait-il pas tout à fait tort. Quoiqu’il en soit, ce matin, cet ami que j’ai évacué de ma vie comme on envoie aux oubliettes le valet qui a oublié le sirop de menthe du baron à 16h08, m’est revenu en mémoire. En regardant une carte de mariage. Ce qui prouve que le cerveau contient un mécanisme plutôt curieux. Une carte de mariage. Un ami sinistre évincé de ma vie. Un solde de tout compte. Je vous explique.

Mon ami sinistre, comme toute personne pleine de noirceur et de désenchantement vis-à-vis de l’humanité, avait des théories sur la vie. Pas une. Des centaines. Des tonnes. Chaque cas de déception, d’humiliation ou de malhonnêteté donnait lieu à un principe. Le souci étant que la moindre action, la moindre décision ou la moindre parole, même innocente était potentiellement une bombe négative. Rares étaient nos conversations où je n’avais rien dit d’inconvenant. Tout était possiblement problématique ou grave. Bizarrement, nous avons réussi pendant une assez longue période à communiquer. Bref. Un soir, nous nous rejoignions au restaurant. Nous parlions de tout et de rien. Lui de tout. Moi de rien. Partage égal. Peut-être pour ça que nous nous entendions si bien. Je lui raconte qu’un couple d’amis commun allait se marier l’année suivante. J’étais invitée. Pas lui. Car personne ne veut d’un invité se posant là comme un juge d’instruction notant le buffet, l’orchestre et la pièce montée. Lui s’en moquait… Ou du moins le prétendait. Dans ma tête, une phrase : « Tant mieux ». Ainsi, nous n’y passerions pas la nuit. Là-dessus, une phrase comme une bombe à fragmentation : « Franchement, je suis assez content de ne pas y aller… Et même s’ils m’avaient invité, je ne pense que je me serais déplacé ». Je persistais dans un « Tant mieux » à voix haute cette fois. Enchaînement de sa part : « Pas envie de signer le solde de tout compte ». Des points d’interrogations dans mes yeux. Je ne comprenais pas. Il adorait m’exposer ses pensées d’insomniaque.

Je vous le cite dans le texte.

« Tu vois, quand tu as un ami qui se marie, tu es content pour lui. Il t’invite. Vous faites un enterrement de vie de garçon. De vie de jeune fille. Vous vous amusez. Vous vous souvenez de vos meilleurs moments. De la vie de célibataire. Vous allez au mariage. Vous dépensez une blinde pour être sapé comme il faut. Parce qu’il vous veut comme garçon d’honneur. Comme témoin parfois. Vous êtes en première ligne sur les photos. Vous allez à la fête. Vous dansez toute la nuit. Vous le célébrez. Vous lui faites un chèque en guise de cadeau. Et c’est fini. Plus rien. Plus de nouvelle. Un SMS pour l’anniversaire. La première année. Puis plus rien. Au final, vous apprenez au hasard, en zonant sur Facebook que sa bonne femme vient d’accoucher du petit troisième… Le mariage de ton couple d’amis, c’est le jour où tu vas signer le solde de tout compte de ton amitié… »

… Evidemment, je l’ai dédit. J’ai nié. J’ai critiqué ses amis. Il a insisté dans « Tu verras » cynique. Hochement négatif de la tête. Et je n’y ai plus pensé. Quelques semaines plus tard, j’ai été au mariage de mon couple d’amis. Nous sommes restés en contact. Je ne me suis pas inquiétée. L’ami sinistre avait tort… Sauf qu’aujourd’hui, j’ai compté, et me suis rendue compte que cela fait presque deux mois que je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Je ne veux pas qu’il ait raison. Je comprends que le mariage soit un moment où les amis prennent une place moindre. Mais je ne veux pas disparaître. En tout cas, sans avoir lutté pour ma survie. 18h00. Envoi d’un mail comme un salut de loin. Ils ne m’oublieront pas. Et la prochaine mariée non plus.

Ou peut-être que si. Et il aurait gagné. L’humanité serait dégueulasse. Et attendrait à la file son solde de tout compte à la con.

On verra bien.

C’est là-dessus que je vais vous laisser. En vous souhaitant une bonne soirée. Et surtout en vous imposant de rester désirables et de ne pas donner raison à vos amis sinistres.

A bientôt les gens,

C.P.A.

2 Réponses to “Préparer un solde de tout compte”

  1. franchement, quand vous le verrez sur scène vous changerez d’avis !
    nous l’avons vu à Gand en Belgique et c’est exceptionnel !
    il est beau, grand, souriant, il chante divinement bien il à tout pour lui !
    a bientot.

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