J’ai peur de tout!

Bonjour les gens,

J’écris cette phrase en direct d’hier soir. Le 8 février 2010 à 23h26. Article qui commence comme un film de science-fiction des années 80. Terminator. Un des premiers films traumatisant de ma vie. Arnold Schwarzenegger tout en fer. Les os. Le cœur. La voix. Avec des yeux rouges qui brillent dans la nuit comme les phares arrière d’une voiture d’occasion. Et la pauvre Sarah avec sa chevelure à la lionne. Espérant ressembler à Tina Turner. La voix de crooner en moins. Sarah Connor dont le seul intérêt dans la vie est d’aller danser le jerk sur de la musique pop sous les éclairs et les stroboscopes. Dans une paire de jeans Levi’s Strauss bleue claire javellisée. Montée jusqu’aux aisselles. Maintenue par une ceinture voyante. Car Sarah porte le body moulant en velours chatoyant bordeaux. Classe. Perfecto en cuir noir, à clous et à chaînes argentées. Cling Cling. Sarah mâche le chewing-gum  Hollywood la bouche ouverte en répondant aux flics qu’elle les emmerde. Une femme libérée. Normale.

Sauf qu’un jour… Une machine venue du futur est missionnée pour la tuer. Kyle, un jeune type, lui aussi envoyé du futur (même si sa coupe de cheveux peut laisser présumer le contraire) doit la protéger. Evidemment, comme il s’agit d’un film de James Cameron, Sarah et Kyle ne vont ni se contenter de se léchouiller la pomme ni profiter de leurs quelques heures de répit pour jouer au scrabble. Ils vont passer à la vitesse supérieure. Vous n’êtes plus des enfants, vous voyez tout à fait de quoi je veux parler. Ils vont mettre en chantier la fabrication d’un enfant. Et pas n’importe lequel. John Connor, le futur leader humain dans la guerre contre les machines. Un sacré programme n’est-ce pas ? Moi ce que je préfère c’est l’idée que Sarah s’envoie en l’air avec un type qui ne serait pas encore né. Qui ne serait même pas un tiers de spermatozoïde. John Connor, le fils, aurait une trentaine d’années de plus que Kyle, son père.

Dans notre quotidien, dans le monde réel, j’imagine ce que cela donnerait. Témoignages croisés de Catherine et Martin.

Catherine : « Oui ma petite sœur est née 45 ans avant ma mère et 20 ans avant moi… Ce qui fait qu’elle a connue ma mère quand elle était toute petite… En fait, ma sœur a été longtemps la nourrice de ma maman… »


Martin : « Quand j’ai connu mon grand-père, on était en 1939… On est partis faire notre service ensemble… Lors d’une permission, nous avons été dans un café et il a vu une petite serveuse qui lui a plu. Ma grand-mère. Heureusement que je suis un super copain parce que si j’avais voulu, j’aurais pu… Enfin vous voyez… Et puis j’ai pensé à notre future descendance et ça m’a fait mal à la tête… Je lui ai laissé quoi ! »


… Bizarre. Même le plus tortionnaire des professeurs de mathématiques du monde ne penserait pas à poser des problèmes pareils. Impossible. On pourrait en douter lorsqu’on jette un coup d’œil à certains énoncés du TAGE MAGE. Le TAGE MAGE est un test d’aptitude à la gestion. Un examen extrêmement glamour. Association de formes. De nombres. De chiffres. De logiques. Complètement indigeste pour un esprit littéraire comme le mien. D’humeur exemplaire et illustratrice, je vous donne un problème. Gratuit. Cadeau. Joie dans les cœurs des gestionnaires qui s’ignorent.

Bertrand possède 6 fois plus d’argent qu’Andrew. S’il donne à Andrew 100 euros, il possèdera alors seulement 2 fois plus d’argent qu’Andrew. Combien d’argent Bertrand a-t-il ?

a/ 100€ – b/ 150€ – c/ 400 € – d/ 425€ – e/ 450€


Certains me diront que c’est facile. Ils auront raison. Le calcul est aisé pour qui a passé le stade de la troisième sans trop de difficulté. La question que je leur poserai est néanmoins la suivante. En combien de temps l’avez-vous résolu ? 5 minutes ? 10 minutes ? 25 minutes ? En plus de temps ? En moins de temps ? Car pour réussir le test, il faudrait que vous résolviez ce type d’exercice en… Accrochez-vous aux branches de l’arbre les amis !… En… une minute et trente secondes. Oui messieurs. Oui mesdames. Une minute et trente secondes. Le temps que certains mettent à poser une multiplication à deux chiffres. Le temps que d’autres mettent à dire « Une baguette pas trop cuite avec une bouteille d’eau ». Le temps d’une centaine de pulsations cardiaques d’un homme de 35 ans. Alors ? On continue à faire les malins ? Bon !

