La nouvelle acquisition

Bonjour les gens !

Aujourd’hui est une bien jolie journée.

Parce que j’ai acquis quelque chose.

Parce que j’ai cueilli une fleur.

Parce que j’ai attrapé un lézard.

Parce que j’ai trouvé un nouveau trèfle à 4 feuilles.

Parce que j’ai gagné une pièce à insérer dans ma tirelire.

Parce que j’ai rempli ma bouteille d’eau fraîche.

Parce que j’ai désormais plus de doigts pour taper plus vite.

Parce que j’ai plus de force dans les bras et les jambes.

Parce que j’ai ajouté une image dans mon album Panini Beverly Hills.

Parce que j’ai chipé toutes les billes de mes copains à la récré.

Parce que j’ai eu du rab à la cantine.

Parce que j’ai remporté un appareil à raclette à la loterie de l’école de danse des mômes de ma voisine.

Parce que j’ai piqué une salière à l’Hippopotamus de Bercy Village.

Parce que j’ai cousu de nouvelles plumes dans mes ailes imaginaires.

Pour résumer la situation : parce que j’ai un nouvel ami.

Très belle opportunité. Un garçon. La petite trentaine. Bonne situation. En état de marche. Sympathique. Le rire discret. La dent blanche et régulièrement détartrée chez le dentiste. Les chaussures cirées.  Des lunettes noires. Rectangulaires. Grosses montures. A la mode. Comme tout le monde. Le port du costume sur le lieu de travail. Le port du chapeau sur le lieu réel de sa vie. Sur la scène. Derrière son piano. Devant un public. Utilisateur assidu de transports en commun. Titulaire d’une carte Navigo qui fait « bip » en début de mois. Titulaire d’une carte Navigo qui crie « Biiiiiip » en fin de mois. Pour réclamer sa pitance en euros. Voyageur à fils blancs entrant dans les oreilles et dégoulinant jusque dans ses poches. Baladin au livre de poche greffé dans la main. Lisant debout. Se remplissant en marchant. Entouré de la foule suintante. Encerclé de la foule haletante. Enserré par la rumeur sonore et persistante. Ne se déconcentrant jamais. Dans son monde. Dans ses mots. Dans sa musique. Les yeux et les lèvres souriant de concert.

C’est tout ce que je peux vous dire de mon nouvel ami. Parce que je n’en sais pas plus. Parce que je ne l’ai pas encore essayé. Parce que, selon moi, tout ami récent se teste. Cela peut paraître dur et légèrement inquiétant mais disons que je suis pragmatique. Je ne vois pas l’intérêt de passer du temps de ma vie et de dispenser des millilitres de ma salive pour des personnes qui n’en vaudraient pas la peine. Pour des personnes qui ne m’apprécieraient pas suffisamment. Pour des personnes qui me sous ou sur estimeraient. Pour des personnes qui ne sauraient même pas qui est Kevin Costner ou Jean-Jacques Debout. Pour des personnes qui préfèreraient être traitées de gourde plutôt que de cruche. Pour des personnes qui penseraient comme moi pour avoir mon approbation ou une bonne note sur leur bulletin. Pour des personnes qui tenteraient de manger avec ma fourchette sans me demander la permission. Pour des personnes qui ne comprendraient pas qu’on puisse détester la cuisine indienne. Pour des personnes qui lisent des livres pour faire des ratures sur des check-lists. Pour des personnes qui ne savent pas s’arrêter. Pour des personnes qui manqueraient d’élégance, de légèreté et de beauté. Pour des personnes qui écouteraient de la musique concrète pour le plaisir des sens. Pour des personnes qui demanderaient des autographes à des présentateurs de téléréalité de la TNT.

Bref. Je fais des expérimentations sur mes nouvelles acquisitions amicales. Pour savoir si je les garde ou pas. Un peu lorsque je me promène dans une boutique de prêt-à-porter et que je fais passer aux vêtements sélectionnés l’épreuve de la cabine. Epreuve de la cabine de laquelle ne ressortent que de rares survivants. Les autres restant empilés dans un coin, attendant qu’un vendeur mal embouché veuille bien se donner la peine de les remettre en rayons. Et à disposition des badaudes en transe.

Hum. Reprenons. Tester le cobaye. Pardon. L’ami-stagiaire. L’ami en période d’essai. La marche à suivre :

1. Le prendre gentiment dans ses bras.

2. Le bercer doucement.

3. Lui caresser les cheveux.

4. Lui dire des mots gentils. Avec une voix suave. Dans le souffle. Pour l’amadouer. Pour créer de la proximité et de la connivence.

