Mon coeur heurté par un fou chantant

Bonjour les gens,

Aujourd’hui, je ne ferai qu’un tout petit article. Un mini-billet. Une micro-chronique. Micro-chronique. Cro-chronique. Crocrodile. Krokronenbourg. Cro-Cro-Magnon. Cro-chronomètre. Synchro-cro-nisation. Cro-chromatique. J’arrête. C’est n’importe quoi. En plus, j’avais décidé de synthétiser. Encore une fois. J’y crois. Un jour, j’y arriverais.

Reprenons. Je disais donc que l’article du jour serait court. Pourquoi ? Tout simplement, parce que je vais vous parler de mon cœur. Qui contrairement à ce que certains croient (oh que oui je vise une personne bien particulière par ce « certains » !) existe et bat. 75 pulsations par minute au repos. 90 après effort. Pas mal hein ? Dommage que tous les éléments de mon anatomie aient décidé de concert de ne pas être bons en sport. Ce qui prouve que le corps humain n’est pas une création logique. Un cœur de sportif dans un corps de geek incrusté dans une chaise de bureau à roulettes. Cela a autant de sens qu’un malnutri qui porterait une Rolex. Ou un thermos qui ne garderait pas la chaleur. Aucun intérêt.

Mon cœur. Qui vient de subir le coup d’une découverte horrible. Terrible.

C’est dur car mon cœur est mon organe préféré. Bien placé. A portée de main. Sans l’être vraiment. On ne peut pas le toucher. Ce qui est tant mieux. Je n’aimerais pas pouvoir tâter mon cœur comme mon nez ou mes pieds. Question de sensation. Je suis comme tout le monde. J’aime bien le contact de ce qui est doux. Ce qui est doux certes… Mais sec. Personne n’a l’idée d’aller caresser un chien mouillé. Ou l’intérieur d’un pot de confiture. Cela dit, j’ose espérer que personne n’est suffisamment désespéré pour avoir comme unique plaisir de tripoter un pot de confiture. Que ce soit l’intérieur ou l’extérieur du pot, s’entend. En relisant cette phrase, je prends la mesure de sa bizarrerie. La découverte que j’ai faite m’a bien secouée.

Et a dévasté mon pauvre cœur spongieux. Faisant spouigne-spouigne si on marche dessus. Petit cœur plein d’artères. De veines bleues. Vertes parfois. De petits élastiques roses. De fils rouges. Comme ceux vendus dans le dédale des rues en grosses pierres de Jérusalem. Par des petites personnes courbées. Edentées. Burinées par les ans. Avilies par un soleil fier et immortel.

Cœur humide. Suintant le jus de Cécile. Le jus de Zerbib. Le jus de plusieurs familles de la même région ayant fait des mariages d’intérêt. Consanguins, peut-être. Des Allouche qui se transforment en Zerbib qui se transforment en Bouccara qui se transforment en Attal qui se transforment en Zerbib qui se transforment en Allouche qui se transforment en Bouccara. Ou quelque chose comme ça. Un ou deux noms en plus. Même pas sûre. Peu importe. Un mélange mal touillé. Avec des grumeaux en surface. Une couleur indéterminée. Une mauvaise vue. Des cheveux trop noirs. Des cheveux comme des poids. Des cheveux comme l’équivalent de la tonte de 5 moutons mâles. Des boucles à l’infini. Des boucles de la racine à la pointe. Une taille. Un mètre 65. C’est la taille commune des Zerbib Sépharades adultes. Des yeux comme des olives. Le jus des Zerbib. Produisant à l’infini des bruns à yeux noirs d’un mètre 65 et à la fibre capillaire épaisse. Qui se ressemblent tous. Le jus des Zerbib qui fabrique des clones. Des différences tout de même. Les voix. Les sourires. Les attitudes. Et la chance sur deux d’être diabétique. Point important tout de même. Diabétique ou pas. Une chance sur deux au chocolat. Pile ou face au miel. Roulette russe sucre d’orge. Tirage au sort au pain d’épice. Machine à sous à la pâte d’amande. Statistique mathématique injuste. Déterminant les étapes de votre vie.

40 ans : je dois prendre 7 cachets par jour. Matin. Midi. Et soir.

