Profitons du week-end pour enterrer une jeune fille!

Bonjour les gens,

Vendredi 12 mars 2010. Article commencé à 12h34. Avec une seule main. L’autre tenant une pomme rouge que je porte à ma bouche au ralenti comme dans la fameuse séquence de la sorcière dans Blanche-Neige et les 7 nains. Sauf que j’ai déjà croqué dedans et que je ne suis pas morte. Ce qui prouve que personne ne cherche à m’assassiner pour devenir indiscutablement la plus belle du royaume. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle, de mon point de vue (De celui d’une prétendante au titre de Miss Région, ce n’est pas si sûr…). Bonne nouvelle car je n’ai pas l’âme d’une princesse Disney.  Je ne fais pas de vocalises en faisant la vaisselle. Je ne me confectionne pas de robes à rubans en ayant pour petites mains clandestines des souris vertes et des moineaux bleus. Je n’ai pas de fées dans mon entourage (encore moins en tant marraine…). Si un serviteur de ma belle-mère tentait de m’arracher le cœur, je ne pense pas qu’après avoir couru 6 kilomètres dans une forêt pour lui échapper, j’aurais le réflexe de faire le ménage dans la maison que j’aurais trouvé pour m’abriter. J’ai également du mal à croire que le « Prince Charmant » (« Charmant » parce qu’il chante comme Luis Mariano, monte à cheval comme Zorro et a des atours de patineur artistique gay) voudrait embrasser mon cadavre vieux de plusieurs semaines pour me réveiller. Parce que, pour information et pour ceux qui l’ignoreraient, un cadavre sent un peu fort. Un cadavre se décrépit rapidement. Un cadavre, même de jolie jeune fille, ne donne ni envie de chanter ni envie d’embrasser. Un cadavre n’est pas le genre de chose qu’on léchouille pour le plaisir. A moins d’être nécrophile. De se prendre pour Jésus. Ou les deux.

Bref. Bref. Bref. Déjà un égarement. A cause d’une pomme rouge. Ferme. Bien juteuse. Sucrée et acide en même temps. A même intensité. Parfaite. Catégorie Pink Lady.

Nom qui fait penser au nom d’un club de striptease glauque de Province. Ou à une chanson de Sean Paul. Je ne sais pas pourquoi. Hey Pink Lady. I like you flow. Your body’s banging. Out of control. Chanson qui a systématiquement le don de me faire exécuter le seul pas de Ragga Dance Hall que j’ai compris. Car il n’y a pas si longtemps que cela… D’accord, il y 3 ou 4 mois, je m’étais mise en tête de faire du Ragga Dance Hall. J’avais probablement regardé trop de films de David LaChapelle ou de clips de Beyoncé Knowles. Allez savoir. Premier choc : l’arrivée au cours. J’étais la plus âgée. J’étais la moins douée. J’étais la plus suédoise. Je me faisais l’effet de « Bébé » dans Dirty Dancing (celle qu’il ne faut pas laisser dans un coin). Les progrès spectaculaires en moins. Car en 3 mois de cours, je n’ai rien retenu. Rien. Que dalle. Seul un pas. Le Butterfly. Consistant à faire des battements d’ailes avec ses jambes. Facile à faire. Difficile à décrire. Le Butterfly. Pas attribuant un air imbécile à qui veut en faire la démonstration. N’est pas un papillon qui veut. Une jambe n’est pas une aile. Ce qui est bien dommage par ailleurs.

Décidemment, cette pomme me perturbe plus qu’il ne le faudrait. Je vous laisse cinq minutes. Histoire de l’accompagner gentiment au Paradis des fruits et légumes. A grands coups de dents acérés et affamés. Mais je resterai tendre. Soyez rassurés.

