Aucun intérêt



Bonjour les gens…

… Pour commencer cet article « sans intérêt » (si si, vous allez voir…), j’ai envie de vous faire partager une photographie prise dimanche dans ma belle avenue Saint-Maurienne. Photographie que j’aurais envie de qualifier de « cocasse » (car j’aime beaucoup utiliser ce mot en dépit de son immense désuétude) mais surtout d’ « extrême gauche ». Et c’est bien cela qui est « cocasse », justement. Car en bonne ville bourgeoise, Saint-Maur n’est pas la ville où vous croiserez des délégués syndicaux CGT  sifflotant l’International  à tous les coins de rue. Saint-Maur-des-Fossés est une droitière. Une vraie droitière, qui plus est. Ne variant pas au gré des scandales politiques, des découvertes d’enfants illégitimes planqués dans les tiroirs de l’Elysée et autres photographies de présidents en maillots de bain qui, pourtant, donneraient subitement envie de changer de bords… Non, Saint-Maur ne bouge pas.  Bref. Voici l’objet de mon attention :

…  Je reconnais que l’extrême gauche Saint-Maurienne ne relève pas vraiment de la grande révolte prolétarienne. Propriété privée barrée. Sous-titrée d’un C’est ça oui. Sans point d’exclamation. C’est un peu tiédasse. Rien à voir avec le poing levé par le poète bellevillois inconnu bombant sa prose sur les murs, les poteaux, les rideaux de fer, les portes blindées, les trottoirs et (s’il le pouvait) les gens de ma « joly » rue. Rien à voir. Pour lui, 8 mots prévalent. A BAS LA PROPRIETE PRIVEE. VIVE LE SQUAT. Trop violent pour les rebelles Saint-Mauriens. Pour leur défense, difficile de vanter la notion de propriété collective devant un parking rempli de Mercedes. Parmi lesquelles se trouve celle de papa. Dont on sait qu’elle est un modèle produit en édition limitée. Dont on imagine qu’elle permet d’attraper plus de filles qu’avec une Twingo. Dont il est possible de parler avec fausse modestie. Dont on vérifie par trois fois si les serrures sont bien fermées. Dont on souhaite secrètement hériter lorsque le papa en question passera l’arme à gauche.

Ouais. Pas facile d’avoir des convictions gauchères quand on est un jeune Saint-Maurien. Ce n’est pas bien grave. Ces convictions passeront. Comme l’envie de se faire un piercing dans le nez. De faire un baptême de parachute. D’avoir un scooter. De fumer des pétards. De traîner à l’arrêt de bus du lycée pendant 2 heures. De regarder ses professeurs d’un œil méprisant et moqueur. Tout passe. Tout. On ne change pas une éducation droitière ancestrale en deux coups de cuillère à pot. Enfin je crois. Peut-être pas.

… Vous avez vu. Cet article n’a pas d’intérêt. En plus, j’ai décidé de ne pas spécialement faire d’effort pour le rendre plus attractif. Encore un exercice de sélection naturelle. Pour voir qui tiendra le plus longtemps. Qui me lira jusqu’au bout. Qui pourra lever les bras en V en chantant « Eye of the Tiger » en « ouane eugaine ». Le « Ouane eugaine », autrement  dit « l’anglais pour rire » fera d’ailleurs l’objet de l’article de vendredi. Sachez-le et notez-le dans vos Filofax en cuir véritable. Bref.

En fait, aujourd’hui, je voulais vous raconter un rêve. Un rêve que j’ai fait hier soir. Un rêve relativement perturbant. Non il ne s’agit pas de mon rêve récurrent sur les gens qui meurent (pour ceux que cette phrase inquiète, merci de vous reporter à mon article concernant « La fabrication de rêves artisanaux »). Ni d’une révélation du futur en mode fin du monde, mort prochaine de Bob Dylan (ben oui, il va bien falloir qu’il meure à un moment donné…) et disparition définitive des Raiders dans les petits commerces de proximité miteux. Non. Hier soir, j’ai fait un rêve qui m’a fait me souvenir d’un évènement de ma vie passée. Un petit drame. D’accord… Peut-être pas aussi intense que la révélation de Festen. Ou celle de la petite Clémence qui vient de comprendre que son voisin de palier qu’elle appelle affectivement « Tonton Bernard » s’envoie sa mère pendant qu’elle va prendre ses cours de danse au gymnase municipal. Ou encore celle de ce vieux pilier de comptoir qui retrouve un billet de loto gagnant mais datant de 1988. Mon rêve est assez dramatique. Certes. Mais sans intérêt. Ce qui prouve que j’ai une volonté farouche de ne pas faire d’hors sujet aujourd’hui.

