Quand « une nouvelle » débarque…

Bonjour les gens !

Aujourd’hui, article écrit sous le manteau. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas eu le temps de l’écrire hier soir. Trop occupée à regarder Pascal le grand frère sur TF1. Je me corrige : trop occupée à sombrer dans un coma d’imbécilité avec pour seuls compagnons de route mon plus moche pyjama et un paquet de Bretzels artisanaux. Bretzels dont je raffole des grains de sel détraqueurs de systèmes rénaux. Ce sont des choses qui arrivent, je présume.

Je comptais donc sur cette journée pour l’écrire mais en arrivant au bureau, j’ai eu une surprise. Je ne pourrais pas vous dire si on peut la qualifier de bonne ou de mauvaise. Il n’en reste pas moins que « la chose » me fit ouvrir les yeux tels des soucoupes volantes de films de science-fiction des années 50 et pousser des « Oh ! » et des « Ah ! » de stupéfaction. « La chose » en question était une personne. Une personne spéciale. Pour ceux qui ont les deux pieds enfoncés dans la glaise collante du travail (comme je le suis), vous le savez, il n’y a pas beaucoup de catégories de « personnes spéciales ». Pour être exacte, il n’en existe que deux.

La première : les membres de l’équipe dirigeante. Généralement, ce sont ceux dont on cherche l’approbation. Pas par besoin d’amour ou de reconnaissance. Evidemment. Par envie d’être régulièrement augmenté et de pouvoir se payer plus de pulls col en V pendant les soldes de printemps. Membres de l’équipe dirigeante que nous sommes nombreux à traiter avec déférence lorsqu’ils sont en présence et à mimer façon commedia dell’arte dès qu’ils sont partis 3 minutes aux toilettes. D’ailleurs, la relation « patron/toilettes » peut souvent devenir un sujet de moquerie supplémentaire. Normal. Les toilettes étant le lieu où chacun témoigne de son égalité avec le reste de l’humanité, la notion de prestige liée à celle de la direction et du pouvoir en prend, tout de même, un sacré coup.

C’est une « personne spéciale » de la seconde catégorie qui a débarqué ce matin. En effet, elle est ce qu’on appelle « une nouvelle ». Si j’avais été de nature douce et affectueuse, j’aurais ajouté l’adjectif « petite ». Ainsi, j’aurais pu dire des phrases du type :

« Elle est sympa la petite nouvelle » (Phrase d’introduction dont on attend que quelqu’un la contredise d’un « Elle parle beaucoup, non ? », d’un « Ouais mais qu’est ce qu’elle est moche ! » ou encore d’un « Je suis sûr que le boss va tenter de se la taper… »)

« La petite nouvelle est embauchée à quel poste ? » (Question qui potentiellement peut créer de l’embrouille et du contentieux)

« La petite nouvelle est embauchée à quel salaire ? » (Question qui créé TOUJOURS de l’embrouille, de la tentative de négociation désastreuse puis, en toute logique, du contentieux)

« J’ai parlé à la petite nouvelle et elle vient de se marier… L’autre va aller chialer quand elle lui aura mis deux congés de maternité de suite dans la tronche… » (Phrase ne concernant que les jeunes nouvelles recrues de la gente féminine… Souvent énoncée par des employés de la gente masculine. Evidemment…)

« J’ai vu le CV du petit nouveau… Il a été comédien pendant 4 ans. Je lui ferais bien tourner une scène de nu… (Phrase suivie d’un clin d’œil entendu. Phrase entendue dans la vraie vie. Je ne vous dirai pas si c’est un homme ou une femme qui l’a dite. Néanmoins, si cela peut en rassurer certains, le petit nouveau en question n’a jamais voulu « mouiller » ou encore « tomber » la chemise à ce point-là…)

… Mais je ne suis pas affectueuse. Et je n’aime pas trop parler des nouveaux. J’aime mieux « faire parler » les nouveaux. C’est bien plus intéressant. Savoir d’où ils viennent. Ce qu’ils ont fait. Ce qu’ils veulent de la vie. Ce qu’ils espèrent de leur nouveau travail. Tout en sachant qu’ils seront déçus. Car ils attendent trop. Ils pensent encore que l’herbe est verte et grasse dans cette nouvelle prairie. Ils n’y ont pas encore goûté et ne se rendent pas compte qu’elle est aussi acide et indigeste qu’ailleurs. C’est agréable de regarder cette candeur. De s’enrouler dedans. De tenter d’y croire aussi. D’y croire encore. Même une heure. De jouer à la « nouvelle ».