… Me revoilà. Sexy Lady a rendu l’âme. Minée jusqu’au trognon la malheureuse. Ce sont les meilleurs qui partent les premiers. Paraît-il. C’est le genre d’adage qui m’encourage à rester une personne médiocre. Tant pis pour le titre, au moins, c’est moi qui partirais la dernière et fermerait à clé la porte de la maison. Tout ça pour en venir à quoi ? Eh bien, je ne sais plus. Au départ, j’avais prévu de parler d’enterrement de vie de jeune fille. Mais je n’arrive pas à trouver de point de départ. D’angle d’attaque. Par quel bout de la lorgnette regarder ces festivités ?… Pourtant je devrais être intarissable. J’ai enterré ma première jeune fille la semaine dernière. Au sens métaphorique du terme. Sinon, cela voudrait dire que Docteur Petiot et moi avons des points communs. J’ai enterré une jeune fille. Une jeune fille amie. Une amie très chère. Enterrement classique. J’ai l’impression. Pour moi, à la base, les enterrements prénuptiaux étaient des festivités américaines. Pour être exacte, des festivités de films américains. Le moment où les copains lâchent des larmes. Déballent des émotions. Dévoilent leur amour. Leurs sentiments. Leurs amitiés. Lâchent des « God Bless You ». Se souviennent des meilleurs souvenirs. Des pires hontes. Sortent les anciennes photographies de classe. Se filment les yeux humides. Retrouvent des personnes « perdues de vue ». Lisent des poèmes de « tapettes ». S’éclatent comme si cette journée était la dernière avant de déposer le copain devant les portes du pénitencier. Paient de lascives stripteaseuses pour vérifier que le futur menotté est bien sûr de vouloir se sacrifier sur l’autel de la monogamie.

… En substance, samedi dernier, la journée a un petit peu ressemblé à ça. Sans les stripteaseuses lascives. Sans les poèmes. A la place, la future épousée s’est transformée en Pépito de Belin. Sombrero et guitare. Hariba. Hariba. Mariachi. S’est promenée ainsi toute la journée. Dur. Mais c’est ainsi. Il ne fallait pas naître au Mexique jeune fille !

Et après quoi ? Restaurant. A manger. A boire. Beaucoup à manger. Beaucoup à boire. Des grands garçons aux corps parfaits qui débarquent dans la salle de restaurant. Déguisés en rugbymen. Equipe des All Black. Trois grands garçons qui commencent à faire le Aka avec énergie. Spectacle légèrement absurde. Que je regarde d’un œil distrait. Tout en pensant que je prendrais bien un dessert à la place d’une entrée. Entre un caviar d’aubergines et un tiramisu aux spéculos, je n’hésite généralement pas des heures. Pendant que j’errais dans mes pensées alimentaires excitant mon appétit vorace, la pauvre jeune fille – car l’heureuse fiancée devient une pauvre jeune fille lors de son enterrement – est tirée par un des jeunes hommes. Il se frotte sur elle comme s’il cherchait à se retirer des peaux mortes. Ondule telle une anguille. La fiancée garde les mains en l’air comme si Hooker venait de l’arrêter pour trafic de drogues. A côté, d’autres futures mariées prises à parti par les hommes aux corps en plastique. On pourrait en douter. Qu’elles soient de futures mariées. Très motivées pour se laisser entraîner dans des danses beaucoup trop exotiques pour être honnêtes. Notre jeune fille mi-enterrée regarde ses camarades suppliciées avec un regard atterré. Le plat arrive. Les garçons dans une nudité de statue grecque partent à la fin du show. En courant comme des enfants pris en faute. Comme des enfants tremblotant en sortant du bain. J’ai, pendant quelques secondes, de la compassion pour eux. Je me demande si là est leur seule source de revenus. Je suis sortie de cette réflexion par ma voisine de table, bien décidée à s’amuser plus que d’habitude. Et qui me met un serre-tête à cornes de diablotin sur la tête. En riant exagérément fort. Je lui souris par courtoisie. Et surtout parce que la coiffe me sied extrêmement bien. Ce qui n’est pas si courant. Les serre-têtes ne vont pas à tout le monde. La musique à fond. La musique à ronron. La musique à boum boum. Les appareils photos numériques qui tournent. Des pauses de côté. Des pauses de face. Des pauses debout. Des pauses olé-olé. Des pauses sérieuses. Des sans pauses. Du vin blanc qui scintille. Du vin rouge mat. Et de l’eau claire au milieu. Pour retrouver ses esprits. Les plats terminés. Valse des assiettes autour de nos têtes. Tango des serveurs débarrassant tout, en un minimum d’effort.