5. Attendre que le stagiaire/postulant au CDI se ramollisse. Se laisse porter. Ferme les yeux en ronronnant de plaisir.

6. Patienter encore un peu. Le temps qu’il s’endorme du sommeil lourd de la confiance qu’il vous porte. Et c’est là qu’il faut attaquer. Rapidement. Pour qu’il ne se rende compte de rien.

7. Lui ouvrir la bouche.

8. Sortir le bleu de méthylène de sa boîte d’apprenti chimiste.

9. Lui vider trois pipettes sur la langue.

10. Regarder si le bleu de méthylène est évacué par les branchies. Le cas échéant, le postulant au titre d’ami est digne d’en être. Dans le cas contraire… Je ne sais pas. Il peut être votre ami aussi. Cela dépend. Je me rends compte en me relisant que cet essai ne peut pas être concluant. Car très peu de gens ont du bleu de méthylène chez eux. Mais aussi parce que s’ils leur venaient à l’idée de suivre ce mode d’emploi à la lettre avec du mercure au chrome ou du cyanure, cela pourrait me provoquer bien des désagréments.

… Alors oubliez. De toute manière, je pense qu’il y a autant de tests possibles que d’amis potentiels. Sérieusement. Même si je dois bien avouer que j’ai quelques « hits » dont j’aime user.

Un exemple ? Le coup de la maladie grave.

C’est un gros coup. C’est un test que vous faîtes passer à des gens que vous aimez, qui vous semble le mériter mais qui ne l’ont pas prouvé par des actes marquants tels que vous sauver des flammes. Vous donner leurs places pour aller voir Steevie Wonder en concert. Vous verser la moitié de leurs salaires tous les mois. C’est le test final. C’est le test déterminant. C’est celui qui signe le CDI sans possibilité de licenciement, de rupture conventionnelle ou d’abandon de poste. Voici le mode d’emploi. Vous appelez votre ami comme de coutume. Vous vous racontez vos vies comme de coutume.

Comment ça va. Bien et toi. Ça va et toi la famille. Super tout le monde va bien quoi de neuf. Rien de spécial et toi. Ben rien…

Profitant de ces préliminaires laborieux et relativement peu intéressants, vous prenez votre voix la plus blanche, la plus désincarnée possible. Pour vous inspirer et vous faire une idée de la tonalité à adopter, jetez un œil à « La Pointe Courte » d’Agnès Varda. Probablement un des films les plus ennuyeux et embarrassants que je n’ai jamais vu de ma vie. Normalement, votre ami vous fera remarquer votre ressemblance vocale avec Silvia Montfort ou Philippe Noiret. Vous ferez semblant de nier. N’insistez pas trop. Il faut que vous ayez l’air de vouloir vous confier. Comme prévu, l’ami en devenir va vous tirer les vers déjà hors de votre nez. Et vous allez cracher votre Valda. Vous êtes malade. Vous avez des problèmes cardiaques. Psychiatriques. Moteurs. Oculaires. Respiratoires. Ce que vous voulez. A votre convenance. Vous pouvez même additionner des symptômes pour impressionner. Evidemment, n’en faites pas trop. Je vous rappelle pour mémoire que vous n’êtes pas vraiment malade. Vous allez même très bien puisque vous êtes occupé à torturer mentalement des gens sympathiques. Ouais. Vous lui racontez tout. Le médecin qui a des doutes. Les prises de sang. Le scanner. Le spécialiste. Les nouveaux tests. Les traitements. Etcetera. Etcetera. Et c’est là que se trouve le clou du plan ! Vous lui signifiez que vous allez avoir des résultats déterminants dans une semaine.

… Vous attendez une semaine. C’est à ce moment précis que vous saurez si votre ami peut signer le contrat et ouvrir la bouteille de Champomy. Ou pas. Car il arrive que le stagiaire oublie. C’est généralement celui pour lequel aucun poste n’est créé et pour lequel on fait un pot de départ lamentable à base de chips rances, de bouteilles de Coca-Cola décaféinées et de coffrets Smartbox infernaux presque périmés.

Je pourrais ainsi continuer la liste des examens et concours de la fonction d’ami zerbibien mais je ne suis pas sûre que cela soit une bonne chose. Parce qu’on n’a jamais vu un magicien expliquer ses tours. Parce qu’on n’a d’ailleurs pas forcément envie de les connaître. On veut croire en la magie au même titre qu’au surnaturel, à l’utilité de l’Eurovision dans le développement d’une carrière artistique et à l’amitié.

Je crois que je vais m’arrêter là. Je vous souhaite une excellente soirée. Je reviens vous visiter vendredi plus désirable que jamais. En attendant, faites vous plaisir et mangez léger. Vous savez très bien pourquoi !

A bientôt les gens ! A vendredi !

C.P.A.

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