Die Hard : Une journée de… merde.

Bonjour les gens…

… Article inspiré par des faits réels et récents. Très récents même. Des faits datant de mercredi. Mercredi dernier. Le mercredi de mon retard de publication sur ce blog. Le mercredi de la honte. Des faits désagréables. Désappointant. Pénibles. Irritants. Détestables. Des faits bourrés d’adjectifs à préfixe –dé et suffixe – asse. Agaçants. Agressants. Oppresseurs. Angoissants. Stop. « C’est assez », dit la baleine. Cétacé. Baleine. Ouais. Il faut que j’arrête de manger des Carambars avec le papier. Définitivement.

Quand j’en avale, je me demande souvent comment s’organisent les « castings » des auteurs de blagues. Des blagues « Carambars ». Je ne sais pas pourquoi mais j’imagine toujours un décor de télécrochet à la Maritie et Gilbert Carpentier. Un peu modernisé. Suffisamment pour que mon image mentale soit en couleurs. Disons que les sélections se dérouleraient sur un plateau de télévision à mi-parcours entre celui de « Motus » et celui des « Zamours »… Seuls ceux qui ont connu le chômage ou des vacances scolaires sans destinations de rêve sourient à l’évocation de ces émissions désastreuses.

Pour les autres… Imaginez-vous un décor digne de la maison de Barbie. Rose. Violet. Bleu turquoise. Et des paillettes. Lieu respirant l’élégance et le bon goût à la Française (évidemment…). Bref. Et dans les coulisses, les candidats blagueurs numérotés comme des vaches au Salon de l’agriculture, attendant leurs tours en marmonnant leurs chutes. En imaginant les réactions du jury. En essayant différentes intonations. En se cachant des autres concurrents. En révisant à l’aide de petits cartons. D’antisèches. De moyens mnémotechniques. Puis, c’est le moment de vérité. Le moment où ils sauront s’ils passeront (ou pas) à la postérité sucrée. Le stress. La respiration qui s’accélère. Les flaques de sueur qui dégoulinent le long de l’arête du nez. Les mains qui vibrent comme un portable de 1997. Les mâchoires serrées comme un piège à loups retenant sa proie de toutes ses forces… Entrée en scène. Les spots dans les yeux. En rang d’oignons, en rang de poivrons, le jury de l’humour drôle. Humour drôle Carambar.

Le jury qui demande le prénom. Bernard.

Le jury qui questionne sur l’âge. 42 ans.

Le jury qui réclame la blague… Ben… Qu’est ce qu’on dit à une pute qui a deux cocards ?… Rien. On lui a déjà dit deux fois.

Le jury qui installe un silence glauque. J’aurais du la jouer plus sobre… Pourquoi je n’ai pas pensé à l’histoire du petit nuage qui fait pluie-pluie… celle du chien… Comment on appelle un chien sans pattes ? On ne l’appelle pas, on va le chercher. J’aurais du retourner aux fondamentaux.

Car c’est ça une blague Carambar. C’est un « chien sans pattes ». Un « nuage qui fait pluie-pluie ». Ca ne fait de mal à personne, une blague Carambar. Ça n’entraîne jamais de réactions de la LICRA, une blague Carambar. Ça s’oublie aussi vite que ça se lit, une blague Carambar. C’est du rien. Du rien qui ne correspond à aucun style d’humour du monde réel. A aucun style d’humour d’une autre époque.

… Je n’ai jamais été aussi hors sujet de toute ma vie. Jamais. Aujourd’hui, je voulais vous parler du concept bien connu de la « journée de merde ».

La « journée de merde », prononcée « journée de meeeeeeeerrrrde » (le nombre de –e et de –r variant en fonction de la quantité et de la qualité des désagréments contenus dans la dite journée), peut être qualifiée de « phénomène » dans la mesure où elle touche la multitude. Avoir une « journée de merde » est réellement à la portée de tout le monde. Elle frappe au hasard. Elle frappe en aveugle. Généralement avec une arme blanche qui ne tue pas (certes) mais qui peut faire mal. Très mal, dans le pire des cas. Néanmoins, ce qui est plus terrible encore, c’est son fonctionnement. Une « journée de merde » se présente toujours de la même manière. En tout cas, pour moi, c’est comme ça. Je vais donc essayer d’établir une sorte de modèle type de la « journée de merde » zerbibienne. C’est parti.