Et retour des garçons. En costumes de pharaons. Le visage couvert de paillettes d’or. Notre jeune fille sait qu’elle va devoir faire son tour de show et se laisse porter par un des rois égyptiens bien décidé à la faire briller de mille feux. Dans ma tête, je me dis que ces grands garçons ne suscitent en moi aucun stimulus particulier. Je crois que j’aime mieux les garçons plein de gras. Qui dansent avec maladresse avec un ventre bougeant sensiblement. Dans un léger « floc floc ». En tout cas, c’est bien plus drôle. Je les toise de haut en bas. Comme des meubles. Des beaux objets qui me laissent dans une indifférence terrible. Des garçons parfaits. Aux proportions parfaites. Aux visages parfaits. Aux sourires parfaits. Aux déhanchements parfaits. Des garçons d’un ennui profond. Payés pour se montrer désirables. Attrayants. Payés pour se mouvoir comme des pétasses. Pour simuler des actes torrides avec des filles trop moches pour eux (sauf mon amie qui est la plus belle du monde… Et, à qui, donc, je recommande de ne JAMAIS manger de pommes rouges !!). Spectacle devant lequel je me trouve pleine de confusion. Spectacle devant lequel mon curseur d’appréciation oscille furieusement entre l’envie de rire, de pleurer et de hurler. Et de rire de nouveau. J’attends mon tiramisu aux spéculos. Je l’imagine. C’est la seule chose qui me met l’eau à la bouche. Derrière moi, ça ondule. Ça gigote. Ça lève la jambe. Ça glisse. Ça lance des regards enjôleurs. Ça impose des mains de fille sur son torse couvert d’huile solaire alors qu’il fait nuit et qu’il fait -10°C dehors. Ça montre ses fesses à toutes les passantes. Ça décide de changer de cibles. Ça a envie de se frotter contre d’autres filles. Des célibataires. Des toutes excitées. Des timides. Des volontaires. Des cachées. Des qui fantasment sur eux. Des qui ont honte de les regarder. Ça sélectionne au hasard. Ça attrape à la volée. Ça attaque par surprise. Je ne me sens bizarrement pas concernée. Trop en dehors du jeu. Un peu à côté de la plaque ce soir là.

Jusqu’au moment où… Je sens que je m’envole. Je ne comprends pas. Je regarde autour de moi. Complet changement de perspective. Je vois ma table. Je vois mes amies. D’en haut. Un des grands garçons me tient dans ses bras comme une jeune fille en détresse qu’il aurait du sauver de la noyade. Excepté que je ne me noyais pas du tout. Que j’allais très bien. Et que je laissais ma tête tourner au gré des vins que j’avais butinés tout au long du repas. Je ne réagis pas tout de suite. Puis lâche un « Ah non ! Pourquoi moi ? », comme si le grand garçon avait pour mission de m’interroger sur une table de multiplication que je n’aurais pas apprise. Le grand garçon était fort comme une armoire normande. D’ailleurs, il y ressemblait beaucoup. Tant au niveau de sa grandeur que de sa couleur. J’étais tenue à bout de bras par Othello. L’armure et la culpabilité d’avoir descendu sa bourgeoise en moins, j’ose espérer. Et c’est là que je me suis trouvée assise sur une chaise couverte d’une ombre gigantesque soufflant comme un buffle dans mon cou. Postillonnant dans mes cheveux traités au Monoï de Tahiti. Tenant mes mains comme celle d’une marionnette pour que je le pelote. Ce que je n’ai pas fait. Parce qu’une dizaine de donzelles l’avaient fait avant moi et que je n’aime pas utiliser des objets d’occasion. Touchés par des mains dont j’ignore si elles ont été traitées contre les verrues. Qui ont peut-être été en contact avec des herpès. Ou des furoncles. Je plaisante. Non. Tout simplement, j’ai rechigné à la tâche parce que (bordel de merde !) je ne supporte qu’on me donne des ordres. Et Othello était légèrement commandant en chef des armées sur les bords. Des injonctions relativement hilarantes qui plus est. J’ai tout de même eu droit à un « N’aie pas peur ! Laisse toi aller ! »… Mais je n’ai pas peur Monsieur ! Je n’aime pas les garçons musclés ! J’aime les moches moi ! Alors laisse moi « m’en » aller ! Je ne l’ai pas dit mais je le pensais bien fort. Et ce qui a brisé notre brève relation a été de mon fait. Je crois. A cause d’une phrase qu’il a dégainée comme une arme secrète. Une botte ultime devant me faire plier. De son point de vue. Mais qui a provoqué chez moi une réaction chimico-hilarante. Ce qui n’est pas normal. Un chippendale doit faire rêver. Et non rire. Le rire est l’apanage des humoristes. Pas de tous. Malheureusement. Je vous raconterai plus tard mon passage éclair dans le monde merveilleux de la production de programmes d’humour…

