Ne pas partir dans tous les sens / Ne pas digresser

Bonjour les gens !

Au moment où je commence cet article, il est 11h01 et j’hésite encore à vous écrire. Ne vous inquiétez pas. J’ai une idée.

Je ne vais pas partir dans tous les sens. Je ne vais pas digresser.

Je ne vais pas vous décrire la couleur du ciel. Bien que le dit ciel soit d’un très chouette bleu aujourd’hui. Avec des ratures blanches dedans. Creusées à l’aide de petits râteaux par des avions miniatures. Le genre de petits avions de collection enfermés dans des cubes de plexiglas. Ornés d’une étiquette dorée indiquant leurs noms. Généralement des noms de con. Mirage. Tornado. Black Widow. Vautour. Typhoon. Des noms de con qui donnent envie de hurler « Tous aux abris » et de faire sonner la cloche à incendie. Ou, pour les plus cinéphiles (et les plus optimistes), d’avoir une pensée émue pour Tom Cruise mâchant un chewing-gum Hollywood à la chlorophylle sans sucre, la bouche ouverte. Avec des lunettes Ray-Ban miroir. Portant l’uniforme. L’écusson. Le front haut. Des cheveux des années 80. Ouais. Tom Cruise en vrai bonhomme. Qui séduit Kelly MacGillis déguisée en médecin. Ou en psychologue. Ou en comptable… Je ne sais plus du tout. Je ne me souviens pas du métier de Kelly MacGillis dans Top Gun. Complètement oublié. Peut-être parce qu’on s’en fout éperdument. Sûrement parce que l’essentiel, finalement, est que Tom Cruise finisse par lui attraper la bouche (et le reste) à la mode texane et par s’envoyer en l’air avec (pas en avion par contre) en musique et dans une sorte de clair obscur bleuté.

Je ne vais pas partir dans tous les sens. Je ne vais pas digresser.

Je ne vais pas revenir sur ma honte de la matinée. Mon rougeoiement intempestif de derrière mon écran. La tête qui chauffe. Les narines qui palpitent. Et les aisselles qui piquent. Oui, c’est bizarre d’avoir les aisselles qui réagissent à la honte, j’en conviens. Mais c’est mon cas. Dès que j’ai peur ou honte ou vit n’importe quelle émotion négative, qu’on se le dise, j’ai les aisselles qui piquent. Je coupe tout de suite la chique aux malotrus qui répondront que c’est probablement à cause des poils. Ce ne sont pas les poils. Ce n’est pas de leur faute. Je dois probablement avoir des terminaisons nerveuses mal placées. Ou peut-être que tout le monde connaît cette sensation mais qu’elle ferait partie des grands mystères de la création que tous et toutes camouflons sous le gros tapis poussiéreux de la loi du silence. Allez savoir. Enfin, tout ça pour dire que si vous aussi vos aisselles vous piquent lorsque votre meilleur ami sort par surprise d’un placard en hurlant « Bouh ! », vous n’êtes pas seuls. Je suis là. Et on peut en parler quand vous voulez. Tenez le vous pour dit. Bref. Où en étais-je ?… Ah oui. Je me suis sentie tartiflette ce matin. Vraiment. J’ai postulé à une offre d’emploi. Apparemment, dans le cadre d’une émission lambda, une production serait à la recherche de chroniqueurs et chroniqueuses (je cite) « Impertinent(e) (Oui, admettons…), Décomplexé(e) (Euh… Je ne sais pas… Oui ?), éveillé(e) (pas tous les jours… Pas à toutes les heures… Mais oui, on peut dire oui), vous avez beaucoup d’humour (je me fais rire régulièrement… Je me dis que c’est déjà pas mal…), vous incarnez votre génération (J’ai fait l’Actor’s Studio donc je peux incarner ce que vous voulez. Napoléon Bonaparte. Emma Bovary. Juliette Capulet. Donald Duck. Une table basse. Un gobelet de Coca-Cola. Une paire de baskets usagée. Vraiment. J’incarne le monde si vous voulez que je l’incarne. Je suis une professionnelle de l’incarnation) et dominez un sujet précis ». J’ai donc pris ma plume électronique et ai écrit le mail suivant :

Bonjour,
 J’ai 27 ans et je suis très intéressée par votre casting de chroniqueur…
Perso, ma passion c’est le cinoche.
L’audiovisuel.
Moi.
Acheter des vêtements jolis et pas chers.
Rechercher des emplois à mes amis.
Ecrire des articles sur mon blog.
Faire la chargée de production intermittente.
Boire des bouteilles d’eau d’un litre et demi… Par jour. Parce que c’est bon pour le transit intestinal.
Manger des frites avec de la sauce Barbecue qui a le goût de médicament.
Tenter de nouvelles expériences. Même mauvaises pour la santé. Ainsi, je sais que le cigare cubain pourrait potentiellement me tuer.
Réfléchir en fronçant les sourcils.
Collectionner les Converses.
Acheter des livres anciens. Parfois les revendre. Car aussi j’aime la littérature. Mais la vraie. Pas la toute moche.
 … Et plein d’autres trucs qui ne me reviennent pas.
 Je n’ai pas de bande démo. Mon CV est un CV de chargée de prod donc je pense que vous vous en moquez totalement. Donc… Ben je ne sais pas. Peut-être que je vais vous envoyer le lien de mon blog. Ouais. Je vais peut-être faire ça. Ouais. Ben le voilà : https://cecileparaccident.wordpress.com/
 Je ne sais pas comment conclure. Alors je vous dirai tout simplement « Au revoir ». C’est pas mal, je trouve. Je vais même rajouter un « Cordialement » (on ne sait jamais…).
 Voilà. Au revoir. Cordialement.
 

