Je mange des films dans le noir

Bonjour les gens !

En direct d’hier soir. 23h53. Pour être précise. Je suis fraîchement de retour d’un semi-marathon cinématographique. Deux séances post-travail. Sachant que je passe mes journées à œuvrer pour la mise en production de films engagés. Politiques. Utiles. Relevant d’une politique d’auteur à la française. Et citoyens. Amen. Une journée à agir pour que le fœtus film ne naisse pas sans bras. Sans jambe. Sans cervelle. Ou pire. Sans cœur. Après ce dur labeur d’intérêt public (le but étant que le fœtus devienne un bébé arrivé à terme de 3,6 kg… Qui ait crié dès les premières secondes. Qui réagissent à tous les stimuli post-nataux. Et qui soit suffisamment beau pour attirer une foule de parents adoptifs prêts à le prendre dans leurs bras. Le biberonner. Et lui faire faire son rot. J’aime les métaphores…), je me paie quelques virées en salles obscures. Un coup de carte UGC. Un coup de borne bleu. Ecran tactile plein de traces de doigts aux cacahuètes. Aux sandwichs au surimi. Aux paninis poulet mayonnaise. Ecran tactile couvert d’une pellicule. La même qu’on peut récolter si on passe la main sur le visage d’un adolescent mâle de 15 ans.

En plus, à présent, j’ai une nouvelle camarade de cinéma impromptu. La petite sœur. Qui a fait l’acquisition de la carte bleue providentielle. Avec sa petite tête dessus. Petite tête. Grosses lunettes. Sourire blanc. Yeux plissés. Photo d’identité éclat de rire. Elle dit qu’elle ressemble à un gros hamster dessus. Je ne suis pas d’accord. Personne n’a jamais vu un hamster poser pour une photographie. Ni s’acheter une carte d’abonnement à une chaîne de cinéma. Ni faire un mémoire de Master 2 sur « les sites d’exposition, ou les fantasmes des acteurs culturels sur Internet » (marrant cette habitude du double titre à triple significations… 6 niveaux de lecture. Puisque double titre : 2. Triple signification : 3. 2×3=6. 6 niveaux de lecture. Seulement dans le titre. Imaginez-vous la prise de tête au bout du premier paragraphe…)… Cela n’a pas de sens.

Bref. Avec le petit rongeur, nous ne nous sommes privées de rien. Nous avons acheté de la friandise à gogo. Excusez-moi. Plus précisément,  nous nous sommes offert un paquet de taille moyenne de M&M’S. Ce qui ne répond pas vraiment à l’appellation de « friandise à gogo » qui sous-entendrait que nous avions les bras chargés de réglisses. De pop-corn encore chaud et remplis de maïs kamikazes incrustés d’icebergs de sucre caramélisé. De barbe à papa rose. Bizarre d’avoir nommé un bonbon de la sorte. Barbe à papa. Pour la substance, la comparaison est claire. Le côté mousseux. Léger. Comme une barbe quoi. Mais la couleur… Il y a un problème, non ? Qui a déjà vu un homme à barbe rose ? A part dans quelques parcs douteux de Londres ou dans une soirée pari qui aurait mal tourné ? Personne ?… Bon c’est bien ce qu’il me semblait. Cela dit on disait bien que Charlemagne (celui qui a eu cette idée folle d’un jour « inventer » l’école… En voilà un qui aurait mieux fait d’inventer la machine à se téléporter…) était le roi à « la barbe fleurie ». Une barbe qui était une belle composition de fleurs de saison. Qui changeait de tons 4 fois par an. Si une barbe à coquelicots est possible, pourquoi pas la couleur rose. Après tout.

Et une fois n’est pas coutume, je me suis perdue dans mon introduction. Je remonte. Voilà. D’accord. Me revoilà. Re-bonjour le gens. Je disais donc qu’avec l’animal à roue, nous avions acheté des bonbons chocolatés avec cacahuètes au milieu. Ce n’est pas intéressant du tout. Je l’ai néanmoins signifié car avec ma sœur, nous voulons toujours garder le paquet pour la séance. Et le finissons généralement avant même d’avoir posé un pied dans la salle. Résultat : nous consommons toutes les miettes logées entre et dans les dents durant le film. Et dans un M&M’S, il y a de la matière. Le chocolat. La cacahuète. Et ne l’oublions pas car c’est important, le nappage de couleurs qui fait de votre bouche, de votre langue et de vos dents un charmant arc en ciel.