Bref. Tout ça pour dire que l’article a été commencé hier. Hier soir. Télévision en fond sonore. Télévision en fond d’écran. Des enlèvements. Des viols. Des meurtres. Des victimes. Des fous furieux. Des esprits criminels. Des armes à feux. Des portraits-robots. De la peur injectée par intraveineuse au tout venant. Des monstres communs et humains derrière les portes. Plein de vices. Débordant de concupiscence. S’infiltrant dans vos maisons. Par Internet. Par téléphone. Par répondeur. Par boîte aux lettres. Par fax. Et pouvant attaquer n’importe qui. Tuant. Ne manquant aucunement d’imagination. Du sang. Du sang partout. En flaque. En gouttelettes. Monstres qui sont autour de vous. Qui sont parmi vos amis. Votre famille dans le pire des cas. Monstres qui ont de bon métier. Gagnent bien leur vie. Vous ont offert un super cadeau de Noël. Entraînent l’équipe de football américain du quartier. De lancer de javelot. De vélo cross. Accompagnent les gosses en sortie scolaire. Tondent la pelouse de leurs vieux voisins incontinents. Refusent poliment lorsque ceux-ci leur proposent de l’argent. Généralement des hommes. Entre 30 et 40 ans. Pères de famille. WASP. Cheveux entre blonds et châtains foncés. Raies à droite. Raies à droite. Raies au milieu. Toujours une raie. Toujours. Marque du psychopathe. Rasés de près. Avec un rasoir 4 lames Quattro de chez Wilkinson. Peaux de bébé. Peaux de pêche. Sur lesquelles coulent avec plus de facilité les giclures des victimes. Ou leurs larmes de remords. TF1 nous remplit effectivement le cerveau de Coca-Cola Light et Zero. De sandwichs Sodebo. De steaks hachés Bigard. Bigard. Bigard. Le roi du steak haché, c’est Bigard. De yaourts aux fruits mixés. De yaourts bons pour le transit intestinal à manger avec sa grand-mère. De crédits à la consommation trop cools et sympas. Mais aussi de peurs primales. De doutes. De regards en coin vers les nouveaux voisins. Que des bonnes choses. Je ne jette pas spécialement la pierre à TF1. Les autres chaînes font la même chose. A moindre échelle. Les médias. Tous les médias se relaient pour que nous soyons vigilants. Pour que nous fassions attention. A nous. Aux autres. Au monde. Création d’une atmosphère dépressive générale. Chacun ayant l’habitude de prendre son décontractant personnel. Le cinéma. Le yoga. Les médicaments. La télévision à plein volume. Les centres commerciaux grands à y perdre son corps et son esprit. A en oublier l’heure du jour ou de la nuit. La danse. La nuit. L’alcool. Le jeu. Le sexe. La drogue. Chacun son traitement. Pour éradiquer le mal.

A chaque jour suffisait sa peine. Autrefois. A présent, à chaque jour se créé une nouvelle raison de flipper. La maladie. La planète qui joue les shakers. Les employeurs qui jouent à Dieu. Flipper à en attraper un ulcère. A en devenir malade. A se couvrir d’acné à 30 ans. A s’en faire des courbatures. Flipper à en avoir mal. Tout le temps. J’ai peur de perdre mon boulot. J’ai mal au travail. J’ai peur de rater mon train. J’ai mal au train. J’ai peur d’attraper la grippe A. J’ai mal à la Grippe A. J’ai peur de tout rater. J’ai mal aux échecs. J’ai peur de ne plus pouvoir payer mon loyer. J’ai mal à mon compte en banque.

Moi aussi, je suis remplie de craintes. J’ai beau me rendre compte d’être un accident dans ce monde. D’exister telle que je suis par le fruit d’un hasard étrange. De ne pas pouvoir échapper à ce qui doit m’arriver. J’ai peur. De centaines de choses. Du noir. De l’absence d’éclairage dans la rue. Que des gens de mon entourage veuillent se suicider sans que je le sache. De mourir sans en avoir conscience. De mourir en souffrant. Des volatiles quels qu’ils soient. Des volatiles lorsqu’ils s’apprêtent à décoller. Des voyages en avion. Des déplacements en bateau. Du fond de la mer. Des poissons qu’on ne voit pas. De décevoir. De ne plus être aimée de mes amis. De faire de la peine à des gens qui ne le méritent pas. De ne pas savoir défendre ce en quoi je crois avec suffisamment de conviction. De sentir la tempête arriver sans pouvoir agir. D’être lâche. De manquer d’intelligence. De ne plus avoir d’idées. D’être paralysée par la honte. D’avoir peur. D’oublier. De ne plus avoir envie d’en savoir plus. De plus avoir le courage de dire oui. Ou de dire non. De me transformer en quelqu’un que je détesterai si je n’étais pas moi. Voilà. Je crois que c’est tout.