Enfin… Ce qui est surtout passionnant, c’est de voir la désagrégation progressive des espoirs du nouveau dans le temps. D’avoir l’historique complet de la chute de son idéal. D’observer son propre cheminement vécu par une autre personne. De se rassurer d’une certaine manière. Mon raisonnement peut paraître cruel mais je ne vais pas vous mentir : je m’en moque éperdument. L’arrivée d’un nouveau, et en l’occurrence ici d’une nouvelle, relève pour moi de l’attraction. Je m’en frotte les mains en m’en créer des peaux mortes. Tellement réjouissant de voir un adulte responsable (parfois parent… Et même grand-parent !) aussi affolé qu’un enfant de trois ans faisant son entrée à la maternelle municipale. Tellement émouvant leur attente dans le hall. Droits comme des premiers de la classe. Piteux comme des porteurs de bonnets d’âne. Tellement crève-cœur leur envie qu’on leur attribue un bureau derrière lequel cacher leur inhibition. Tellement drôle leur désir d’être présenté à tout le monde. Tellement attendrissant ces vêtements qui ne sont pas leur genre et les font briller comme des sous neufs. Tellement désespéré leur doute lorsque les « habitués » des lieux leur passent devant sans leur proposer de café.

… Vous l’avez compris, en temps normal, j’adore les nouveaux. Mais là… Je ne sais pas. Un mauvais pressentiment. A peine l’avais-je vu dans le bureau que je me suis dit qu’elle n’allait pas devenir ma camarade de cantoche. Et qu’il était hors de question que j’échange mes autocollants Beverly Hills Panini avec elle à la récréation. Je ne sais pas pourquoi. Enfin, j’en ai une petite idée mais elle n’est pas rationnelle et est (peut-être) complètement erronée. Je vais tout de même la partager avec vous (soupir général de satisfaction). Recréons la situation. 9h56. Je suis à 150 mètres du bureau. Il faut absolument que je me prouve que je suis capable d’arriver avant 10h. Je marche à grandes enjambées. A m’en chauffer les muscles des cuisses. A en regretter le caractère imaginaire des bottes de 7 lieux. Des gouttes de sueur commencent à percer ma légère couche de fond de teint dont l’objectif premier est de cacher mes quelques boutons de stressée invétérée. Des nœuds commencent à faire de mes cheveux soigneusement peignés des cordes de matelot. Un dernier coup d’œil à ma montre. 9h58. Je suis à 3 mètres de la porte d’entrée. Je plante l’intégralité de mon bras dans mon sac à main. Sac à main que je devrais d’ailleurs appeler « sac à bras » ou « sac à corps » tant il est profond et extensible à l’infini. Je secoue toutes les affaires s’y trouvant. Portefeuille lourd comme une bouteille d’Evian d’un litre et demi. Petit carnet noir à élastique prêt à exploser de mots et de prospectus en tout genre. Des livres à moitié lus, à moitié à découvrir. Des stylos feutres ouverts marquant leurs territoires à grands coups d’auréoles de couleurs. Des clés de maison. Des clés de voiture. Des clés de boîte aux lettres. Des clés des voisins. Des clés USB. Le tout emmêlé. Le tout agité dans un bruit de grelots. Le tout cachant les clés de la porte de la société. 9h59. Et j’arrive à attraper les bonnes clés. Un peu au hasard. Beaucoup sans le faire exprès. J’ouvre la porte. Tout le monde est là. Bizarre. Personne n’est jamais là à 10h. D’habitude, tout le monde a des rendez-vous « à l’extérieur ». Comprenez : « un besoin de sommeil de 8 heures journalières ». Ou encore, « des brunchs avec des copines mères au foyer ».