Mon rêve m’a ramené 2 ans en arrière. A l’époque, je travaillais déjà dans l’audiovisuel. Dans une société (dont je ne citerai pas le nom car je suis une personne polie et sympathique…) spécialisée dans la production de programmes d’humour. D’humour drôle. D’humour avec des « LOL ». D’humour avec des « MDR ». D’humour avec des rires en boîte. D’humour avec des rires forcés. D’humour avec des grands sourires édentés. D’humour qui met mal à l’aise. D’humour qui laisse sans voix. D’humour de toutes les formes et de toutes les couleurs. D’humour oscillant du pire au meilleur. D’humour qui fait mal au ventre et fait pleurer les yeux.

En tout cas, à ce moment-là de ma vie, je pouvais dire sans honte (enfin, sans honte, c’est vite dit…) que « je travaillais dans l’humour ». D’aucuns rajoutaient même que j’avais probablement fait la célèbre « école du rire » pour être recrutée. Mon métier devenant le sujet de calembours, blagues et autres contrepèteries plus ou moins inspirées. Quoiqu’il en soit, ce dernier m’ayant permis de manger au restaurant plus de trois fois par semaine et de prendre le taxi dès qu’un tonnerre de fainéantise fondait sur moi, je ne cracherai ni dans la soupe ni dans un autre plat. Il me semble d’ailleurs qu’il est difficile de blâmer une société dont le moteur et l’activité principale est de créer de la joie de vivre. A priori. Bref. Je reprends. Je travaillais dans l’humour. Rires. La société organisait des captations de jeunes humoristes dans des villes de France pour les diffuser sur multiples canaux. Je fus donc invitée à participer à ce festif évènement dans la ville de Toulouse. Pour y arriver, j’ai donc pris le train. Le train à la Gare Montparnasse. Ou de l’Est. Ou du Nord. Ou de Lyon. Enfin, quoiqu’il en soit, dans mon rêve, j’étais dans une gare. Près des quais. Les yeux dans le vague car il était 8 heures du matin et qu’en temps normal, à 8 heures du matin, je suis encore en train de nager parmi des dauphins roses ou de découvrir que je suis issue d’une lignée de surhommes avec pleins de superpouvoirs cools et sympas. Pour résumer : je dors. Je dors bien. Profondément. Comme tombée au fond d’un puits sombre et sans issue.

Ne pouvant pas profiter de ses heures de sommeil inutiles, j’errais comme l’âme d’un SDF qui serait mort là pendant l’hiver. J’étais en avance. Je ne savais pas quoi faire. Et il est vrai, qu’à 8 heures du matin, je ne déborde pas d’imagination. Je suis proche de l’enfant de 3 ans. Je veux manger. Je veux dormir. Je veux traîner en pyjama. Je veux des bisous. Je veux qu’on me serve. Je veux boire du jus d’orange. Du jus d’orange pressé. Le vrai jus d’une vraie orange. Parce que les jus en bouteille, je n’y crois pas. Ce n’est pas intégralement le contenu d’une (ou de plusieurs) orange(s). Il y a de l’eau. Du sucre. Et j’imagine plein d’autres trucs et de machins avec des noms de robots de Star Wars. E456. AG25. R2D2. Ce que je dis n’est pas une chose dure à prouver. Prenez une orange. Coupez-la en deux. Pressez-la (oui ça fait mal aux mains… C’est bien pour ça que je veux quelqu’un pour me servir à 8 heures du matin !). Buvez. Et c’est très bon. A côté de ça, vous prenez votre bouteille de jus d’orange jaune fluo. Vous l’ouvrez (ça peut également faire mal aux mains… C’est bien pour ça que je veux quelqu’un pour me servir à 8 heures du matin… Comique de répétition !). Vous buvez. Et là ! là ! Non seulement le goût n’est pas très heureux mais en plus, il ne ressemble pas au goût d’une orange originale. Un jus d’orange en bouteille pourrait tout autant s’appeler un « jus de papaye », un « jus d’ananas » ou un « jus de lentille ». De toutes manières, le goût ne se rapproche de rien de ce qui existe dans les arbres. Alors après tout… Pourquoi se faire chier ? Excusez-moi l’expression… Et ma digression spectaculaire.