Ah non ! J’allais oublier !! Je suis terrifiée par deux choses actuellement. Une publication littéraire et une « légende urbaine » devenue un fait. Commençons par le plus inoffensif (a priori). Une grande affiche à la station Châtelet-les-Halles. Sortie d’un livre de Marc Levy. Je ne vais rien vous cacher. Je n’aime pas du tout cet auteur. Du moins ce qu’il écrit. Lui, je n’en pense rien de particulier. Si cela se trouve, on s’entendrait très bien. Et on aimerait faire de la barque ensemble au bois de Vincennes. Si je n’avais pas le mal de mer. Ses livres me déplaisent beaucoup. Vraiment. Le style surtout. Les phrases sont grammaticalement correctes. J’en conviens. Mais lourdes. Tournées de manière que je ne qualifierai pas de littéraire. Je ne parle pas de Marc Levy par snobisme. Dans le vent. Sans y avoir jeté un œil. J’ai lu deux de ses ouvrages. Et si c’était vrai. 7 jours pour l’éternité. J’ai considéré les deux comme des œuvres malades. Entre deux genres. A mi-parcours entre le scénario et le roman. D’ailleurs, j’ai tendance à penser que ce monsieur serait bien meilleur scénariste qu’écrivain. Les histoires, dans l’absolu ne sont pas mauvaises. Pas pires que celles d’un autre auteur de romances de gare ou d’histoires fantastiques moyennes. Ne manque que le style. La patte. Le « Marc-levysme » quoi. Mon point de vue. Evidemment. Loin d’être majoritaire qui plus est. La seule chose qui me terrifie c’est de me dire que Marc Levy a sorti deux livres en 2009. Le Premier Jour. Bien.

Puis en décembre, La Première Nuit.

… Et en 2010 ? Le Premier Matin ? La Première Après-midi ? Le Premier Goûter ? Le Premier Petit-déjeuner ? La Première fois (toute première fois) ? La Dernière fois (toute dernière fois) ? La Première Cuite ? La Première Gueule de Bois ? Le Premier Emploi ? La Première visite à l’ANPE ? Allez savoir ce que ce monsieur à barbe grisonnante de trois jours va pouvoir nous concocter. Je me dis que si des gens y trouvent leur compte, tant mieux. A la limite. La seule chose qui me fait peur est d’imaginer que ce genre de « littérature » soit considéré comme tel. De penser que les gens ne sachent plus faire la différence entre la distraction et la beauté. Entre la soupe faite maison avec des morceaux de légumes et celle qui y ressemble de loin. En sachet. Ne comprenant les légumes que sur le packaging. Peur de perdre l’art en tant que discipline. En tant que religion. En tant que vie.  Peut-être qu’il n’y a pas à s’inquiéter. Peut-être que si. Je ne sais pas. Peur dans mon cœur.

Et pour finir, ma deuxième terreur à la mode. Plus grave. Plus vitale. La réalisation d’une légende urbaine. L’histoire du mec qui en pousse un autre sur les rails du métro. Le fou qui agit comme l’ange de la mort. Au hasard. Se jette sur celui qui est le plus instable. Le plus prêt du trou. Celui qui n’a aucune chance de s’en sortir. Celui qui n’aura pas le temps de se défendre ou de se débattre. Peur d’être choisie. Depuis quelques jours, un coup d’œil derrière moi. Systématique. Machinal. Aussi automatique que lorsque je fais les lacets de mes baskets. Ou que j’éteins la lumière d’une pièce que je quitte. Mes contemporains sont des suspects. Comme dans un téléfilm de TF1. Dangereux. Aux aguets. Cherchant ma faille. Je regarde les yeux de tous comme si je pouvais y lire leurs pensées profondes. Un nombre incalculable d’opacités. De têtes baissées. D’épaules abattues. Le mec qui en pousse un autre sur les rails du métro est-il comme tout le monde ? A-t-il un comportement normal avant de commettre l’irréparable ? Comment le savoir ? Dans le doute, j’ai adopté une tactique. Je bouge sur le quai. Jamais d’immobilisation. Jusqu’à ce que le train soit arrivé. Loin du bord. Ainsi si je dois mourir par poussée, le mec devra faire des efforts. Se donner du mal. Ouais.

… Pas très gai tout ça. Je me dis que je devrais arrêter pour aujourd’hui. Enfin pour hier soir. Parce qu’on est hier soir. Devant TF1. Un père vient d’avouer à la police qu’il avait fait croire que son fils avait tué sa femme. Je vais me coucher. Et rêver un peu.

Je vous souhaite une bonne soirée. De la joie de vivre. Et de la désirabilité comme si c’était Noël.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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