Petite journée ordinaire : du football amateur, un cadeau parfait et une énigme catholique

Hello les gens !

Mardi 22 juin 2010 à 22h14. Très longue journée.

Réveil laborieux. Les cheveux dans les yeux. Les yeux dans les cheveux. L’haleine féline indiquant la prise d’un dîner trop riche en cholestérol la veille. Des échos dans les bras. Des chœurs de l’armée soviétique dans les jambes. Un carrousel de chevaux de bois stupides et gueules ouvertes tournant sans cesse dans mon cerveau encore enroulé dans sa couette.

… Oh non ! C’est pas vrai !! Réveil en retard !!! Réveil acompagné de son chapelet de mots impolis. Mal élevés. Mal éduqués. Mangeant les pieds sur la table. Entrant dans une pièce sans frapper. Se curant le nez en public. Crachant sur les trottoirs. Volant les ballons des gosses à la sortie de Disneyland. Des gros mots. Du palabre obèse. Des tricots de lettres obscènes. Des putains. Des merdes. Des bordels. Des chiures. Des chiasses. Des enfoirés. Des cons. Des abrutis. Et tous ceux que j’oublie.

Aux côtés de tout ce beau monde, s’excite la précipitation. Qui fait courir. Qui rend bizarrement efficace. Plus rapide. Douche éclair. Choix de l’habillement sans réflexion. Effectué à un rythme régulier. 90 pulsations à la noire. Tac. Slip. Tac. Soutien-gorge. Tac. Chaussettes. Tac. Tee-shirt. Tac. Pantalons. Tac. Pull. Tac. Chaussures. Tac. Prête pour le maquillage. Pour cette étape, le tempo s’emballe. La faute aux brosses. Aux plumeaux. Aux balayettes. Aux lingettes. Aux poudres. Aux paillettes. Aux couleurs. A tous ces trucs sensés rendre jolie. Ou du moins acceptable en société. Etape réglée en cinq mouvements : mélange. Frottement. Etalement. Retouche. Regard de biais dans le miroir de la salle de bain.

Avant le top-départ, café décapsulé. Descendu à la même vitesse que la première série de shots Tequila citron lors d’un enterrement de vie de garçon dans un sordide club de striptease de bord d’autoroute. Ingurgité à la même cadence que la cuillère d’huile de foie de morue hebdomadaire des filles Ingalls. Tasse vide posée dans l’évier. Avec l’espoir un peu fou qu’elle décide de se laver et de se ranger dans le placard de son propre chef. Entraînant dans son mouvement, les casseroles, les assiettes, les verres et les couverts de la veille. Je crois en ce rêve.  En une vaisselle qui se prend en main. J’espère qu’il se réalisera un jour. En attendant, mes colocataires zerbibiens leur inculquent les rudiments d’hygiène nécessaires…

Et la journée commence. Les transports. Le travail. Le match de l’équipe de France de football en Afrique du Sud. Contre l’Afrique du Sud. Tout le monde qui en parle. Tout le monde qui a un avis sur la question. Tout le monde qui (paradoxalement) s’en fout. Situation bizarre. Comme si toute une entreprise décidait de commenter les couleurs de cravate de son grand chef. Ou d’organiser des élections sur trois semaines pour définir la marque du papier d’imprimante. L’équipe de France qui prend un but. Un deuxième. Presque un troisième. L’équipe de France qui comprend enfin les règles du jeu et met un panier sans le faire vraiment exprès. L’équipe de France qui perd. L’équipe de France qui enlève ses crampons et rentre à la maison. Sous les huées. Les collègues du bureau qui ont la mine triste. Qui y ont cru jusqu’à la dernière seconde. Les collègues qui se sentent obligés de se choisir une nouvelle équipe d’adoption. Pour rester dans la course. Les plus prudents deviennent brésiliens. Argentins. Italiens. Les parieurs impénitents se métissent en coréen. En algérien. En grec. En mexicain. Volonté d’une victoire de seconde main. Pour lever les bras et crier. Pour se peindre le visage en vert. Pour souffler dans des shofars multicolores qui rendraient un éléphant sourd comme un pot.