… Et j’ai oublié d’y mettre mon numéro de téléphone. Et une photographie. Et plein d’éléments un peu utiles lorsqu’on postule quelque part. Du coup, je me suis enflammée rouge derrière mon écran. Et je n’ai pas osé renvoyer un mail. Parce que j’avais honte. Parce que je trouvais idiot de renvoyer un mail signifiant que je n’avais pas de tête. Parce qu’en relisant l’annonce, je me suis rendue compte que je n’y correspondais absolument pas. Je n’incarne pas ma génération (comment incarner autant de monde ? Comment ??). Pas du tout. Même en portant des lunettes à grosses montures noires. Même en enfilant des slims qui me coupent la circulation du sang dans les cuisses. Même en buvant du Coca Zéro faisant de mon estomac une jolie passoire sanguinolente. Même en utilisant mon Pass Navigo. Même en téléphonant avec un kit mains libres. Même en vous écrivant. Je ne suis pas un étendard. Je ne me sens pas comme ça. Je n’aurais pas envie de représenter ma génération. Non parce que je pense ne pas vraiment en faire partie. Pas du tout. Surtout parce que j’imagine que « ma » génération ne se sentirait pas représentée par moi. Enfin je crois…

J’avais dit que je ne partirai pas dans tous les sens. Que je n’allais pas digresser.

Je ne vais pas vous rabattre les oreilles avec mon indignation face au peu d’attention accordée à l’orthographe dans le monde publicitaire. Je ne le ferai pas. Même si je trouve cela détestable. Même si cela me fait hocher la tête avec une moue d’institutrice catholique de 67 ans, à la retraite. Preuve par l’image :

… Sérieusement. Le 30 otobre ! Sérieusement ! Et le « C » ? Où il est passé le « C » ? Il est parti faire une croisière Costa ? Il a un cours de natation synchronisée jusqu’à 21 heures ? Il s’est caché derrière le « O » ? Il est écrit tellement petit qu’on ne le voit pas à l’œil nu ? Il a été lancé vers l’horizon tel un boomerang et on attend impatiemment qu’il revienne ? Il a été s’ajouter à un autre mot plein de « C » ? Pourquoi pas après tout ! Plus on est de fous, plus on rit. Où peut-on trouver ce « C » ? Dans « SuccCession » ? Dans « AccCident » ? Dans « AccCessoire » ? Dans « accCumuler » ? Où ?

Je ne vais pas partir dans tous les sens. Je ne vais pas digresser.

Je ne vais pas vous parler de ce film ahurissant sur lequel je suis tombée hier soir à la télévision. Sur une chaîne câblée. Ou TNT. Oh ! Peu importe… Une chaîne de pauvre, quoi. Hier soir, j’ai vu « Les Dents de la Mer » version forêt enneigée. Avec un ours dans le rôle du requin revanchard. Revanchard parce que je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans la série des « Dents de la Mer », c’est toujours la même famille qui se fait attaquer par l’animal. A croire qu’une circulaire a été diffusée dans les fonds marins pour signifier que la qualité de cette viande-ci était exceptionnelle. Bref. C’était un film tout à fait étrange. Avec Anthony Hopkins que j’adore. Je l’aime beaucoup. Parce qu’il est classe comme seuls les acteurs américains savent l’être. Il a le regard dans le lointain et n’a jamais l’air stupide. Il porte la Canadienne comme personne. Il se perd en forêt pendant plus d’une semaine et a les dents toujours impeccables. Il est cocu mais ne suscite ni moquerie ni pitié ni autres sentiments avilissants. On l’aime. En face de lui, un des 45 frères Baldwin. D-ieu seul (et Wikipédia) sait lequel. Il est grand, joliment décoratif et joue de manière relativement médiocre. C’est bien pour cela qu’on a énormément de mal à savoir s’il s’agit de Stephen, Alec, José, Pablito, Gérard ou Fernand. Bref. En gros, si je devais résumer l’histoire (sachant que j’ai raté une grosse partie du début), on a deux mecs qui décident de se promener en forêt, se perdent et doivent jouer à Robinson Crusoé sans Vendredi. Ils chassent l’écureuil grâce à des pièges très ingénieux qu’Anthony créé de ses mains avec son couteau suisse. Ils se font courser par un gros ours marron qui mange leur camarade. Ah oui, pardon… J’avais oublié de préciser qu’ils se sont perdus à trois. Mais le troisième, on s’en fout. C’est un jeune mec avec des dreadlocks. Peu importe. Il meurt rapidement. Mangé par Winnie l’ourson. Ouais. Ce sont des choses qui arrivent. Finalement, les deux larrons réussissent à dézinguer la bête à poils. Pour être précise, c’est Anthony qui s’en charge. Oui messieurs dames. C’est Anthony Hopkins qui, en dépit de son grand âge et de son arthrite persistante, tue la bête du Gévaudan. Avec un pieu. Qu’il a (également) taillé avec son (désormais fameux) couteau suisse. Trop fort le mec. En plus, il fallait le voir, luttant contre son destin mortifère. Se mesurant à l’ombre gigantesque. Criant des « Vas-y ! Viens te battre !! » (Oui, il a fait Ours 3ème langue au lycée du Nebraska). Portant des troncs. Dépeçant la bête à main nue. Se tapant un méchoui avec l’autre grande tige inutile. Taillant dans la peau deux manteaux pour l’hiver. Parce qu’Anthony, avec son air bonhomme, est capable de fabriquer des manteaux avec manches, capuches, poches intérieures et extérieures et doublures sans fil ni aiguille. Et tout ça par -10°C. Sans chauffage. En pleine tempête. Je dois bien dire que cela a forcé mon respect, mon admiration et mon amour.