Prologue : Tout avait si bien commencé…

Une « journée de merde » zerbibienne, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, commence bien. Très bien, même. Anormalement bien. Le matin de la « journée de merde » est le matin où vous vous réveillez en pleine forme un quart d’heure avant votre réveil. Un matin où sans vous être pressé, vous êtes plus en avance que d’habitude. Vous arrivez sur le quai et votre train arrive. Vous êtes habillé avec exactement le bon nombre de couches de vêtements. Vous n’avez pas froid. Vous n’avez pas chaud. Vous êtes à l’aise. Vous êtes comme Adam et Eve réunis dans le Jardin d’Eden. Tout va bien. Rien n’est comme d’habitude. Tout est mieux que d’habitude.

Ce dont je me rends compte en écrivant cet article, c’est que je devrais me méfier d’une journée qui débute comme une publicité Ricorée. Mais je ne le fais jamais. Je ne me méfie pas. Je me dis que c’est une belle journée qui s’annonce. Je veux croire en une vie où la table est mise. Où je ferais du vélo dans un pays où il n’y aurait que du plat et des descentes. Où le chocolat ne serait pas l’ennemi du diabétique. Sauf que dans la vraie vie, dans ma vraie vie zerbibienne, j’habite en haut des collines, j’ai un vélo sans vitesse et j’ai le choix entre le débardeur et le manteau en laine de brebis. Pour résumer, il y a beaucoup de contraintes. Comme tout le monde.

La « journée de merde » a donc cette particularité sadique. Elle donne de l’espoir à celui qui la vit. Il ne voit pas venir l’orage, la foudre, la tempête et, dans la pire des options, la tornade. Passons à l’étape deux.

Etape deux : La déception

Probablement, le moment le plus douloureux de la « journée de merde » car il correspond à l’annihilation totale de l’espoir. Un colis piégé a été placé sur le paillasson de votre vie après que quelqu’un ait bien pris le soin d’appuyer sur la sonnette pour vous signaler qu’il était là. Le colis ne vous tuera pas (et ne vous rendra pas plus fort pour autant… D’ailleurs, ce proverbe est une immense connerie de mon point de vue…) mais vous donnera chaud ou froid. Ce qui, du même coup, supprimera votre bien-être corporel initial. Le pull devient de trop. Le tee-shirt trop léger. Vous vous voûtez. Vous vous repliez. Vous comptez vos soldats poils au garde à vous. Vous avez beau gueuler « rompez » à ces écervelés, rien n’y fait. Ils restent là.

Généralement, le colis piégé est une belle contrariété. De préférence inattendue. Exemple fictif : vous vous demandez pourquoi vous êtes le seul membre de votre société à ne pas avoir de tickets restaurants. D’accord, vous êtes le dernier arrivé. D’accord, vous êtes en CDD. Vous regardez votre agenda et vous vous dites « Tiens, la fin de mon contrat arrive, je vais peut-être renégocier tout ça à la hausse. Surtout qu’aujourd’hui a l’air d’être une bonne journée… ». C’est évidemment ce jour-là que votre boss vous regarde, la tête penchée sur le côté droit (ou gauche… question de positionnement politique. Ça ne se discute pas…) et vous annonce qu’on ne peut pas vous garder. Problème de trésorerie. Donc : pas de ticket restaurant. Evidemment. Vous sortez du bureau du patron, les épaules tombantes, le visage blafard, refusant d’affronter les regards de vos camarades d’open-space. Et dire que ce matin, vous aviez réussi à attraper le bus sans lui courir après. Vous n’en revenez pas. Vous ne regarderez plus jamais un ticket restaurant de la même manière. A sa vision, vous en perdriez l’appétit.