Reprise du travail. Téléphone. Fax. Mail. Ordre. Contrordre. Priorité. Réunion. Briefing. Prise de note. Compte rendu. Rendez-vous qui se fixe. Rendez-vous qui s’annule. Rendez-vous qui se déplace.

Fin de la journée. Fermeture du bureau. Trousseau de clés qui tinte comme une cloche de Pâques débarquant de Rome.

Nota Bene : Bonjour l’ami Catholique ! Si tu peux m’expliquer cette histoire de cloche, de colombe et de Saint-Esprit en provenance de Rome pendant les fêtes de Pâques, cela serait fort sympathique… Par ailleurs, maintenant que je te tiens, petit catholique perdu et érudit, je voulais savoir s’il y avait une différence entre le « Saint-Esprit » et D-ieu (le D-ieu normal… Celui de tout le monde). Non parce qu’à la fin de vos prières, vous dîtes « Au Nom du père, du fils et du Saint-Esprit »… Qui est le père ? Joseph ? Ce n’était pas D-ieu le père de Jésus ? Quand vous dîtes le fils, vous parlez bien de Jésus ?… Ce n’est pas très clair cette histoire… Non ?

… Reprenons. Au revoir le bureau. A demain. Je vais faire des courses. Anniversaire du grand-frère dans les prochains jours. Date importante. Monsieur Rudy célèbre ses trente ans. Il est loin le temps où il suçait son pouce en regardant « Ca cartoon » le dimanche soir en pyjama. Il est loin le temps où il hurlait à la mort si Mimiche lui confisquait son « Kiki de tous les kiki ». Il est loin le temps des fleurs où l’on n’avait pas peur. Où le printemps avait un goût de miel (ou quelque chose comme ça…). Je cherche un cadeau. Et comme tous les ans, j’ai du mal. Je traîne mes Converse dans le Forum des Halles. Entre dans tous les magasins. Regarde les articles de haut. Un peu comme si la Reine d’Angleterre visitait la Halle aux vêtements de la zone industrielle de Claye-Souilly. Tout est moche. Rien n’est assez bien. Rien n’est à mon goût. Rien ne correspond à mon conception du cadeau. Je téléphone à toute la Terre. A toute la planète Rudy. Je glane des idées ici ou là. Je me rends très rapidement compte que je n’aime jamais les idées des autres. Non qu’elles soient mauvaises. Bien au contraire. Certaines sont même excellentes. Le problème est que je n’apprécie pas de me baser sur des hypothèses incertaines qui ne viennent pas de ma propre tête. Si je dois faire une faute de goût, j’aime autant pouvoir en réclamer la pleine et entière maternité. Question de principe.

Cela me fait d’ailleurs penser à une anecdote racontée il y a quelques années par un ami. Dans sa famille, lors des fêtes de Noël, était organisé un tirage au sort déterminant à qui chaque membre devait faire un présent. Le frère de mon ami était tombé sur son grand-oncle. Pour lui, le choix du présent était évident. Il courut à la FNAC et acheta le plus et gros livre qu’il pouvait trouver sur Fernandel. Le jour de la naissance de Mister JC, le frère rempli de fierté tendit le cadeau à son oncle. Ce dernier l’ouvrit, regarda son neveu, le remercia et ajouta un tonitruant « Super… Mais pourquoi ? ». Il ne comprenait pas la charmante attention. Il n’avait jamais été particulièrement fan de Fernandel. Le frère de mon ami s’était complètement planté. Il a eu la honte de sa vie, a provoqué l’hilarité générale mais a offert un cadeau inoubliable. Partant de cet exemple légèrement désastreux, je me dis que, quitte à être à côté de la plaque, autant s’y trouver à 4 ou 5 kilomètres.