Une fois dans la salle, je suis toujours aux aguets. J’attends la situation de conflit. Mine de rien, l’obscurité facilite la chose. J’ai d’ailleurs assez souvent la main heureuse dans mes choix de film pour obtenir ces engueulades bien classes entre inconnus. Pas plus tard que tout à l’heure. Deux filles s’installent à côté de moi. Avec leur quarantaine de sacs de chiffons et autres accessoires. Elles décident de faire un défilé sur place. Assises. Ce qui donne un résultat plutôt… malheureux. N’ayons pas peur des mots. Bref. Ça caquette. Aigu. Qui plus est. Ça rit. Ça fait des bruits en plastique. En papier de soie. En élastique. En carton. Ça pouffe. Ça chuchote fort. Ça serait presque plus discret de parler à volume normal. La lumière de la salle se tamise. Elles n’arrêtent pas. Caquettent. Rient. Font des bruits de plastique. De papier de soie. D’élastique. De cartons. Pouffent. Chuchotent fort. Dispersés dans la salle, des « chuts » persistants. Des sifflantes presque plus énervantes que les deux gourdasses. Chut. Plus exactement : « chhhhhuuuuuut !! »… Puis derrière elles. Pile derrière. Une grosse voix s’élève. Voix d’homme à la fleur de l’âge. Voix profonde de caverne. Voix de chêne puissant. Jamais vous n’allez fermer vos gueules les greluches ?? En voilà deux qui ont bien été calmées. Une des deux, plus téméraire. Peut-être plus stupide quand j’y réfléchis. Ne se démonte pas. Ok… Mais vous ne pouvez pas parler correctement ? Et là, réponse du chef. Réponse qui m’a donné envie de me lever et d’applaudir. Oui je peux. Quand vous fermerez vos gueules. Après une aussi bonne réplique, très Audiard, très Ventura, très Blier, très bon cinoche français à l’ancienne, difficile de se concentrer sur un nouveau spectacle. Plus lisse. Plus patinoire. Plus américain quoi.

Ne perdons pas plus de temps. Je parie que vous avez mieux à faire que de zoner ici comme des âmes perdues. Je n’ai pas dit que vous aviez plus « intéressant » à faire. Je le précise. Mais vous devez accomplir des actes de vie. Obligatoires. Travailler déjà. Même si c’est une activité de pauvre. Seuls les pauvres en ont besoin. Communiquer avec vos amis. Un minimum. Demander des nouvelles même si elles ne vous intéressent pas et que vous préféreriez qu’on parle de vous. Payer des trucs et des machins. Répondre à des invitations. Trouver de bonnes excuses pour ne pas y aller. Je ne pourrais pas venir à ta fête, j’ai l’anniversaire de mon cousin le même soir. Désolée, je ne serai pas disponible pour ton anniversaire mon cousin adoré, j’ai déjà confirmé ma venue à une autre soirée. Tenter d’attraper une fille. Essayer de museler un garçon. Appeler le plombier pour déboucher l’évier de la cuisine qui expose son odeur de digestion contrariée au tout venant. Pour résumer : vous ne pouvez vous installer sur le fauteuil. Vous devez vivre.

Aujourd’hui, deux films en salle. Grandes salles avec des fauteuils moches certes, mais bien mous. Ce qui n’est pas pour déplaire à votre serviteur. C’est moi le serviteur. Pour mémoire. On y va. On balance les titres. Dans l’ordre chronologique. Question de politesse et de bienséance. Question importante sur ce blog. Votre serviteur aime les enfants bien élevés. Premier film : Lovely Bones de Peter Jackson. Deuxième : Up in the air de Jason Reitman. Dans les deux cas, je ne suis pas sortie en transe. Expliquons dans le détail.

Lovely Bones de Peter Jackson… Je réclame l’affiche. Voilà !

