Mon projet professionnel est une bonne couverture

Hola la gente !

Aujourd’hui, jeudi 18 février 2010. Heure de début d’écriture de l’article du jour : minuit passé de 4 minutes. Encore 56 minutes pour se débarrasser de l’heure fatidique. De l’heure inquiétante. De l’heure au nom funeste. L’heure du crime. 55 minutes maintenant. Je me dis qu’en fermant les yeux très fort, le temps passera plus vite. 53 minutes. Le décompte me terrifie finalement. Si cela se trouve, un tueur attend. Caché sur mon balcon bourgeois. Entre la haie d’arbustes nains et le salon en pin. Tapis dans l’ombre. Attendant la dernière minute pour agir. Faisant durer le plaisir. Espérant l’écume aux lèvres quatre chiffres : 0059. Minuit et cinquante neuf minutes. En écrivant ces mots, je me rends compte que j’ai gardé cette capacité à me faire des films. Des films qui font peur. Des films où l’héroïne met une raclée au tueur en série à coup de bibelot en rotin ou en fonte. Des films où le croche-pied reste la meilleure arme pour lutter contre les malveillants. Des films où le méchant n’est jamais caché là où il doit être. Toujours derrière le héros. Et paf le sursaut qui fait rire. En écrivant ces mots, je m’amuse à me faire des frayeurs. Comme lorsque je cherche mon portable dans les poches où je ne le mets jamais. Lorsque je laisse la casserole de lait sur le feu le plus longtemps possible. A deux doigts du débordement. A deux doigts de l’inondation bouillante. Lorsque je descends de mon appartement suffisamment à l’heure pour attraper le bus. Suffisamment juste à l’heure pour éventuellement le rater. Je fabrique du suspense. Pour pimenter le quotidien. Peut-être parce que parfois je m’ennuie un peu. Alors je passe le temps en me provoquant des poussées d’acné et d’herpès. Herpès facial évidemment. Je le précise pour certains de mes lecteurs. Ils se reconnaîtront… Ceux-là qui adorent me faire passer par une bouillote. Vous apprécierez la métaphore. J’ose espérer. Par ailleurs, avant il y a quelques mois, j’ignorais l’existence d’une autre forme d’herpès que celui qui vient planter son drapeau sur ma bouche. Ma lèvre supérieure droite. D’où mon étonnement lorsque sur mon tube d’Activir tout neuf, j’ai vu l’inscription suivante : Ne pas appliquer dans le vagin. Bizarre. J’en ai rigolé seule pendant une demi-heure. L’ignorance. Certes. Mais j’ai bien ri. J’imaginais la situation. Tiens, j’ai un herpès à la lèvre. Je m’en mettrais bien dans le vagin… Pour rire ! L’ignorance… Pour moi, mettre de l’Activir dans le vagin revenait à tenter de prendre un suppositoire comme cachet effervescent. De s’épiler les jambes avec de l’après-shampoing. D’allumer une lampe en se mettant la prise dans le nez. Ou quelque chose comme ça.

Pas du tout le sujet du jour. Mais alors, pas du tout. En ce moment, je pense beaucoup. D’aucuns me diront « comme tout le monde ». Oui probablement. Comme tout le monde. Je tente de me projeter dans mon avenir. Proche. Enfin… Moyen proche. A mi-parcours entre le dîner de samedi soir et l’anniversaire de mon peut-être futur 6ème enfant. Que j’appellerai Edgar. Rien que pour l’emmerder.

Qu’est ce que je veux faire à « moyen terme » ? Question qui tue. Question qui inhibe. Question classique en entretien.

A chaque fois qu’on me la pose, je réponds que je veux devenir productrice de films de longs métrages. Productrice de chefs-d’œuvre. Productrice de films sur lesquels je pourrais m’estimer fière d’avoir travaillé. Productrice de films bien écrits. Productrice de films qui feront rêver plusieurs générations. Productrice de films à « belles rencontres » pour utiliser le champ lexical extrêmement réduit de mon milieu. Productrice de films semblables à de « magnifiques aventures humaines ». Pour résumer : je réponds n’importe quoi. Pas tout à fait n’importe quoi. Pas tout à fait la vérité non plus. Je m’explique. Je veux effectivement produire des films. Des films que les gens apprécieraient. Des films dont on retire quelque chose. Pas forcément d’un point de vue moral ou éducatif. Des films dont on se rappelle comme un vieux souvenir. Dont il ne reste parfois que quelques images. Des images qui deviennent les vôtres. Qui se confondent avec la vraie vie… Seulement, ce n’est pas tout. Moi, si je veux devenir productrice de films, c’est surtout pour être la patronne.