… Au bout de quelques heures d’errance, j’ai fini par trouver mon livre sur Fernandel.

Mon album de Grand Corps Malade (cadeau surprenant de ma sœur pour mes 24 ou 25 ans).

Mon sac vert fluo (cadeau de l’espace que j’ai osé faire à ma sœur pour ses 14 ou 15 ans… Vous noterez qu’elle a la rancune mauvaise. Attendre plus de 10 ans pour me rendre la pareille. Il faut vraiment qu’elle ait l’esprit dérangée…).

Ma chemise noire bling-bling probablement issue de la ligne de vêtement créée en cachette par le fils rappeur de Nicolas Sarkozy (cadeau de mon frère pour mes 26 ans… J’ose imaginer que cet achat est la conséquence d’un pari ridicule avec un autre membre de ma famille. Ou une preuve qu’il me déteste comme je me tue à le dire depuis des années. Cette dernière phrase pourra faire l’objet d’un futur article. Ou pas.).

Mes baskets enclumes (lourde offrande faite à mon père pour son quarantième anniversaire… il s’agissait de chaussures Adidas épaisses comme des parpaings et aussi dangereuses qu’un pavé dans la tronche d’un CRS pendant les révoltes de mai 1968).

Ma paire de boucles d’oreilles de gitane (cadeau que j’ai offert à une amie de 10 ans qui n’a jamais voulu se faire percer les oreilles pour cause de phobie… des aiguilles. Justement.).

Un livre de photographies de Leonardo di Caprio (moi à ma sœur… Il me restait de la monnaie sur le billet de 200 francs que j’avais cassé pour l’occasion…).

Deux petits albums pour rangement de photographies argentiques… à l’heure du numérique (don probablement recyclé d’une connaissance vague qui s’est sentie obligée de m’offrir quelque chose pour mes 20 ans. Ce qui prouve qu’il n’est vraiment jamais utile de se forcer à faire des cadeaux. A moins qu’on veuille se débarrasser de ses vieilleries façon vide-grenier).

Mon nain de jardin (Ah ma jeunesse lycéenne ! Avec un de mes grands copains de l’époque, nous avions établi un concours de cadeau d’anniversaire lamentable. Nous étions plein de ressources. Coffret de livres Harlequin. Kit de jeux de plage pour pré-nourrisson. Décapsuleur-montre Ricard. CD single de Larusso hurlant sa colère contre la méchanceté et la guerre. Le point culminant a été atteint avec le nain. Il a gagné…).

Mon pull à la mode (très à la mode certes. Mais me provoquant des irruptions cutanées proches du psoriasis. Merci maman. Merci papa…).

J’ai mon cadeau. J’ai tout ce qu’il faut. Encore un anniversaire qui risque de devenir historique. Encore un objet à noter dans la liste des présents surprenants car absolument non désirés puisque hors de toute pensée rationnelle. Je me dis que ça reste néanmoins moins sordide qu’une « box » à la con. Pour moi, un des phénomènes les plus flippants en terme de relations humaines. Plus de choix. Plus de réflexion. Plus de prise de tête. On offre le catalogue de la redoute version « prestation de services ». Beurk. Catalogue incomplet qui plus est. Un week-end de rêve à Londres all inclusive… Mais pas de billet de train pour y accéder. Un massage aux trois algues… Mais pas de rinçage postopératoire. Un dîner prestigieux… Mais pas de couvert sur la table. Un relooking total… Mais pas de miroir pour constater les dégâts. Bref… Ne m’offrez JAMAIS ça.