Je ne vais pas partir dans tous les sens. Je ne vais pas digresser.

 … Même si je me pose plein de questions sur plein de trucs et de machins. Par exemple, j’ai un gros problème avec la comptine « Lundi matin, l’Empereur, sa femme et le petit prince ». C’est une chanson qui me donne à penser. Vraiment. Elle me perturbe. Pour deux raisons. Je vais essayer d’être concise. Essayer… Raison numéro 1 : Pourquoi les paroles ne disent pas « L’Empereur, l’Impératrice et le petit prince » ? Parce que la femme de l’Empereur (la femme « légitime » de l’Empereur, s’entend…) est une impératrice. Je trouve un peu limite de ne pas l’appeler par son vrai titre. Presque vulgaire. Pourquoi pas l’appeler « sa bourgeoise » pendant qu’on y est ? « Lundi matin, l’Empereur, sa bourgeoise et le petite prince… ». Ca marche tout autant. Et c’est vulgairement assumé au moins.

Passons à la deuxième raison. Celle qui me paraît la plus inquiétante. D’après vous, qui chante cette chanson ? Plus précisément, qui est la personne qu’un Empereur, sa bourgeoise et leur rejeton mal élevé vont visiter tous les jours de la semaine rien que pour tenter de lui serrer la pogne ? Sans y parvenir qui plus est ! Ils frappent à la porte du mec… Lundi matin. Mardi matin. Mercredi matin. Jeudi matin. Vendredi matin. Samedi matin. Dimanche matin. Etcetera. Etcetera. En vain ! Le mec n’est jamais là le matin. Le mec est vicieux car il sait que la bande à Basile va débarquer à l’heure du tocsin mais il n’est volontairement pas là. Le mec aime bien l’idée de les faire saliver et de laisser leurs mains tendues vides. Bizarre. Pourquoi la famille royale ne le convoque pas au palais au lieu de déranger cochers, valets et petits pages ? Autant de questions auxquels je ne trouve aucune réponse et qui peuvent par moment me donner l’impression d’être la plus ignorante des personnes dans le monde entier.

Je ne vais pas partir dans tous les sens. Je ne vais pas digresser.

… Ouais mais c’est trop tard. La nuit est tombée sur cette journée bleutée qui m’a fait penser à Tom Cruise. Aux chewing-gums Hollywood sans sucre à la Chlorophylle. A Top Gun. A  Anthony Hopkins. A des comptines effrayantes. Au monde de l’emploi. Au mois d’ « Otobre » qui arrive en courant. Moi qui ne devais pas partir dans tous les sens. Moi qui ne devais pas digresser. Raté. J’ai oublié ce que je voulais vous dire. Donc je vais vous quitter et par conséquent, m’arrêter ici.

Je vous souhaite une chouette fin de semaine pleine de promenades dans les bois, de déjeuners entre amis dans des cabanes et de nouvelles rencontres labélisées « Cool & Sympa ». Je vous serre bien fort dans mes deux grands bras tout maigre… Tout simplement parce que vous n’avez jamais été plus désirables.

A très bientôt les gens ! A mercredi prochain !

C.P.A.

Une Réponse to “Ne pas partir dans tous les sens / Ne pas digresser”

  1. Bonjour par ici !
    Je vais tout le temps lire les billets et la j’ai voulu laisser un ptit message.
    Je remarque que les billets sont très bien rédigés et sympathiques, c’est un plaisir de vous lire.
    Continuez comme cela le plus longtemps possible !
    Une bonne année !

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