Celle qui porte le bonnet rouge et la barbe au pays des Schtroumpfs. Celle qui tient le plan lors d’une course d’orientation. Celle qui tient la télécommande. Celle qui a les clés de la voiture. Celle dont on redoute la réponse. Celle dont on craint les questions. Celle qui entre et provoque le silence des éléments agités. Celle qui dit à peine « bonjour » et veut qu’on lui prépare son café Macchiato. Celle qui s’étonne de ne pas trouver sur son bureau des dossiers qu’elle n’avait pas demandé. Celle qui réclame des initiatives. Celle qui utilise le mot « proactif ». Celle qu’on ne doit pas déranger l’après-midi. Celle qui a un parapheur toujours rempli à consulter. Celle qui est « en rendez-vous à l’extérieur ». Celle à qui « on peut laisser un message ». Celle qui ne supporte pas les retards. Celle qui impose des « mesures drastiques ». Celle qui rend des comptes uniquement si elle en a envie. Celle qui délègue mais garde un œil sur tout. Celle qui attend des plannings et des notes. Celle qui veut tout savoir. Celle qui divise pour mieux régner. Celle qu’on imite quand elle n’est pas là. Celle qui offre des primes de Noël. Celle qui a des toilettes privatives. Celle qui vous retourne votre copie. Celle qui demande « ce qui ne va pas… encore ! ». Celle qui détermine l’ambiance du jour. Celle dont on cherche l’approbation. Celle qui fixe des réunions à des heures extrêmes. Très tôt le matin. Très tard le soir. Celle qui ne laisse pas de choix. Celle dont on pense qu’elle est sévère mais juste. Celle dont les stagiaires ont peur mais voudraient être remarqués. Celle qui ne mettrait pas son propre nom mais celui de sa société en haut des affiches publicitaires. Celle qui a fait de ses employés une famille. Une famille malmenée certes. Mais une famille tout de même. L’adversité obligeant à créer des liens avec les autres.

Attention. Je les traiterai bien. Mes employés. Comme des rois. Comme des princes. Ils auront des tickets restaurant à 10 euros. Une bonne mutuelle qui leur permettra de se payer de belles lunettes RayBan pour l’été. Une pause-déjeuner de deux heures. Ou d’une heure si l’employé décide d’utiliser la deuxième à d’autres fins. Développement personnel. Sieste. Jeux de ballon. Piscine. Thérapie de groupe. Cours de chant ou de danse. Tout ça payé par l’entreprise. Evidemment. Grand seigneur. Un forfait téléphonique au choix. Encore moi qui régalerais. Des cadeaux pour leurs anniversaires. Des fleurs pour les épouses pour les fêtes de Noël. Des chocolats à Pâques. Pas de décompte des vacances. Des conditions de travail idéales. Rêvées même.

… Sauf que. Ben oui ! Il fallait bien un « sauf que ». Mes employés auraient tous ces avantages mais devront être totalement disponibles. N’importe où. Et à n’importe quelle heure. J’accorderai des vacances. Je les donnerai. Mais aussitôt que je décrocherai mon téléphone, ils devront répondre. Qu’ils soient sur une piste de ski. Sur un bateau de croisière. Sur une planche de surf. Sur une table de « massage » thaïlandais. Sur un jet-ski. Sur le point de faire une plongée de 15 mètres. De sauter en parachute pour la première fois. D’entreprendre l’ascension de l’Everest. D’assister à l’accouchement de leurs femmes. Au mariage de leurs sœurs. A leurs propres enterrements. Mes employés seront mes gens. Mes personnes. A moi. En y réfléchissant, je me dis qu’ils ne tiendraient pas longtemps. Tant pis. J’en changerai. Comme des chaussettes. Des slips. Des pantalons. Des jupes. Et des chaussures. Cela ne m’empêchera nullement de les aimer. Mais une fois que c’est usé… C’est usé. Il faut jeter. Il faut passer à autre chose.

… Projet professionnel difficilement avouable, je me rends compte. Autant que celui que j’avais quand j’étais petite. Entre 7 et 13 ans. A l’époque déjà je regardais beaucoup trop de films. Le dimanche soir avec mes parents. Mon frère en pyjama et coupe en brosse. Ma sœur en robe de nuit et cachée dans le couloir au lieu d’être au lit. A cette époque là, je voulais être agent secret. Je ne le disais à personne. Je faisais croire que je voulais être journaliste. Avocate. Ophtalmologiste. Professeur de français. Je mettais en place ma couverture. Sauf qu’un jour, je me suis vendue. Et c’était foutu. Si on annonce qu’on veut devenir agent secret, ce n’est plus « secret ». Donc cela devient dangereux. Donc c’est perdu. Donc game over. Pas grave. Je vais devenir une productrice folle. Bonne couverture ça… Une productrice folle…

Et hop ! C’est fini pour aujourd’hui ! Oui ça coupe d’un coup ! Mais je n’ai pas le temps ! Je dois partir en mission ! Mission de propagation de désirabilité sur l’ensemble du territoire ! J’espère que ça va marcher !

A bientôt les gens !

C.P.A.

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