Je rentre à la maison. Je cache ma hotte de Mère Noël en avance ou sacrément en retard. Je dîne en vitesse. Je prends mon ordinateur. Je note quelques bêtises pour égayer (ou pas) votre mercredi. Il est très tard. Mes yeux se ferment. On n’est pas en finale. On n’est pas en finale. On n’est, on n’est, on n’est pas en finale. Fernandel parle à une vache. Fernandel est déguisée en prêtre. Grand Corps Malade ne chante pas mais raconte une histoire sur une musique d’ascenseur. Je reconnais ma petite sœur non plus à sa tignasse électrique mais à son sac luciole qui brille dans la nuit. Ma chemise noire Bling-Bling est impeccable dans la penderie de ma chambre. Attendant son jour de gloire. Papa retire ses baskets avec effort comme s’il s’extirpait d’une armure du XIIIème siècle. J’ai peint mon nain de jardin en vert et l’ai rendu à la forêt son milieu naturel. Tout se mélange. Tout devient noir. Je dors à moitié.

… Donc je vais m’en aller. Je vais vous laisser là. Je vous souhaite une excellente journée. Vous recommande de choisir vos cadeaux seuls avec étude. Car c’est l’intention qui compte. Paraît-il. Ainsi que la beauté de l’emballage. Et surtout (surtout !) la qualité littéraire du petit mot d’accompagnement. Hum. Je crois que tout est dit. Ah non ! Voilà : ce n’est pas parce que la France ne gagnera pas la Coupe du Monde cette année que vous devez négliger votre toilette intime et ne plus faire les démarches nécessaires pour rester désirables. Non mais !

Allez. A bientôt les gens ! Peut-être à vendredi ! Sûrement à mercredi prochain !

C.P.A.

8 Réponses to “Petite journée ordinaire : du football amateur, un cadeau parfait et une énigme catholique”

  1. Trop drôle!
    Je déteste moi aussi les box de toute sorte, je trouve ça affligeant en termes de manque de créativité – si c’est pour laisser le choix, autant offrir de l’argent… euh, non ça aussi, je trouve ça dommage, mais apparemment pour les mariages, c’est ce dont ils ont le plus besoin. Mouais… Pas très original. Mais utile. Hum.
    Tu as parfaitement raison, autant offrir des trucs complètement à côté de la plaque, j’aime bien faire ça, surtout à des gens qui ne te connaissent pas trop, ça fait peur, c’est drôle: par exemple, j’ai offert un livre sur les poules. Un autre sur les stations services à travers les âges. Et tu guettes les réactions. (évidemment, ce cadeau « ridicule » est souvent accompagnement d’un autre plus « sérieux »).
    Anyway… bon post🙂

    • Ouah! J’adore tes cadeaux!! Moi je veux un livre sur la fabrication de la moquette!! Je veux ça pour mon anniversaire!!!

      • c’est quand ton anniversaire?😉

      • 29 octobre… Très belle date dans l’Histoire du monde… Que des catastrophes dont le fameux « jeudi noir » de la crise de 1929. Je n’en suis pas peu fière!🙂
        Sinon, j’attends avec impatience mon livre sur les circuits imprimés qui, j’imagine, arrivera par fedex de ton pays lointain…🙂

  2. Ni perdu ni érudit, mais on va essayer d’y répondre.

    En fait, chez les catholiques, y’a Dieu – Jésus et l’Esprit-Saint (que l’on représente souvent sous la forme d’une colombe, rapport au baptême de Jésus où dans les Evangiles une colombe descend du ciel, mais c’est un symbole).

    Et ce qui est peut être complexe à comprendre, c’est que les trois personnes de la Trinité sont une seule et même personne, mais chacune différentes.

    Bon y’a bien l’article de wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Trinit%C3%A9_chr%C3%A9tienne

    Mais je doute qu’il soit également très clair.

    En gros, mais alors en très très gros : Dieu, c’est le Père, celui qui est là depuis toujours.

    Jésus, c’est le fils, cad Dieu qui s’incarne et vient nouer une nouvelle Alliance avec les hommes.

    Enfin l’Esprit, c’est celui qui assure le sav après le départ de Jésus et qui guide les croyants dans leurs choix et leurs actes.

    C’est plus clair ?

    C’est pas clair hein ???

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