J’étais dans la gare de « Je ne sais plus bien où ». J’attendais mes collègues parisiens qui ont l’avantage de ne pas être obligés de partir 4 jours avant l’heure d’un rendez vous pour ne pas être en retard. J’avais soif. Je n’avais ni orange fraîche ni presse-agrume sous la main. Je dus me résigner à me traîner jusqu’à un laid distributeur Selecta rouge. Je le regardais d’un œil bovin. Analysant les rangées de produits comme si je devais résoudre une équation à 4 inconnues sans calculatrice. Première rangée : 4 bouteilles de jus d’orange. Deuxième rangée : 5 bouteilles d’eau. Troisième rangée : 5 bouteilles de Coca-Cola. Quatrième rangée : 5 bouteilles de Sprite. Etcetera. Etcetera. Je fis une moue dégoutée. Je sortis la petite monnaie de ma poche. Je comptai. Pile deux euros. Pas un centime de plus. Deux euros. Le prix d’un jus d’orange. J’insérai mes pièces une à une. Elles étaient toutes valides. Ce qui ne m’arrive jamais d’habitude. Je regardai la première rangée pour sélectionner la référence. 55 : vide. 56 : jus d’orange au goût de tomate. 57 : jus d’orange au goût d’artichaut. 58 : jus d’orange au goût de clémentine. 59 : jus d’orange au goût de pomme Grany. Je n’hésitai pas une seconde. Et, je vous le donne en mille, appuyai sur les deux chiffres magiques : 55. Pendant 5 secondes, je regardai l’encoche du distributeur tourner dans le vide. Puis s’arrêter. Moi immobile devant. Moi qui regardai dans le bac pour vérifier que du rien était bien tombé. Confirmation : rien. Rien dans le bac. Pour deux euros, j’ai eu du vent. Je lâchai un « merde » retentissant à la face impassible de mon ennemi de fer rouge. Le regardai bien en face. Et constatai que toute l’équipe d’humoristes que j’attendais me fixait avec tristesse. Je me retournai avec mon plus beau sourire commercial afin d’apaiser leur peine. Et là, erreur. Je me justifiai. Je leur dis que le distributeur m’avait avalé ma pièce. Sous-entendu : ce n’est pas moi qui ai mal choisi. C’était très sot. Car ils m’ont jeté des regards encore plus tristes. Car ils ont tout vu. J’étais encore plus mal à l’aise. Cet état a duré pendant tout le voyage en train. Je n’ai d’ailleurs pas osé m’acheter une autre bouteille. De peur que la même aventure se reproduise.

… Voilà. Hier soir, j’ai rêvé de ça. Ça, qui s’est produit. C’est inintéressant, n’est ce pas ? Je me demande, encore une fois, ce que cela peut bien signifier psychologiquement parlant. Peut-être que cela ne veut rien dire. Peut-être que cela n’a pas de sens précis. Peut-être que cela m’indique que j’aurais mieux fait de prendre du Coca-Cola. Allez savoir…

… Et ça sera tout pour moi ! Je vous souhaite une excellente soirée. Vous recommande de ne pas utiliser de distributeurs de boissons mal réveillés. Vous incite à vous dévriller les mains sur un presse-agrume parce que (putain) qu’est ce que c’est bon le jus d’oranges pressés ! Vous donne plein de courage pour finir la semaine avec grâce, beauté et désirabilité.

A très bientôt les gens ! A vendredi !

C.P.A.

2 Réponses to “Aucun intérêt”

  1. Il ne faut pas se dévaloriser comme ça, c’est juste trop drôle ce que tu écris🙂

  2. Le 55 devrait toujours être alimenté en boissons colorées…ou pas, suis bien d’accord avec toi !

    Sinon, avec l’orange pressée, tu prends quoi au petit déj ? sourire

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