… Passons. Je me dis que peut-être que cela ne vous fera même pas sourire. Tant pis. C’est parti. L’armoire normande Othello tout en se cambrant comme un pur-sang indomptable, le regard en feu, m’a lancé : DONNE-TOI.

Moi : mouvement de recul tant physique que mental. Sourire crispé suivi de très près par un pouffement imbécile et impossible à retenir.

Lui : étonnement. Normalement, les filles s’abandonnent. Pourquoi rit-elle ?

Moi : après le pouffement, le rire franc et sonore. Je suis hilare.

Lui : bon, je vais dégager cette connasse qui doit sûrement être lesbienne (car les types auxquels les filles résistent pensent, comme par réflexe, qu’elles sont lesbiennes… pour ne pas les froisser dans leurs égos, ne leur donner aucune indication prouvant le contraire… Ou pas. A votre convenance !)

Moi : je me fais soulever manu militari.

Lui : allez dégage. Tiens, prend un baisemain, tu le raconteras à tes petits-enfants quand t’auras 75 piges.

Et ça a été terminé. Ma plus courte histoire. La plus amusante. La plus aérienne. La plus huileuse. La plus bruyante. La plus embourbée. Embourbée car le but initial était d’enterrer une jeune fille. Elle l’a été comme la (désormais) tradition l’impose. Un samedi soir.

Dimanche, elle était toujours sous la glaise. Attendant le jour en blanc. Le jour grain de riz. Le jour des témoins. Le jour du livret de famille. Le jour du oui. Puis dimanche a laissé sa place à un lundi ensoleillé. Etincelant. Splendide. Comme savent l’être les jours annonçant l’arrivée imminente du printemps. Lundi. 14 heures. De la jeune fille enterrée est née une jolie fleur. De la demoiselle sous la terre est sortie une dame. Une épouse. Une mariée. Une femme nouvelle. Neuve et sublime. Espoir de nouvelles créations humaines.

… Je m’arrête ici pour aujourd’hui. Vous souhaite un superbe week-end. Vous recommande de ne pas rire aux phrases des chippendales (ils ne sont pas là pour ça !). Vous encourage à lire ou à voir Othello (oui cela n’a rien à voir ! Mais j’aime cette pièce !). Vous assure que vous êtes extrêmement désirables quoi que vous fassiez.

A bientôt ! A mercredi les gens !

C.P.A.

4 Réponses to “Profitons du week-end pour enterrer une jeune fille!”

  1. « Je ne fais pas de vocalises en faisant la vaisselle » : FOUTAISES !

  2. la menace sur le chippendale marche aussi: une future mariée corse qui lance avec des kalachnikov dans les yeux « touche moi et je te pète tes dents! » , le spectacle est beaucoup plus crispé tout de suite….

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