L’histoire. Une jeune fille est assassinée par un de ses voisins de lotissement. Elle est « entre les deux mondes ». Ni dans le monde des vivants. Ni au paradis. Un monde où poussent les ChupaChups et les dragibus. Avec Moby en musique de fond. Normal quoi. Elle regarde les membres de sa famille traverser sa disparition… Le père qui l’entend et comprend ce qui s’est passé. C’est l’élément réussi du film. On sent bien la volonté de savoir du père. Il garde l’espoir même lorsqu’un des vêtements a été retrouvé sur le lieu du crime. Il voit son enfant. Il lutte pour la garder prêt de lui. Séquence plutôt émouvante lorsqu’il brise toutes les maquettes de bateau qu’ils ont construit ensemble. Maquettes qui deviennent des bateaux en bouteilles géants se brisant contre des rochers dans le monde féérique de la fille. A côté du père qui ne veut pas abandonner son enfant à la mort et à l’abandon, il y a la mère qui fuit. La sœur qui enquête. L’amoureux transi à cheveux bouclés qui erre dans les centres commerciaux et lit des poèmes. Le tueur qui a des souvenirs agréables de sa mort. L’inspecteur de police intentionné qui approche sans arrêt de la solution sans la toucher. Un film avec beaucoup de qualités. Je pense notamment aux séquences d’exposition. Le réalisateur nous donne à voir une famille. Un mari comptable qui fabrique des maquettes à ses heures perdues. Une mère qui punit sa fille en l’obligeant à porter des vêtements tricotés main. Une fille de 14 ans qui emmène son petit frère à l’hôpital en voiture à  toute vitesse. Une sœur un peu jalouse. Une famille américaine classique de banlieue. Une famille qui s’aime. Une famille qui va bien. Puis un drame horrible qui déchire tout. Le départ du film sonne comme le ronronnement d’une Harley Davidson. Sauf que… Voilà un film avec tellement d’intrigues et de sous-intrigues qu’on ne s’en sort plus. On oublie certains personnages qui ne sont qu’en toile de fond et deviennent principaux l’espace d’une dizaine de minutes. Personnellement, si j’avais été Peter Jackson (ce début de phrase est d’une prétention inouïe ! Je m’adore !!), j’aurais bazardé deux ou trois sous-intrigues sur l’autoroute façon Berger Allemand au mois d’août. Exemple : l’intrigue du petit ami. Lorsqu’elle est encore vivante, la fille est à deux doigts de choper le beau gosse bollywoodien du lycée. Ils sont empêchés à deux reprises de s’embrasser. Comme quoi… Quand D-ieu ne veut pas… D-ieu ne veut pas. Ils se donnent rendez-vous au centre commercial. Mais elle mourra avant. Comme quoi… Quand D-ieu… Vous avez compris. Résultat : on a une séquence de promenade mélancolique dans le fameux centre. Une rencontre avec une fille bizarre qui a vu le fantôme de l’héroïne morte. Puis disparition du garçon. Complète. On ne le voit plus. On n’en entend plus du tout parler. Que dalle. Revient à la fin du film. Prétexte à une séquence pompée sur Ghost. La fille bizarre est « pénétrée » par le fantôme de la morte qui peut enfin embrasser le garçon de ses rêves. Youpi. Autre sous-intrigue embarrassante. Celle de la sœur. Elle existe extrêmement peu dans l’exposition. Dans la famille en deuil. Du coup, le fait qu’elle devienne la nouvelle cible du tueur car « elle se douterait de quelque chose » tombe un peu à plat ventre. Elle regarde le voisin avec suspicion. Il la regarde avec suspicion. Ils se regardent avec suspicion. Une bonne séquence néanmoins. Une séquence qui fait peur. Celle où elle décide de fouiller sa maison. Disons que j’ai eu chaud pour ses miches. Efficace donc. Mais aurait été meilleure si la sœur avait été un élément plus fort de l’exposition et avait une relation plus fusionnelle avec la morte. La mère est complètement évincée de l’histoire. Je veux bien qu’elle refuse de rentrer dans le délire de son mari qui ne veut pas lâcher l’affaire. Mais elle est évacuée. Au-delà d’une « fuite », le personnage n’existe plus. Sa réapparition fait d’ailleurs un drôle d’effet. Le concept du cheveu sur la soupe.

Aussi, je ne comprends pas bien le monde « entre deux ». Au début, on pense qu’il s’agit d’un passage pour que le mort accepte son état. Puis finalement ce n’est pas si clair. On se demande s’il est en connexion avec le tueur. Réellement. On apprend que le lieu où se trouve la fille est là où sont « entreposées » les victimes du tueur. Elles y vivent en attendant. En attendant quoi exactement ? La mort du tueur ? On ne sait pas. Par ailleurs, la fin « vengeresse » ne m’a pas donné satisfaction. Je ne la dirai pas. Histoire de ne pas « péter le kiff » de ceux qui voudraient le voir. Néanmoins, elle n’apporte pas la vérité dont le spectateur a besoin. Donc, globalement, un sentiment de gâchis. Une impression de trop-plein. Dommage.

Deuxième film. Up in the air.

Avec George Clooney. Qu’il est beau George Clooney. Qu’il fait rêver la ménagère. Et le ménager homosexuel. Pas envie d’en parler 3 jours. Déception encore. Goût de déjà-vu. De déjà-entendu. Jason Reitman avait fait mieux avec Thank you for smoking. Pas le même acteur glamour mais même idée générale. Un homme seul. Sans grand sens moral. Travaillant dans une industrie sinistre de destruction. George Clooney est chasseur de tête en période de crise économique. Le personnage de TYFS est lobbyiste du tabac en période de grands procès contre les grandes marques de l’industrie. Chacun a un poste dont il est fier mais que la morale réprouve. Chacun va se retrouver mis à l’épreuve. George voit la technologie et le licenciement ADSL le priver de ses voyages en première classe. L’autre est renvoyé après avoir confessé ses mensonges à une journaliste sur l’oreiller. Chacun s’est éloigné de sa famille et va s’en rapprocher. Va retrouver ses priorités. Arrêter son attitude égoïste. Et finalement continuer sa tâche avec un recul supplémentaire sur lui-même. Le même film. Presque exactement. Pas intéressant donc. Facile à anticiper. Cela dit, pour se faire plaisir aux yeux, c’est un régal. George Clooney au réveil. Avec ses dents blanches. Son haleine fraîche qui sent le menthol à travers l’écran. Un T-shirt qui ne sent jamais la sueur même après avoir couru. La classe américaine. Au service d’un remake. Beurk.

C’est tout pour aujourd’hui. Je vais aller me coucher. Parce que c’est l’heure de la sieste. Je vous serre fort dans mes bras. Comme les américains. Je vous aime. Comme les américains. Vous êtes désirables. Plus que les américains.

See you tomorow buddies !

C.P.A.

Une Réponse to “Je mange des films dans le noir”

  1. Globalement très décu par Lovely Bones. Ca part dans tous les sens et ça va finalement nulle part.

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