55 ans : mon traitement médicamenteux ne fonctionne plus. L’insuline va devenir ma fidèle compagne jusqu’à la fin de mes jours.

65 ans (dans le pire des cas) : je ne peux plus marcher. J’ai désormais un point commun avec Ella Fitzgerald. Et paf ! Amputée des deux jambes.

… Je ne sais pas pourquoi mais j’ai toujours entendu qu’Ella Fitzgerald avait du diabète et avait été amputée des deux jambes. Quand j’étais petite, cela me faisait peur. J’imaginais Ella Fitzgerald chanter debout sur son reste de corps. Un côté absurde. Et angoissant.

En parlant de chanteur mort, j’arrive à mon sujet du jour. Une découverte triste. Matinale qui plus est. J’étais dans le RER. Comme tous les matins. Retard. Evidemment. Parce qu’il neigeait. C’est une bonne excuse pour perturber le trafic je trouve. Une ponctualité aurait été mal venue. J’étais affalée. Ereintée. Les yeux mi-clos. Les deux lianes blanches de mon Iphone dégoulinant le long de mon manteau. De la musique dansant dans mes oreilles endormies. Funk. Rock. Funk. Rock. Encore un peu de Funk. Toujours du rock. Et d’un coup, à côté de la plaque, Charles Trenet débarque. Sans essuyer la terre sous ses grôles. Un temps d’hésitation. Prête à changer de piste. Ne voulant pas d’un intrus dans mes oreilles. Et la trompette retentit. Un orchestre la suit. Fanfare. Le fou chantant est lâché. Il chante. Il chante soir et matin. Il chante sur son chemin. Un sourire trace un trait sur mon visage. Souvenir d’enfance. Retour dans les années 80. Ascension de Dorothée. Des Musclées. Et de nombreux autres extracteurs de cervelets enfantins. Mimiche avec 20 ans de moins. Encore plus énergique. Encore plus catégorique. Mise en place d’un véto sur toute la bêtise ambiante. Télévision. Musique. Tout était passé au filtre Mimiche. Musique. Beaucoup de classique. De piano. Beaucoup de chansons françaises. De beaux textes. Brassens. Brel. Ferrat (ça, c’est Papa… C’est à cause de Jean Ferrat que j’ai toujours cru que mon père était dans les Jeunesses Communistes… Mais en fait, non.). Moustaki. Et toute la bande à Baader. Et toute la bande à Basile. Et toute la bande à Bonnot. Inclus Charles Trenet. Une de mes chansons préférées de l’époque : « Je chante ». Moi aussi je la chantais soir et matin. La comprenant comme la manifestation de la joie de vivre la plus pure. Un homme qui aime la vie. Ne compte pas sur le matérialisme. Vivote le sourire aux lèvres. Dort à la belle étoile. Distrait dans les rues, les passants. Dans les châteaux, les riches habitants. Chantera sans jamais s’arrêter.

Sauf que… ce matin, j’ai écouté la chanson en entier. J’ai dépassé le refrain. Et je me suis rendue compte que le fou chantant finit par se suicider. Il meurt le fou chantant. Il devient un fantôme. Et chante pour toujours. Il s’est pendu dans sa cellule. Cellule dans laquelle la police menaçait de l’enfermer à vie. Un vagabond de plus capturé. Un oiseau des îles en cage. Le fou chantant se sauve de la vie. Ficelle, tu l’as sauvée de la vie, ficelle, sois donc bénie. Dans le RER, mes yeux affolés. Je n’avais rien compris à cette chanson. Une chanson sans joie. Une chanson triste. La liberté et la légèreté n’y sont pas. Sauf dans la mort. Pas joie. Pas joie du tout.

J’étais choquée. Mon cœur a accéléré son rythme habituel pour montrer son émotion. 85 pulsations par minute. La chanson suivante est passée. Funk. Et rock. Funk. Rock. Mais toujours la tristesse du fou chantant dans la tête.

Voilà ce qui m’a tant émotionnée ce matin. Voilà où je m’arrêterai pour aujourd’hui.

Je vous souhaite une délicieuse soirée. Et chantez soir et matin. Cela rend désirable. Ce n’est pas dans le texte. Mais dans le sous-texte. Important le sous-texte.

A bientôt les gens,

C.P.A.

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