Tous me toisent de bas en haut. Y compris un visage totalement inconnu. Un visage accompagné d’un corps habillé comme à la remise des prix des Victoires de la musique classique. Tous mes collègues me présentent le visage. Elle s’appelle Dominique. Evidemment, la chanson de la célèbre religieuse me revient en tête et me fait sourire. Sourire que je fais passer pour un acte de bienséance et de bienvenue. Le visage s’approche. Me tend la main pour me la serrer. Je prépare ma « poignée parfaite ». La « poignée parfaite » est celle qui se trouve à mi-parcours entre la douceur (sans être molle) et la vigueur (sans être en fer). Ma petite main s’approche de celle de la nouvelle et je constate avec effroi qu’elles sont semblables à celles d’un bûcheron canadien. Toutes sèches et mesurant au moins trois fois les miennes. Impressionnée, j’ai envie de siffler à la vue de ces paluches grandes comme les battoirs de la Mère Denis. Restant polie, je ne le fais pas. Le contact se produit. La nouvelle me broie les doigts sans s’en rendre compte. Il faut dire que je m’arrête soudainement de respirer et concentre toute mon énergie à empêcher mes larmes de douleur de couler. La nouvelle s’éloigne, tourne dans les bureaux. Je l’observe et me dis qu’elle n’est pas comme les autres. Elle est à l’aise. Elle se promène comme une personne qui visiterait les lieux. Comme le visiteur d’un appartement à vendre. Je décide de ne plus lui prêter attention et de me mettre au travail. En vain. Elle se pose devant moi comme si elle pensait que j’allais sortir une toile, une palette, des pinceaux et commencer son portrait. Je l’ignore avec application. Elle reste là. Comme si de rien n’était. Je ne veux pas la regarder. Parce qu’elle porte une jupe ignoble. Incontestablement trop serrée. Trop prêt du corps. Ou plutôt devrais-je dire, trop prêt de la culotte « Petit Bateau » en coton. Une jupe à motif rayures. A éviter de mettre sous les yeux d’un épileptique tant elle fait passer sa porteuse pour une illusion d’optique. Au-dessus de cette erreur criminelle à la mode, un chemisier blanc. Sans caractéristique particulière. Dont on ne peut rien penser tant il est basique. Seule faute de goût : de la poudre de maquillage étalée sur le col. Beurk. Je n’aurais probablement noté tous ces mesquins détails si la nouvelle ne s’était pas permis une remarque. Une remarque relativement agaçante. Une remarque prononcée avec une voix faussement suave. Remplie de glaires. Grave. Proche de la voix d’homme. Une voix n’étant pas du tout assorti au physique de la fille. Une voix de bonne blague entre copains.

La nouvelle sans-gêne : « … Et t’arrives tous les matins à 10 heures alors ? »

Moi : « Ben c’est l’heure d’ouverture de la boîte… »

La nouvelle sans-gêne (qui insiste et veut se faire bien voir par ses nouveaux patrons) : « Ah bon ? Mais rien ne t’empêche d’arriver avant si t’as les clés ? Dans mon ancienne boîte, on commençait à 9h30 et c’était bien parce que ça permettait de bien s’installer avant le rush… »

Mon patron (qui dit aimer les initiatives) : « Très bonne idée ! Commençons à cette heure-là nous aussi ! Cela permettra de mieux organiser les bureaux… » (il jette un œil laconique sur le mien)

Moi : Oui c’est une bonne idée en effet.


Mon patron me fixe. Il sait que je vais répliquer âprement afin de fermer le caquet de « Madame Je fais mal aux yeux ». Il me connaît maintenant. Il a raison.

Moi : Le seul truc c’est que j’aime bien me lever tard. Et apparemment c’est aussi le cas des types qui conduisent les trains sur ma ligne de RER.

La nouvelle sans-gêne (qui rit comme un ordinateur malfaisant) : Ah super ! T’as de l’humour…

Moi : Il en faut.

La nouvelle sans-gêne (du tac-au-tac) : Pour travailler ici ?

Moi (étonnée) : Non, de manière générale. Enfin, surtout si tu utilises des lignes de banlieue.

La nouvelle sans-gêne : Parce qu’il me semblait que tu voulais quitter la boîte.


Incroyable hein ? La fille vient de me broyer les doigts. La fille vient de me faire remarquer que j’arrivais à 10 heures. La fille vient de m’aveugler de son mauvais goût vestimentaire. Et pour finir, la fille veut me mettre à la porte d’une boîte dans laquelle elle est embauchée depuis 1 minute et 37 secondes. Il y a tout de même de quoi la détester. Non ?

… Peut-être pas. Après tout, c’est vrai que c’est bien de pouvoir ranger son bureau le matin. C’est bien de regarder ses mails avant « le rush ». C’est bien de se rendre intéressante en rabaissant la personne sensée devenir votre collaboratrice à long terme.

Quoiqu’il en soit, la nouvelle a gagné. Elle a réussi à faire parler d’elle aujourd’hui. Sur MON blog. Tant pis. Elle va devenir « ma méchante » récurrente. Mesdames et Messieurs, je vous prie d’accueillir sous un tonnerre de huées… Dominique la matinale !

… Et ça sera tout pour moi. Je vous salue bien bas. Vous incite à vous lever tôt et à ranger vos dossiers sur vos bureaux. Vous souhaite bon courage pour « affronter le rush ». Car « affronter le rush » est bon pour le transit intestinal. Ce qui… Wait for it… rend désirable.

A bientôt les gens ! A vendredi !

C.P.A.

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