Etape trois : L’incompréhension générale

La notion d’ « incompréhension générale » apparaît quelques secondes après la découverte du colis piégé. Reprenons notre exemple fictif. Vous avez le ticket restaurant coincé au travers du gosier. Gosier que vous avez libéré de sa tortionnaire de cravate qui vous étouffait. Vous ne réussissez plus à vous concentrer. Et même la perspective de jeter un papier à la poubelle est une épreuve. Vous êtes tétanisé en pensant à cette inscription imbécile au Club Med Gym hier soir. Au « coup de cœur » Hugo Boss d’il y a trois jours. Au week-end « on ne se prive de rien » avec votre copine. Vous avez l’œil vitreux et tout le monde autour de vous l’a remarqué. Un de vos collègues prend son courage à deux mains et à deux pieds pour venir prendre de vos nouvelles. Vous lui annoncez le bulletin météorologique de la journée. Averses et routes glissantes. Le collègue grimace et a l’air de compatir. Cela vous réchauffe le cœur jusqu’au moment où il vous dit la phrase que vous ne voulez pas entendre à ce moment-là. Phrase terrible et pleine d’un sous-entendu encore plus affreux : « Mais… C’était à prévoir tout de même… T’étais au courant de l’état de la boîte… non ? » (sous-entendu : on ne demande pas de tickets restaurants quand on sait que le boss planque les ordinateurs quand passent les huissiers…). Oui, vous le saviez. Oui, vous connaissiez la situation. Oui, il fallait s’y attendre. Oui à tout. Cela dit, est-ce le moment de vous faire remarquer que vous êtes un doux rêveur ? (synonyme dans le monde du labeur : un con) Non ce n’est pas le moment. Sauf quand on se trouve au beau milieu d’une « journée de merde ». La « journée de merde » est celle où le pire arrive mais où personne ne comprend que cela provoque en vous des émotions négatives. Vous venez de perdre votre boulot dans un monde plongé dans une crise proche du Krach boursier de 1929 et votre collègue vous tape sur l’épaule dans un « C’est un mal pour un bien ». Mais quel mal ? Mais quel bien ? Mais qu’est ce que tu racontes ? Vous le détestez. Vous le méprisez. Vous lui sauteriez au visage comme un chat sauvage si vous ne souhaitiez pas à tout prix garder votre dignité. Car bizarrement, la « journée de merde » est le jour où vous résistez à la tentation de provoquer le Carnaval de Rio dans le bureau du dépositaire du colis piégé. Mine de rien, la dignité reste une valeur sûre. En tout cas, jusque là…

Dernière étape : Le colis piégé qui n’arrive jamais seul

… Une fois le colis explosé en mille morceaux, vous vous dites qu’il ne pourra rien vous arriver de pire. Ne jamais penser cela. Jamais. Parce que lorsqu’on pense avoir atteint le fond d’une « journée de merde », on découvre avec surprise qu’il avait une trappe sous le tapis.

Oui il est bien connu : une merde n’arrive jamais seule. Vous n’avez plus de travail. Plus de collègues de bureau. Pas de tickets restaurants. Vous devez finaliser vos dossiers mais vous ne comprenez plus rien. Vous n’avez plus envie de rien faire. Vous avez même les larmes aux yeux. Ce qui ne vous était pas arrivé depuis la finale de la Coupe du Monde 2006. C’est dire. Et c’est à ce moment précis que votre sale traitre de patron vient vous voir comme si de rien n’était et vous envoie en clientèle… à Bry sur Marne. En banlieue. Du mauvais côté de la Marne (oui huez-moi ! Huez-moi !!!). Là où les bus passent lorsqu’ils ont le temps. Où les panneaux indicatifs sur les quais de RER sont bleus marines. Où il n’y a que des pavillons. Des vieux. Des lycéens traînant leurs ennuis sous leurs bruyantes semelles. Bry sur Marne.

Votre patron est généreux. Vous y allez en taxi. Commandé par sa secrétaire. Classe. Vous retrouvez un dixième de sourire pendant 4 secondes. Vous le perdez lorsqu’il vous annonce que le retour (au bureau… Oui au bureau ! Alors que le rendez-vous va se terminer à 18 heures ! Du mauvais côté de la Marne !!) devra se faire… en transport. Magnanime, il vous donne sa carte Gold afin que vous puissiez payer vos tickets (pas restaurants). Vous acceptez. Vous n’avez pas vraiment d’autres choix. Vous y allez. Le taxi qui roule probablement sans permis et vous donne envie de vomir. Bry sur Marne trop verte, trop calme, trop loin. Le rendez-vous dont vous vous foutez éperdument. Et le retour. L’arrêt de bus au milieu de la zone industrielle. L’attente de 25 minutes. 25 minutes de rafale de vent gelé. Vous vous souvenez que vous avez hésité à prendre une écharpe « au cas où ». Le bus qui arrive en retard. Le conducteur qui vous regarde à peine. La gare RER moche. Une série interminable de trains sans arrêt. 30 minutes. 30 minutes où le vent vous rappelle l’oubli de vos gants sur votre bureau. Le RER qui entre en gare de Bry sur Marne. Le RER bien rempli. Vous trouvez une place à côté d’une demi-vieille et de sa copine. Ce qui fait une vieille entière. 2 x ½ = 2. C’est mathématique. Bref. Vous vous asseyez. Mettez votre Ipod en route. Surprise !! Il était au volume maximum. Vous faites un bond de 5 mètres sur votre fauteuil. Ce qui provoque un méchant commentaire de vieille.

Elle : Vous ne pouvez pas baisser votre musique là ??

Vous (cherchant l’empathie) : Excusez moi madame, moi-même j’ai eu peur !

Elle (pensant que vous ne l’entendez pas) : Ces jeunes cons, avec leur musique de merde (oui les vieux deviennent mal élevés et disent des gros mots… C’était vraiment mieux avant !!), ils pensent que ça intéresse tout le monde… Ils sont complètement sourds en plus…

Vous (retenant votre main droite avec la gauche pour ne pas lui décoller une gifle bien méritée) : Non, ils entendent très bien. Les jeunes cons.


… Vous lui avez claquez le beignet à la paire de vieille. Bien fait. Vous finissez votre parcours sous le sol de banlieue puis celui de Paris. Vous sortez du métro. Et la grêle vous cogne la tête, les épaules et le dos comme un ostéopathe sadique. Vous arrivez au bureau trempé comme un cadavre sorti de l’eau après 8 jours d’immersion. Et tout le monde vous observe. Jusqu’à ce que l’un d’entre eux se décide à dire : « Oh mais il faisait super beau il y a 5 minutes… C’est fou ce temps ! ».

Epilogue : Il faut aller se coucher

… Vous rentrez chez vous. Vous vous dites que vos lecteurs vous attendent. Que vous allez publier votre billet du jour avec 7 heures de retard. Vous vous en voulez un peu. Vous décidez d’y passer du temps. Vous vous relisez. Vous corrigez. Vous recommencez. Vous sélectionnez vos plus belles photographies. Vous allez sur votre WordPress… Vous essayez d’y aller. Vous y auriez bien été si… le WIFI fonctionnait. Vous regardez votre écran. Vous laissez couler les larmes. Tant pis pour la dignité. Plus personne ne vous regarde. Vous êtes fatigué. Vous êtes inconsolable. Vous mettez votre pyjama moche. Vous éteignez la lumière. Et… Vous ne dormez pas. Car ce n’est pas possible de le faire après une telle « journée de merde ». Vous vous relevez. Prenez votre carnet noir. Un stylo en plume de faisan. Et vous secouez votre monde comme vous aviez envie de secouer votre patron, vos collègues, ce con de conducteur de bus, cette paire de vieille et tous ces putains de passants à parapluie. Une fois le secouage terminé, vous soufflez. Vous éteignez la lampe et votre tête. C’est fini. A demain (qui est un autre jour !).

… Et ça sera tout pour moi. Je crois avoir bien résumé l’essence d’une belle « journée de merde » zerbibienne. Espère qu’elle ne vous rappelle pas de douloureux souvenirs.

Vous souhaite un excellent week-end. Vous recommande de faire attention au matin où votre chat a exceptionnellement compris à quoi servait sa litière. Vous dit de ne pas demander de tickets restaurants si vous n’en avez pas. Vous envoie des bisous car mes bisous rendent désirables ceux qui les reçoivent.

A très bientôt les gens ! A mercredi !

C.P.A.

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